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© AFRIKSURSEINE : Calvin DJOUARI
- 31 Aug 2025 18:36:28
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CAMEROUN :: LE VIN DE PALME COMME LANGAGE POLITIQUE : QUE VOULAIT SIGNIFIER PAUL BIYA A THIERRY MARCHAND ? :: CAMEROON
Le langage politique africain, et plus particulièrement celui du président camerounais Paul Biya, se caractérise par une forte empreinte culturelle et symbolique. Alors qu’il recevait l’ambassadeur de France en fin de séjour, le président Paul Biya lui remit un cadeau, prenant soin d’en expliquer la signification. Il a déclaré alors : « Quelqu’un qui habite un régime de palme pour extraire le vin en haut lieu, moi-même je suis de la région du Sud, où l’on abat tout ça. » Une formule qui s’inscrit dans un registre imagé qui mêle oralité, métaphore et réminiscences traditionnelles. Au-delà de son apparente opacité, cette déclaration ouvre une fenêtre sur trois dimensions indissociables : linguistique, politique et spirituelle que nous allons commenté. Avant d’entrer dans le fond du débat, chacun de nous a remarqué qu’au cours de cette rencontre et l’échange de cadeaux, on constate que Paul Biya « pétait la forme », comme on dirait au Cameroun : clair dans ses propos et étonnamment frais, loin de l’image que véhiculent ses détracteurs.
Dans cette déclaration à l’ambassadeur, l’homme-lion a adopté une structure proche du langage proverbial. L’image du « régime de palme » et de l’extraction du vin de palme s’apparente à une parabole. Le choix de l’oralité, marqué par la répétition de la formule « moi-même je suis de la région du Sud », renforce l’effet performatif : il s’agit moins d’informer que de marquer une appartenance, d’affirmer une identité et de rappeler une légitimité enracinée. Ce propos n’est pas totalement spontané : il semble préparé, mûrement pensé comme un cadeau symbolique à offrir en échange d’un geste diplomatique. Le président a choisi ses mots avec soin et les a accompagnés d’une gestuelle et d’un sourire qui donnaient l’apparence d’un discours improvisé, mais qui relèvent en réalité d’une rhétorique travaillée. Ce procédé est significatif dans le registre politique africain, où l’oralité se veut souvent plus évocatrice que démonstrative.
Sur le plan politique, l’analogie avec le vin de palme renvoie à l’idée d’extraction de ressources vitales. L’allusion peut être comprise comme une métaphore du pouvoir : celui qui « habite un régime de palme » est celui qui détient la capacité d’accéder à la source nourricière, c’est-à-dire aux richesses et à la légitimité du pays. En se réclamant du Sud, Paul Biya rappelle son enracinement régional et son lien avec une tradition qui fonde sa légitimité auprès de son peuple. Dans un contexte diplomatique, ce rappel identitaire sert aussi à affirmer une souveraineté face à son interlocuteur étranger.
Le palmier à huile, arbre polyvalent, symbolise cette richesse. Rien n’y est rejeté : il produit de l’huile, du vin, ses feuilles servent à couvrir les toits, ses noix permettent de fabriquer des huiles traditionnelles, et lorsqu’il pourrit, il donne des chenilles recherchées par tous. Même une simple branche ou une noix jetée peut engendrer un nouveau palmier. Cette totalité féconde fait du palmier un symbole de vie, de continuité et d’abondance.
La symbolique du vin de palme, profondément enracinée dans les cultures africaines, renvoie aux rituels de convivialité, de libation et de sacralisation. En évoquant ce geste ancestral, le président inscrit son discours dans un imaginaire collectif où l’acte de « grimper au palmier » devient un effort vers le divin, le sacré, mais aussi vers le pouvoir. La répétition « moi-même je suis de la région du Sud » souligne l’idée de filiation et d’appartenance : le chef n’est pas extérieur à son peuple, il partage ses racines, ses traditions et ses pratiques. Le président Paul Biya cette fois-ci a encore surpris plus d’un par sa rationalité, on remarque que sa sagesse est immuable, aussi fallait-il rappeler à l’ambassadeur de France que la véritable diplomatie ne se joue pas dans les salons feutrés mais au sommet des palmiers.
Après tout, quoi de plus stratégique qu’une métaphore sur le vin de palme pour illustrer la complexité des relations internationales. Certains y verront un message codé sur la gestion des ressources, d’autres une leçon de botanique improvisée, et d’autres encore un trait d’humour présidentiel, soulignant que grimper au pouvoir est un art aussi périlleux que grimper à un palmier. car tu dégringoles tu peux y tomber. Peut-être aussi que, lassé des discours trop formatés, le chef de l’État a choisi d’offrir à son hôte français un cadeau immatériel : une énigme tropicale, aussi insaisissable qu’un proverbe ancestral, qui obligera les diplomates à méditer longtemps sur la profondeur… ou l’absurdité calculée de ses paroles.
La réponse de l’ambassadeur Thierry Marchand : « C’est très symbolique, monsieur le président », condense en une formule diplomatique l’essence même de l’échange. L’emploi du mot « symbolique » reconnaît la charge métaphorique du discours présidentiel, tout en évitant une interprétation trop concrète. Politiquement, cette réponse constitue un geste d’acquiescement respectueux, confirmant la légitimité de la parole présidentielle sans la contester. Spirituellement et culturellement, elle souligne l’importance des images et des rites dans la communication africaine : le diplomate reconnaît la dimension culturelle du « cadeau. » En un mot bref mais lourd de sens, il valide la portée transcendantale de la métaphore, tout en maintenant la réserve imposée par le protocole.
Ainsi, cette déclaration, apparemment énigmatique, révèle une rhétorique politique singulière où le langage métaphorique sert à rappeler l’ancrage identitaire et la légitimité du pouvoir. Par l’image du vin de palme, Paul Biya mobilise une symbolique à la fois politique, l’accès aux ressources et à l’autorité, et spirituelle, la quête du sacré dans l’effort de l’ascension. Enfin, par son insistance sur le Sud, il réaffirme une appartenance régionale qui se transforme en signe de continuité et d’authenticité. Au-delà de l’anecdote, le discours devient ainsi un acte de résonance culturelle, enraciné dans la tradition, mais orienté vers la consolidation de l’autorité politique.
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