MOÏSE EKWALLA: AUTEUR DU TRAITE DES DROITS D'ENREGISTREMENT,DU TIMBRE ET DE LA CURATELLE
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Moïse Ekwalla Auteur du Traité des droits d’enregistrement, du timbre et de la curatelle. Le cas de la République du Cameroun Préface de Pierre Alaka Alaka.

Totalement inconnu par nous, nous avons découvert le Patriarche Moïse Ekwalla il y a quelques jours, grâce à l’écrivaine Jeanne Louise Djanga.

Depuis, nous sommes restés presque toujours connectés. Sous ses multiples identités nous avons conclu que c’est la plus belle découverte littéraire de l’année.

Aussi, avons-nous la très grande joie et l’immense honneur d’accueillir pour le compte de camer.be, cet écrivain à la plume prodigieuse qui a bien voulu accepter de répondre à nos questions.

Bonjour Patriarche Moïse Ekwalla, nous avons une première question traditionnelle. Pouvez-vous vous présenter pour les lecteurs qui ne vous connaîtraient pas encore ?     

Traditionnellement, je me nomme Ekuala Ebele Ekuala. Les empreintes laissées par la colonisation m’ont conduit à une vie civile qui m’a individualisé Moïse Ekwalla à tel point que ma vie civile ne cadre plus avec ma vie traditionnelle. Je suis un bantou de la plaine côtière du Cameroun, et comme vous le savez, chez les Africains en général, la dénomination est généalogique et même trilogique.

En somme, on fait suivre son nom propre par ceux du père et du grand-père. Mon père était un fonctionnaire des Douanes, ma mère était une couturière. Mon parcours scolaire s’est d’abord déroulé au Cameroun pour ensuite se terminer en France où j’ai obtenu mon baccalauréat dans une banlieue de Paris, plus précisément au Lycée Paul Eluard de Saint-Ouen. J’ai effectué mes premiers pas universitaires d’abord à Paris-1 dans le 13è arrondissement où j’étais inscrit dans l’Unité d’Études de Recherches (U.E.R.) d’analyse et politique économique dans le cadre des sciences économiques.

Peu friand de l’ambiance universitaire parisienne, j’ai poursuivi mes études de sciences économiques à Angers, dans le Maine-et-Loire. Au regard des études post-universitaires, je suis un ancien élève de l’École Nationale des Impôts de Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme. Avant de regagner la terre natale, je me suis amusé à faire en dilettante, des études de Finances et Assurances à Paris.

Pour l’heure, je suis un inspecteur principal des régies financières à la retraite depuis une douzaine d’années, après avoir exercé pendant vingt-sept (27) ans en un premier temps à la Direction de l’Enregistrement, du Timbre et de la Curatelle, ensuite à la Direction des Impôts.

Vous êtes un auteur aux multiples facettes, et je vous ai découvert avec une surprise qui m’a presque désarçonné...Est-ce que c’est moi qui ne vous connaissais pas ou c’est tout le public qui ne vous connaît pas ? 

Avoir de multiples facettes, je ne sais pas. Au demeurant, je passe mon temps à écrire sur la culture bantoue dont les Sawa du Cameroun sont une composante. Quant à être connu ou pas, je suis incapable de vous répondre avec objectivité. Les étudiants qui ont opté pour l’Administration fiscale à Douala, me connaissent en tant qu’enseignant vacataire qui dispensait et dispense continuellement les cours d’économie politique, de comptabilité analytique et de fiscalité à la faculté des sciences juridiques et politiques.

Primitivement, je formais les élèves-contrôleurs des régies financières à l’École Nationale d’Administration et de Magistrature (É.N.A.M.) à Yaoundé. Dans la même ville, je dispensais les cours de gestion à l’École Supérieure Spéciale d’Architecture (E.S.S.A.C.A.). À la Cour d’Appel du Littoral, je suis un expert en finances. À Deïdo-Douala, à savoir ma communauté tribale d’origine, je suis toisé comme étant un notable. 

Quand on sait que vous avez fait une brillante carrière administrative, j’ai envie de vous demander de manière plus générale : quelle est la place de l’écriture dans votre vie ? En quoi votre carrière de fiscaliste a-t-elle influencé l’auteur prolifique que vous êtes ?

