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© Camer.be : Avec Hanelore Fotso
- 13 Apr 2026 10:59:25
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Kamto et Tchiroma : ce que l'amnésie sélective cache sur l'opposition camerounaise :: CAMEROON
Un seul acteur doit tout expliquer
Dans la politique camerounaise, les mémoires sont courtes mais sélectives. Maurice Kamto fait face aujourd'hui à une exigence que personne n'applique à ses adversaires : celle de justifier chaque posture, chaque silence, chaque convergence. Les faits, pourtant, racontent une autre histoire.
Ce qui s'est réellement passé avant, pendant et après le scrutin
Avant le vote, Kamto a activement promu une logique de coalition entre forces d'opposition. Des discussions impliquant Tchiroma et Bello ont bien eu lieu. Si Kamto avait voulu bloquer Tchiroma, les moyens politiques existaient. Il ne l'a pas fait.
Pendant le scrutin, des militants et sympathisants du MRC se sont déployés dans des bureaux de vote, y compris là où le FSNC était absent. Leur objectif déclaré : défendre un processus, pas un parti. Kamto, lui, appelait au vote libre et a publiquement affirmé que la volonté du peuple avait été confisquée.
Après le scrutin, une fraction de partisans de Tchiroma et d'ex-sympathisants du MRC exige que Kamto reconnaisse la victoire de Tchiroma. Fait passé sous silence : Kamto lui-même a été écarté d'un scrutin auquel il était attendu. La même indignation de principe était alors introuvable.
Pourquoi cette asymétrie n'est pas accidentelle
Le Cameroun n'est pas un laboratoire de démocratie libérale. C'est un système verrouillé, où les coalitions de l'opposition camerounaise se négocient dans l'ombre, où les retournements relèvent de la survie, où la pression sur les opposants prend des formes invisibles aux commentateurs installés dans le confort.
Exiger de Kamto des postures nettes, des soutiens formels et des lignes idéologiques pures, c'est appliquer les règles d'un jeu qui n'existe pas. La politique camerounaise se joue à plusieurs niveaux simultanément : ce qui se dit, ce qui se tait, ce qui se négocie, ce qui se subit. Réduire les choix d'un acteur à une seule dimension, c'est choisir de ne pas comprendre ou de faire semblant.
Réécriture narrative et double standard
L'amnésie sélective en politique se définit comme le processus par lequel certains acteurs réécrivent leur propre trajectoire sans contradiction, pendant qu'on exige d'un seul une cohérence absolue et rétrospective.
C'est précisément ce qui se joue ici. On reproche à Kamto d'avoir cherché des convergences dans une opposition fragmentée. On lui reproche d'avoir laissé ses militants se mobiliser au-delà des frontières partisanes. On lui reproche de refuser d'entériner des narratifs changeants au gré des intérêts.
Pendant ce temps, l'acteur principal depuis la Gambie, à l'abri de toute pression de cohérence peut modifier son récit sans qu'on lui en demande compte. Cette asymétrie n'est pas un accident de parcours. Elle est construite.
Crédibilité de l'opposition et recomposition politique
Lorsque les acteurs se consacrent à se délégitimer mutuellement, le pouvoir en place n'a rien à faire. L'érosion est interne.
La question du leadership de l'opposition au Cameroun sera posée avec encore plus d'acuité. Si chaque tentative de convergence devient prétexte à procès en trahison, aucune coalition durable ne peut se construire. Et sans coalition durable, l'alternance reste hors de portée.
Le double standard politique que subissent certains acteurs n'affaiblit pas seulement les individus visés. Il affaiblit la capacité collective de l'opposition à formuler une alternative crédible face à un système qui, lui, ne se divise pas.
Ce débat révèle quelque chose de plus profond
La vraie question n'est pas de savoir si Kamto a bien ou mal géré son rapport à Tchiroma. La vraie question est celle-ci : pourquoi un seul acteur doit-il répondre de tout, pendant que les autres réécrivent leur propre histoire sans contradiction ?
Quand un seul homme doit tout justifier dans un débat qui implique plusieurs acteurs aux trajectoires tout aussi complexes, ce n'est plus du débat politique. C'est de la manipulation organisée. Et la manipulation, contrairement aux mémoires, laisse des traces.
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