Un Activiste Torturé et Interné de Force à Douala . L'État Hors la Loi
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Un militant ensanglanté livré à la psychiatrie

À Douala, un activiste camerounais a été interpellé, battu, puis interné de force dans un pavillon psychiatrique. Pas de mandat. Pas de procédure. Un enlèvement en uniforme.

Les faits bruts : New Bell, une nuit, un homme brisé

Jacques Bertrand Mang, activiste camerounais, a été interpellé par des individus présentés comme des éléments de la police dans le quartier de New Bell, à Douala. Les images qui ont circulé le montrent ensanglanté, visiblement tabassé, le visage marqué par des coups.

Après le passage à tabac, les auteurs l'ont conduit non pas dans un commissariat, mais au pavillon psychiatrique de l'hôpital Laquintinie de Douala. Aucune charge officielle n'a été communiquée. Aucune procédure légale n'a été respectée. Le flou est entretenu délibérément sur les motifs de cette interpellation.

L'internement psychiatrique comme arme politique

La technique est ancienne. Elle a un nom : la psychiatrisation de la dissidence. Elle se définit comme l'utilisation des établissements psychiatriques pour neutraliser des opposants politiques, des activistes ou des militants jugés gênants, en contournant les procédures judiciaires ordinaires.

L'Union soviétique l'a systématisée. Certains régimes africains l'ont adoptée. Dans le contexte camerounais post-électoral 48 morts documentés par Human Rights Watch, 312 arrestations après le scrutin du 12 octobre 2025 , l'internement de Jacques Bertrand Mang à l'hôpital Laquintiniee n'est pas un incident isolé. C'est un signal.

Envoyer un activiste aux urgences psychiatriques plutôt qu'en garde à vue accomplit deux choses simultanément : neutraliser la personne sans créer de dossier judiciaire exploitable, et discréditer publiquement sa parole en l'associant à la maladie mentale.

New Bell, épicentre de la répression post-électorale

Le quartier de New Bell à Douala n'est pas choisi au hasard. C'est l'un des foyers historiques de la contestation populaire camerounaise. Populeux, pauvre, politiquement actif. Human Rights Watch a documenté des tirs à balles réelles dans ce quartier lors des manifestations post-électorales d'octobre 2025. Un commerçant de 35 ans y a été abattu le 28 octobre.

L'arrestation de Mang dans ce même quartier, sans procédure légale et avec usage de la violence, s'inscrit dans une répression systématique des voix dissidentes au Cameroun qui ne s'est pas arrêtée avec les manifestations. Elle s'est juste rendue moins visible.

La torture policière au Cameroun se définit ici comme l'application délibérée de violences physiques par des agents de l'État en dehors de tout cadre légal, avec pour objectif d'intimider, de punir ou de réduire au silence. C'est ce que montrent les images de Mang.

Quand l'État devient le bandit

Jacques Bertrand Mang n'est pas un cas. Il est un symptôme. Derrière lui : des centaines d'autres interpellations, des dizaines de morts, un pays où porter une opinion peut conduire à une nuit de coups dans un quartier de Douala.

La question que ce cas pose à la communauté internationale est simple et sans réponse confortable : jusqu'à quel niveau de documentation faut-il attendre avant d'agir ? Les images existent. Les noms sont connus. Les rapports sont publiés.

Un État qui envoie ses activistes au pavillon psychiatrique après les avoir battus n'est plus dans la déviance. Il est dans le système.

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