Sentant venir ma retraite administrative, je me suis dit qu’il est impératif que je me mette à écrire afin de maintenir ma cadence quotidienne de quinze (15) heures de travail. C’est ainsi qu’en 2006, j’ai écrit mon premier ouvrage intitulé : ‘’Dictionnaire de 1500 noms propres sawa’’. L’ouvrage précité fait ressortir les significations emblématiques des noms, la singularité des personnes qui les portent, ainsi que les symboles totémiques y relatifs. À la lecture de ce qui précède, j’ai pu éviter l’oisiveté.

Comme cheval de bataille, j’ai choisi la culture africaine d’une part, et les performances économiques de l’autre. Au regard du premier choix, je suis conscient que nos valeurs culturelles devraient inéluctablement survivre face aux cultures importées, liées à la tempête de la mondialisation. En ce qui concerne le second choix qui se rattache au premier, parce que nos performances économiques sont tributaires de nos prouesses culturelles, nous savons que nous n’avancerons jamais tant que nous aurons l’illusion qu’à partir des cultures extra-africaines, nous parviendrons à l’opulence économique.

J’imagine à quel point on doit se sentir vidé en tant qu’auteur, quand on écrit sur l’histoire d’un peuple comme le vôtre. Des livres aussi complexes que le dictionnaire de 1500 noms propres Sawa et bien d’autres…Comment peut-on gérer l’écriture des ouvrages aussi lourds comme ceux-là, avec tant de ramifications, de lieux, de personnages lointains ?

J’ai peut-être eu la chance d’être dépositaire de solides archives familiales que je compte à plus d’un titre vulgariser. De plus, j’ai eu à côtoyer diverses personnes qui ne faisaient pas partie de mon cercle familial, mais qui m’ont confié des documents pour que photocopies s’en suivent.

De nombreux écrits en ma possession sont libellés en langue douala. Pour qu’ils aient une portée plus étendue, je m’évertue à les élaborer sous forme d’édition bilingue douala-français. Pour revenir au Dictionnaire de 1500 noms propres sawa, j’ai toujours été  révulsé de  voir un footballeur noir de haute voltige, porter un nom propre d’essence extra-africaine.

Au surplus, dès mon adolescence, percevoir par la vue mon boxeur noir préféré, se débarrasser du nom que l’esclavagiste lui a attribué, pour après adopter un vocable arabe et même une religion islamique m’a toujours fait une impression désagréable. Dire que le nom propre est un élément déterminant du socle culturel.

Pouvez-vous présenter vos différentes publications à ce jour et où les trouver ?

-À présent, j’ai un acquis de quatre ouvrages :

Le dictionnaire de 1500 noms propres sawa dont la seconde  édition relativement plus étoffée paraîtra bientôt ; 

Le lexique de  30 000 mots douala-français ; 

Les contes et proverbes de la plaine côtière du Cameroun ;

Le Traité des droits d’enregistrement, du timbre et de la curatelle. Deux ouvrages dûment terminés sont entre les mains de mon éditeur.

Il s’agit de : Deïdo-Douala-Cameroun près de trois siècles d’histoire ; Contes et onomatopées de la plaine côtière du Cameroun. Dans le même élan, je suis cette fois-ci entrain de terminer un ouvrage titré : Lexique de 90 000 mots français-douala. Ledit lexique revêt à présent plus de six cent cinquante (650) pages et est illustré de plus de cinq cents (500) dessins à l’africaine.     

Habituellement, mes ouvrages sont disponibles aux Éditions l’Harmattan à Paris-France dans le 5è arrondissement, ainsi qu’aux Éditions l’Harmattan à Yaoundé-Cameroun. À Douala-Cameroun, on les trouve souvent à la Librairie Matila, ex- hôtel Joss à Bonanjo, ainsi qu’aux Éditions AfricAvenir à Bonabéri.

vous venez de publier un essai intitulé : « Traité des Droits d’Enregistrement, du Timbre et de la Curatelle, le cas de la république du Cameroun.» Comment pouvez-vous parler d’un métier qui se porte bien et dont personne ne s’est jamais plaint publiquement ?

