CAF : gouvernance africaine en crise, le cas Eto'o révèle les fractures du football continental
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AFRIQUE :: CAF : gouvernance africaine en crise, le cas Eto'o révèle les fractures du football continental

La CAF entre stabilité de façade et tensions profondes

Patrice Motsepe a été réélu sans opposition à la présidence de la Confédération Africaine de Football pour un deuxième mandat de quatre ans, prolongeant son règne jusqu'en 2029. En apparence, le football africain dispose d'un cap clair. En réalité, l'institution traverse une zone de turbulences que la réélection par acclamation n'a pas dissipée.

La CAF dirige 54 fédérations nationales. Elle organise les compétitions majeures du continent, négocie les droits télévisuels, distribue des dizaines de millions de dollars aux associations membres. Son fonctionnement conditionne directement la compétitivité du football africain à l'échelle mondiale. Comprendre ses crises internes, c'est comprendre l'avenir du sport continental.

Motsepe : un bilan solide, une autorité contestée

Le premier mandat de Motsepe a été largement salué : stabilisation des finances de la CAF, records d'audience pour la CAN 2023 en Côte d'Ivoire 1,4 milliard de téléspectateurs et revalorisation des dotations des compétitions phares. Ces résultats sont réels. Ils ont justifié la reconduction.

Mais la solidité institutionnelle s'est fissurée. La démission du secrétaire général Véron Mosengo-Omba, en mars 2026, est intervenue dans un climat tendu, après le retrait controversé de la CAN 2025 au Sénégal au profit du Maroc, une décision qui a fragilisé l'institution. Motsepe a annoncé dans la foulée une réforme de l'arbitrage et une tournée de réconciliation à Dakar et Rabat. Des gestes qui traduisent une pression réelle, pas une posture.

Lors d'une réunion du comité exécutif à Dar es Salaam, Motsepe a été ouvertement contesté par plusieurs membres une première depuis son arrivée à la tête de la CAF. La façade du consensus s'est lézardée.

Eto'o : l'ambition qui dérange

Au cœur de ces tensions, une figure s'impose : Samuel Eto'o, président de la Fecafoot depuis décembre 2021. L'ancien quadruple Ballon d'Or africain ne cache pas ses ambitions institutionnelles. Selon plusieurs observateurs, il nourrit l'ambition de prendre la tête de la CAF, voire de briguer un jour la présidence de la FIFA.

Cette projection a généré des résistances immédiates. En janvier 2025, le comité de gouvernance de la CAF a rejeté sa candidature au comité exécutif, invoquant des irrégularités dans son dossier, dans un contexte marqué par son partenariat controversé avec la plateforme de paris en ligne 1XBet. Eto'o a saisi le Tribunal Arbitral du Sport, qui a statué en sa faveur il a finalement été élu au comité exécutif en mars 2025 comme représentant de la zone Afrique centrale.

Un système disciplinaire sous accusation

L'affaire ne s'arrête pas là. En janvier 2026, la CAF a sanctionné Eto'o de quatre matchs de suspension et d'une amende de 20 000 dollars, à la suite d'un incident lors du quart de finale CAN 2025 opposant le Cameroun au Maroc. La Fecafoot a contesté la procédure avec virulence.

La fédération camerounaise a dénoncé une opacité troublante : la CAF n'aurait communiqué ni les motifs ni la base juridique de la sanction infligée à son président. Les avocats d'Eto'o ont relevé un délai de 41 jours sans notification officielle après la mise en délibéré là où le jury disciplinaire avait statué en dix jours pour la même affaire au premier degré.

Dans leur courrier à la CAF, les avocats ont soulevé des doutes sur les motivations réelles de ce retard, y voyant une possible obstruction administrative dans un contexte où l'affaire avait été directement invoquée pour écarter la candidature d'Eto'o.

Les enjeux : gouvernance, légitimité, modèle africain

La CAF doit restaurer la confiance après la crise CAN 2025. La réforme de l'arbitrage annoncée par Motsepe et la tournée de réconciliation visent à apaiser des tensions qui ont divisé profondément le Sénégal et le Maroc. L'efficacité de ces mesures reste incertaine.

La gouvernance du football africain est également mise à l'épreuve dans le cadre national. Au Cameroun, les accusations portées contre Eto'o sont lourdes : détournements présumés liés à des matchs amicaux, conflit d'intérêts via un contrat d'ambassadeur avec une société de paris, manipulation des statuts électoraux et suspension arbitraire d'opposants internes. La Fecafoot conteste ces accusations.

L'enjeu est structurel. Le football africain produit des talents qui alimentent les meilleures ligues mondiales, mais ses institutions peinent à traduire cette richesse en autorité. La réforme de la CAN, qui passera à 28 équipes à partir de 2028 avec une périodicité quadriennale, illustre la volonté d'expansion. Mais expansion sans transparence ne produit que des crises plus larges.

Le cas Eto'o n'est pas un accident de parcours. Il révèle une tension structurelle au sein du football africain : des ambitions de modernisation réelles, des mécanismes disciplinaires opaques, et des appareils institutionnels qui peinent à distinguer gouvernance et pouvoir. La CAF dispose des ressources pour devenir un modèle continental. En choisira-t-elle les règles ?

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