Douala : quand la mort frappe à l'aube d'une nouvelle vie
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Collègues depuis 26 ans, fraîchement retraitées, liées par une amitié profonde et un projet de construction commun, Marie-Colette et Bernadette Augustine ne devaient faire qu'un début de retraite ensemble. Le destin en a décidé autrement, en ce dimanche 24 mai 2026 à Bonabéri.

Ce dimanche matin, Marie-Colette est venue chercher son amie pour aller à l'église.

Elle a frappé. Pas de réponse. Elle a insisté. Toujours rien. La veille encore, elles s'étaient écrit des messages jusqu'à 22h45. Une conversation ordinaire entre deux amies qui planifiaient leur semaine, leur chantier, leur vie de retraitées à peine commencée.

Mais derrière cette porte de Bonabéri, dans le quartier Long Trait, Bernadette Augustine N. ne se réveillerait plus jamais.

Il y a des amitiés qui traversent le temps. Celle de Marie-Colette T. et de Bernadette Augustine N. en était une. Vingt-six années côte à côte dans le même service. Des décennies de partage, de rires, de peines absorbées ensemble. Et puis, il y a quelques jours à peine, une retraite méritée prise ensemble, comme tout le reste.

Elles avaient des projets. Un chantier à Nkomba, dans la commune de Douala IV, sur un terrain que Marie-Colette avait acquis avec le soutien précieux de son amie. Une toiture à poser le samedi 30 mai. Des tôles à acheter lundi. Une vie nouvelle qui s'ouvrait enfin, après des décennies de service public.

Ce dimanche 24 mai, tout s'est arrêté.

Le matin qui ne ressemblait à aucun autre

Marie-Colette habite à Bonateki-Deido, dans le Douala 1er. Ce matin-là, elle s'est rendue au domicile de son amie, à Bonabéri Quatre Étages, lieudit Long Trait. Le trajet habituel. Le même depuis des années.

Elle a envoyé des messages depuis le matin. Lancé des appels. Aucune réponse.

La veille au soir, pourtant, les deux femmes avaient échangé par messages de 21h à 22h45. Une conversation longue, normale, celle de deux amies qui se parlent comme elles respirent. Marie-Colette en a montré le fil aux gendarmes. Les derniers mots d'une amitié.

En arrivant sur place, elle a trouvé Bernadette Augustine sans vie. Les secours ont été appelés. Les forces de l'ordre ont constaté le décès. À leurs côtés, une Marie-Colette effondrée incapable de comprendre comment une conversation de la veille au soir pouvait mener à ça.

L'argent confié, la confiance absolue

L'histoire a une dimension supplémentaire qui dit tout de la profondeur de cette amitié.

Jeudi dernier, Marie-Colette avait reçu une somme de 1,3 million de francs CFA en provenance d'une mutuelle dont les deux femmes étaient membres. Une somme destinée au chantier de construction. Mais Marie-Colette ne voulait pas la garder chez elle, à Bonateki.

La raison ? Ses petits-fils. Qu'elle décrit avec une franchise désarmante comme "des souris" en matière de vol. Plutôt que de risquer de voir l'argent disparaître, elle a donc porté la somme chez Bernadette Augustine. Parce qu'on ne confie pas 1,3 million de francs à n'importe qui.

On les confie à une sœur de cœur.

Ce même lundi où les deux femmes devaient partir acheter des tôles avec Jean-Marie, le frère cadet de Marie-Colette, Bernadette Augustine ne serait plus là pour faire le trajet.

Une mort subite, des questions qui demeurent

Les éléments disponibles indiquent un décès subit, survenu dans la nuit ou au petit matin du dimanche 24 mai. Aucun élément, à ce stade, ne laisse supposer autre chose qu'une mort naturelle. Les forces de l'ordre ont été saisies, comme le veut la procédure dans ce type de situation.

Les circonstances exactes du décès n'ont pas encore été officiellement communiquées. L'enquête suit son cours.

Ce que l'on sait, en revanche, c'est ce que ce dimanche a volé. Une retraite qui commençait à peine. Un chantier presque terminé. Un projet partagé depuis des mois. Et une amitié de vingt-six ans, brutalement interrompue à l'aube d'une vie nouvelle.

Ce que cette histoire dit de nous

Dans les quartiers populaires de Douala, les histoires comme celle-là circulent vite. Parce qu'elles parlent à tout le monde. Parce que derrière Bernadette Augustine et Marie-Colette, il y a des milliers de femmes qui travaillent toute une vie, qui cotisent dans des mutuelles, qui construisent pierre par pierre un avenir pour leurs enfants et petits-enfants.

Et parfois, la vie ne leur laisse pas le temps d'en profiter.

Bernadette Augustine N. était veuve, mère de plusieurs filles, grand-mère. Elle avait traversé des décennies. Elle méritait sa retraite.

Que son souvenir soit gardé avec dignité.

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