À titre de rappel, j’ai travaillé pendant vingt-sept (27) ans dans l’Administration fiscale de mon pays. Il m’a semblé impératif de laisser un support écrit à la postérité. C’est la raison pour laquelle j’ai confectionné cet ouvrage de trois cent deux (302) pages. Et quand je vaquais dans le cercle socialement organisé de l’Administration fiscale, j’étais en permanence soucieux d’établir une relation confiante et féconde entre les contribuables et les agents de l’État. À la retraite, je compte mûrement persévérer dans cette approche. Dans mon esprit, le livre précité sera un outil de travail favorable tant aux professionnels de l’Administration publique qu’à ceux du privé, sans bien évidemment oublier les étudiants gourmands de fiscalité.

Comment se porte le Cameroun en matière de fiscalité ? Quelles sont les difficultés de la matière fiscale ? Pourquoi le contribuable est-il toujours en train de se plaindre de la fiscalité ?

Sans rien outrer, la fiscalité est un levier important de l’activité économique. Elle joue un rôle primordial dans la progression et éventuellement la régression du budget de l’État. Quand je prenais ma retraite en 2009, la situation des recettes et des dépenses du budget de l’État du Cameroun avoisinait deux milliard trois cent cinquante millions (2 350 000 000) de francs CFA. Celui à juste titre programmé pour l’exercice 2021 est de quatre milliard six cent soixante-dix millions (4 670 000 000) de francs CFA.  

D’où dans un intervalle de temps de douze (12) ans, une progression en termes absolus de deux million trois cent vingt  mille (2 320 000 000) francs CFA montant qui se traduit par une valeur relative de 99 %. Il émerge des chiffres précités une situation économique qui n’est peut-être pas florissante, mais qui est loin d’être décadente. Vous me dites que le contribuable est toujours entrain de se plaindre ; vous avez déjà vu un contribuable qui ne se plaint pas dans un pays qui a opté pour l’économie libérale ? Je sais tout simplement que dans la pensée intime du contribuable, il exprimerait le souhait de voir son apport fiscal se transformer en une amélioration de son bien-être, singulièrement en matière  d’éducation, de santé publique, d’hygiène, d’habitat, et d’infrastructures.  

Pourquoi cette profession est-elle sacralisée ?

Dans un pays comme le nôtre, le fiscaliste parvient-il à comprendre le problème des contribuables ? - À plus d’un titre, votre question me donne une expression rieuse, pour ne pas dire qu’elle me fait sourire. Peut-être que les jeunes qui reçoivent la formation des régies financières envisagent illusoirement exercer une profession sacrée. Pour ma part, les fiscalistes qui évoluent dans l’Administration fiscale ont très mauvaise presse.

À la lecture même des écritures baptisées saintes, il m’a été rapporté que Josué qui a vécu 13 siècles avant Jésus-Christ, était un collecteur d’Impôts. À ce titre, il était considérablement détesté. Les personnes détestées peuvent-elles évoluer dans un univers sacré ?

Vous écrivez aussi beaucoup sur la culture Sawa. Avec le monde moderne, dites-moi est-ce qu’on naît Sawa ou on le devient ?

C’est vrai qu’en dehors de mes ouvrages, la revue dite ‘’Ngondo Magazine’’ publie pratiquement tous les ans mes articles. Il arrive même qu’on y fasse ressortir des panneaux de signalisation du Code de la route façonnés par moi de manière bilingue.

À l’écoute des dires de certains de nos patriarches, peut se prévaloir Sawa, tout camerounais dont l’ancêtre patrilinéaire résidait sur le territoire qui va de Campo à Mamfé avant la signature du traité jadis désigné  Germano-Cameroun, puisqu’au 19è siècle plus précisément en 1884, l’appellation Cameroun correspondait à celle de l’actuelle ville de Douala. 

Les activités productives originelles des Sawa étaient la chasse, l’agriculture, et la pêche. Ils n’étaient pas intéressés par l’élevage à grande échelle. Ils furent également de grands artisans, à grands regrets, leurs œuvres se trouvent beaucoup plus dans les musées étrangers notamment à Bâle en Suisse, que sur l’espace continental africain. De plus, pendant la période dite des indépendances, ils ont perdu la majorité de leurs plantations où la plupart d’entre eux ont été égorgés vifs dans leurs possessions agricoles.

Qu’est ce qui fait l’identité Sawa aujourd’hui ?

