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© Camer.be : Toto Jacques
- 14 Mar 2026 01:00:21
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CAMEROUN :: Mobilisation policière à Yaoundé : quand l'État abandonne ses citoyens :: CAMEROON
Le 12 novembre 2023, un Camerounais tente de déposer plainte au commissariat de Bastos. Les forces de l'ordre refusent de l'enregistrer. Motif invoqué : tout l'effectif est mobilisé pour un événement au palais de l'Unité. Cette scène, rapportée par un témoin, illustre un phénomène structurel.
Une hiérarchie implicite des priorités sécuritaires
La mobilisation policière priorise systématiquement la protection des personnalités et des sommets internationaux. Durant le séjour du pape, la totalité des commissariats de Yaoundé pourrait fonctionner en mode dégradé. La sécurité prioritaire des hôtes de l'État devient alors l'unique boussole des effectifs.
Cette allocation des ressources révèle une hiérarchie implicite des vies à protéger. Lorsque les ministres du Commerce de l'OMC se réuniront au Cameroun, le même dispositif se déploiera. Les commissariats se videront. Les citoyens, eux, se retrouveront sans recours immédiat.
Le mécanisme d'évaporation des forces de proximité
La vulnérabilité citoyenne augmente mécaniquement pendant ces fenêtres de mobilisation totale. L'absence d'agents disponibles pour enregistrer les plaintes transforme le dépôt de plainte en parcours du combattant. La violence quotidienne trouve alors un terreau fertile dans ce vide sécuritaire temporaire.
Le mécanisme est simple à décrypter. Les effectifs policiers, limités, sont redéployés vers les lieux stratégiques. Le commissariat de Bastos, situé pourtant en zone urbaine dense, devient une coquille vide. L'usager se voit opposer une fin de non-recevoir administrative déguisée en contrainte opérationnelle.
Ce phénomène n'est pas nouveau mais il s'intensifie avec la multiplication des événements internationaux accueillis par le pays. Chaque sommet, chaque visite officielle génère un trou d'air dans la couverture sécuritaire de proximité. Les citoyens ordinaires en font les frais.
Les causes d'un déséquilibre institutionnel
L'analyse des causes racines pointe un déséquilibre dans la doctrine d'emploi des forces. La sécurité prioritaire accordée aux élites et aux visiteurs étrangers n'est pas compensée par un renfort temporaire pour les missions de base. Les effectifs ne suivent pas la courbe des événements.
Conséquence directe : le sentiment d'abandon institutionnel progresse dans la population. Lorsqu'un citoyen se fait agresser aux abords d'un commissariat vide, le message implicite est dévastateur. Il valide l'idée que la protection de l'État est un bien rare, réservé à certains.
Impacts à court et long terme sur le contrat social
À court terme, les six prochains mois, le risque est celui d'une banalisation de ces refus. Les agents, habitués à cette hiérarchie des priorités, pourraient reproduire ce schéma même hors contexte de mobilisation majeure. La violence quotidienne serait alors tacitement tolérée.
À long terme, sur trois à cinq ans, cette pratique érode le contrat social. La police perd sa légitimité aux yeux des citoyens. Le réflexe de porter plainte s'éteint. La défiance s'installe durablement, rendant plus difficile toute politique de sécurité participative.
Une question ouverte sur l'égalité républicaine
Le détournement de mission des forces de l'ordre, justifié par des impératifs protocolaires, pose une question centrale. Comment garantir l'égalité des citoyens devant la protection quand les commissariats se vident au gré des agendas diplomatiques ?
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