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© Camer.be : Toto Jacques
- 04 Apr 2026 01:18:50
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CAMEROUN :: Beyala Dénonce la Mécanique du Pouvoir Perpétuel de Biya :: CAMEROON
Une succession programmée sans le peuple
2 500 jeunes emprisonnés. Des centaines de morts. Une Constitution tripatouillée par des députés au mandat expiré. L'écrivaine Calixthe Beyala met des mots précis sur une mécanique que le monde préfère ignorer.
La déclaration qui nomme le système
Calixthe Beyala, romancière camerounaise de renommée internationale, a publié une déclaration qui dissèque point par point la dérive autocratique au Cameroun. Son texte ne contient pas d'invectives. Il contient une chronologie. Et c'est précisément ce qui le rend dévastateur.
Le contexte est documenté. L'élection présidentielle du 12 octobre 2025 a été contestée par Issa Tchiroma Bakary, dont les procès-verbaux consolidés sur 18 départements le plaçaient vainqueur à 54,8 %. Human Rights Watch a établi que les forces de sécurité ont tué 48 personnes lors des manifestations post-électorales. Plus de 312 arrestations ont été recensées, dont des détenus conduits dans des centres où la torture est documentée.
La mécanique du pouvoir perpétuel décryptée
Beyala identifie une chaîne de verrouillage institutionnel qui fonctionne en quatre temps.
Premier temps : Paul Biya perd l'élection selon les PV de terrain, mais le Conseil constitutionnel nommé par lui valide sa victoire. La répression meurtrière des manifestants qui contestent ce résultat constitue le deuxième temps.
Troisième temps : les élections législatives deviennent un risque. Biya prolonge le mandat des députés pour éviter un scrutin qu'il pourrait perdre. Ces mêmes députés, dont le mandat a expiré, ne représentent plus légalement le peuple camerounais. Ils n'en continuent pas moins à légiférer.
Quatrième temps : ces députés illégitimes modifient la Constitution pour créer un poste de vice-président. Ce vice-président sera nommé par Biya, pas élu. En cas de décès ou d'incapacité du président, il assure la succession automatique et complète le mandat en cours avec tout le temps nécessaire pour organiser les élections suivantes à sa convenance.
Un État voyou : définition et application
Beyala emploie l'expression État voyou. Ce concept se définit en droit international comme un État qui viole systématiquement les normes démocratiques, bafoue les droits de ses citoyens et contourne les mécanismes de contrôle internationaux pour se maintenir au pouvoir.
La construction est ici chirurgicale. Chaque étape est formellement légale dans l'apparence un décret, un vote parlementaire, une décision constitutionnelle mais repose sur une fraude électorale qui vicie l'ensemble de l'édifice. Un texte constitutionnel adopté par des députés dont le mandat a expiré n'a pas de valeur démocratique. Il a une valeur de façade.
C'est précisément ce que dénonce Beyala : non pas l'illégalité bruyante des coups d'État militaires, mais l'illégitimité silencieuse des coups d'État institutionnels. Ceux qui se parent de décrets et de votes pour accomplir ce que les putschistes font avec des chars.
Les enjeux d'une succession verrouillée
Le Parlement est contrôlé par le RDPC. Le vice-président sera nommé. La succession sera organisée hors de toute volonté populaire. Beyala a raison sur la mécanique : elle est en marche et rien, à l'intérieur du système, ne peut l'arrêter.
La vraie question est celle que pose Beyala en conclusion : les organisations internationales qui prétendent défendre la démocratie ont-elles les moyens, et surtout la volonté, d'agir face à un État qui utilise les formes de la légalité pour en détruire le fond ?
Quand la plume devient acte politique
Calixthe Beyala n'est pas une militante de l'ombre. Elle est lue, traduite, primée. Sa prise de parole sur la crise démocratique au Cameroun ajoute une voix internationale à un dossier qui en manque cruellement dans les chancelleries européennes.
Ce qu'elle nomme mérite d'être retenu : un président qui perd l'élection et tue pour rester. Des parlementaires sans mandat qui réécrivent la loi fondamentale. Un successeur désigné par décret. Et une communauté internationale qui regarde.
Si regarder sans agir, c'est cautionner, alors la question de Beyala s'adresse autant aux présidents qu'aux journalistes, aux diplomates et aux citoyens. Suivez son regard.
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