À en croire la revue ‘’Ngondo-Magazine’’ éditée en 2006, le poids démographique des Sawa à cette date se chiffrait à six millions (6 000 000) d’âmes. À ma connaissance, les Sawa sont un peuple qui souhaiterait vivre au sein d’un Cameroun où les puissants sont justes, les couches vulnérables en sécurité, ce qui sauvegarderait la sérénité.

Et dans l’esprit des Sawa, la sérénité camerounaise et même universelle n’exige pas que chaque personne aime son voisin, au contraire elle réclame qu’ils vivent collectivement en se tolérant réciproquement.

Vous vous intéressez aussi beaucoup aux contes de la plaine côtière. En quoi est-ce important pour vous de les écrire ?

Pour qui écrivez-vous ces contes en temps moderne ? Les parents disposent-ils encore du temps pour raconter les contes à leurs enfants ? Et les enfants s’intéressent-ils aux contes de nos jours ? - Au Cameroun, mon idéal humain se nomme Lotin Epeye Papa, européanisé Valère Epée.

À propos des contes et des fables, il retrace à peu près ceci : « Les contes et les fables sont une codification de la sagesse ancestrale. Ces derniers constituent la source principale des proverbes qui en cristallisent la leçon morale. Mais les proverbes sont plus que cela. En tant que mémoire littéraire de l’Afrique, ils sont le rappel de toute littérature orale, fruit de cette sagesse, ce savoir, cette science et cette expérience dont le verbe du vieillard est la fontaine et l’esprit de l’enfant, le ventre consommateur ».    

À la lumière de l’approche de Lotin Epeye Papa, j’écris principalement les contes pour vulgariser la sagesse africaine, notamment pour qu’ils soient lus par notre diaspora non sans perdre de vue que les afro-américains ont soif d’appréhender la sagesse provenant de leur terre originelle. L’ouvrage bilingue douala-français, titré : ‘’Contes et proverbes de la plaine côtière du Cameroun’’ comporte soixante (60) contes et quatre cent vingts (420)  proverbes légitimement commentés.

Le livre bilingue intitulé : ‘’Contes et onomatopées de la plaine côtière du Cameroun’’ déjà terminé, mais non publié comporte quant à lui, cent (100) contes et cinq cent soixante-seize (576) onomatopées dûment expliqués. À travers les écrits d’Hérodote, de Lotin Epeye Papa, de Kum’a Ndumbe III, d’Ibrahima Baba Kaké, de Joseph Ki-Zerbo, de Cheikh Anta Diop et de bien d’autres, l’humanité toute entière sera obligée de reconnaître que la raison hellène n’est qu’une copie de la raison nègre.

Certains anti-esclavagistes et même anti-colonialistes le reconnaissaient depuis des lustres en articulant haut et fort que la théorie du Nègre primitif n’est qu’un mythe dépourvu de toute logique scientifique. Victor Schoelcher qui était un homme politique français né en 1804 à Paris, soutenait en son temps, la thèse des Égyptiens nègres. À ce titre, il va de soi que tout ce que l’humanité a de raisonnable et de rationnel découle du Nègre dans toute sa splendeur.

Je vous laisse carte blanche pour clôturer cette interview.

Il n’y a pas que la lecture pour éveiller les esprits et les âmes qui souhaiteraient véritablement s’instruire. C’est ainsi qu’en temps opportun, vous recevrez dans vos mains mortelles, un jeu cérébral baptisé ‘’la huitaine’’, elomban en douala. Ledit jeu comporte cent soixante (160) pions qu’il faudrait agencer pour composer des mots.

Afin d’aider les joueurs à s’y acclimater, j’ai joint dans son coffret, entre autres, un lexique de deux mille (2 000) mots qui vont de deux (2) à huit (8) lettres.

Vous vous en doutez, je suis sur la photo soumise à votre attention, avec l’esquisse dudit jeu. C’est à partir de ce type de jeu qu’on fait les mathématiques sans le savoir ; souvenez-vous de la jonglerie des cailloux par vos sœurs. Prière de bien vouloir recevoir mes inaltérables remerciements liés à votre entretien./- Je vous remercie infiniment d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

Entretien mené par Calvin Djouari   

Pour le compte de Camer.be    

djouari2@yahoo.com 

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