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© Camer.be : Paul Moutila
- 27 Jul 2026 12:12:47
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Cameroun - Après 43 ans de règne, le RDPC se prépare-t-il ?
Alors que Paul Biya est à Genève depuis six semaines et que les élections approchent, le RDPC tente de se préparer à l'après. Mais le parti saura-t-il survivre sans son chef ?
À 93 ans, Paul Biya a régné sur le Cameroun pendant 43 ans. Mais que deviendra le RDPC le parti qu'il a construit autour de sa personne quand le chef ne sera plus là pour donner ses instructions ?
Paul Biya est à Genève depuis six semaines. Silencieux. Affaibli. Sans date de retour connue. Et pour la première fois de son histoire, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) se retrouve face à une question existentielle : que fait-on quand le chef ne donne plus d'instructions ?
Le 14 juillet 2026, Jean Nkuete, secrétaire général du Comité central du RDPC, a publié un communiqué. Pas une stratégie élaborée. Pas une vision pour l'avenir. Un réflexe de survie.
Car le RDPC n'a jamais été conçu pour exister par lui-même. Pendant 43 ans, il a accompagné, amplifié, suivi. Il n'a jamais anticipé. Il n'a jamais décidé. Et soudain, cet homme qui était à la fois son chef, son idéologie et sa raison d'être a disparu de la scène.
Entre les élections municipales et législatives qui se profilent et la réforme constitutionnelle qui rebat les cartes de la succession, le RDPC joue sa survie. Le parti au pouvoir depuis 1982 peut-il exister sans Paul Biya ?
Le paradoxe fondateur du RDPC
« Il y a une phrase qui résume quarante-trois ans d'histoire du RDPC et qui n'a jamais été dite publiquement : ce parti a été conçu pour ne jamais avoir besoin d'exister par lui-même », analyse John Lawson, politologue.
C'est son paradoxe fondateur. Et c'est son drame actuel.
Pendant quatre décennies, le RDPC n'a pas gouverné. Il a accompagné. Il n'a pas décidé. Il a amplifié. Il n'a pas anticipé. Il a suivi. Chaque réforme venait d'ailleurs. Chaque élection était annoncée par la présidence. Chaque orientation politique descendait du sommet vers les délégations régionales et départementales, qui la relayaient sans la discuter.
Le RDPC était la courroie de transmission d'un homme pas l'instrument collectif d'un projet.
Une architecture de dépendance totale
Cette architecture de dépendance totale était une force dans un régime stable. Un parti qui ne pense pas par lui-même ne peut pas comploter contre son chef.
Mais elle est devenue une faiblesse existentielle dans un régime en transition. Car anticiper, c'est exactement ce que le RDPC doit faire maintenant pour la première fois de son histoire.
Le parti doit anticiper :
- Le retour du président ou son absence
- La nomination d'un vice-président ou son report
- Les manœuvres des clans qui se disputent la succession
- La désintégration possible de ses propres réseaux territoriaux
« Un parti qui n'a jamais anticipé doit soudain anticiper tout », résume l'analyste. « C'est une bascule historique pour laquelle ses cadres ne sont pas formés, ses structures ne sont pas conçues, et sa culture politique ne les a pas préparés ».
La réforme constitutionnelle de 2026 : un tournant
Le 4 avril 2026, le Parlement de Yaoundé a approuvé une révision constitutionnelle visant à rétablir le poste de vice-président, supprimé en 1972.
En créant un poste de vice-président nommé, qui pourrait succéder à Paul Biya sans passer par une élection, le chef de l'État a rebattu les cartes du jeu politique. L'opposition dénonce une réforme taillée sur mesure pour permettre au président de contrôler sa propre succession, au moins jusqu'en 2032.
Mais parmi les perdants probables de cette réforme : les caciques de son propre parti.
Car le vice-président sera nommé par Paul Biya. Pas élu par le RDPC. Pas choisi par les barons du parti. Désigné par un homme qui, jusqu'au bout, refuse de lâcher la main sur sa succession.
Une guerre de succession déjà déclarée
Entre les murs du palais, la bataille fait rage. Jeune Afrique révèle une « impitoyable guerre de succession » entre Chantal Biya, la première dame, et Franck Biya, l'un des fils du président.
La discorde qui oppose la première dame au fils du président est ancienne. Elle s'est exacerbée autour d'un enjeu décisif : qui héritera du pouvoir quand le patriarche ne sera plus en mesure de l'exercer ?
Parallèlement, Franck Hertz, un autre fils de Chantal Biya, s'impose progressivement dans l'entourage présidentiel. Longtemps resté à distance des cercles visibles du pouvoir, il alimente désormais les spéculations sur la place qu'il pourrait occuper au moment de la succession.
Le RDPC, lui, regarde ces luttes de clans sans pouvoir les influencer. Il n'est pas acteur. Il est spectateur.
Le RDPC face aux échéances électorales
Les élections municipales et législatives approchent. Pour le RDPC, c'est un test grandeur nature. Peut-il mobiliser ses troupes, convaincre les électeurs, remporter des scrutins sans que Paul Biya ne mène la campagne ?
Le parti contrôle aujourd'hui la présidence, le Parlement et les collectivités locales. Mais cette mainmise repose sur un équilibre fragile : l'incarnation du pouvoir par un homme.
Sans Biya, les fragilités du RDPC apparaissent au grand jour :
- Un décalage générationnel avec une population dont l'âge médian est de 18 ans
- Une absence de démocratie interne qui étouffe les talents et les ambitions
- Un système de prévarication qui mine la confiance des citoyens
- Des conflits non résolus notamment la crise anglophone que le parti n'a pas su apaiser
Certains militants craignent une dislocation du RDPC après Paul Biya. D'autres restent confiants pour les élections à venir. Mais tous savent que le parti ne sera plus jamais le même.
Ce que l'après-Biya révèle du système camerounais
Au-delà du sort du RDPC, cette incertitude pose une question fondamentale sur la nature du pouvoir au Cameroun.
Depuis 1982, Paul Biya a construit un système où tout repose sur lui. L'État, le parti, l'économie, la diplomatie tout converge vers un homme. Ce système a fonctionné tant que Biya était présent. Mais il a créé une fragilité structurelle : le vide que sa disparition laisserait est immense.
« L'absence d'un plan de succession a fragilisé la coalition au pouvoir », alertait déjà le Crisis Group en juillet 2025. Paul Biya a longtemps utilisé cette incertitude comme outil de contrôle. Mais aujourd'hui, cette stratégie se retourne contre son propre camp.
Scénarios pour l'après-Biya
Plusieurs scénarios se dessinent :
Scénario 1 La transition maîtrisée : Paul Biya nomme un vice-président de son choix, qui lui succède en cas de vacance du pouvoir. Le RDPC se range derrière ce nouveau chef, et la continuité est assurée.
Scénario 2 L'implosion du RDPC : Sans Biya pour maintenir l'unité, les clans se déchirent. Le parti se fragmente. L'opposition, jusqu'ici marginalisée, profite de la situation.
Scénario 3 Le scénario gris : Une période d'incertitude prolongée, avec des luttes d'influence entre la famille, l'armée, les barons du régime et la communauté internationale.
Scénario 4 La perpétuation : Paul Biya, malgré son âge, reste en poste et continue de gouverner, repoussant indéfiniment la question de sa succession.
Lequel de ces scénarios se réalisera dépendra en grande partie de la capacité du RDPC à se réinventer. Ou, à défaut, à survivre.
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