Une crise héritée du colonialisme
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En 1960, Français et Britanniques laissent derrière eux un pays fracturé entre francophones et anglophones

Depuis plusieurs années, le Cameroun est le théâtre de violents affrontements. Une fracture profonde divise le pays, héritage de son histoire coloniale. 

«Après le départ des colons, il a fallu ramasser les morceaux» «Nous sommes les enfants de la colonisation», commence Rubie, étudiant camerounais qui se dit «résolu». Le jeune homme, qui vit en Allemagne, porte un regard critique sur la crise qui gangrène son pays. «Après le départ des colons, il a fallu ramasser les morceaux et essayer de faire quelque chose avec. Ce qui en sort n’est pas très beau», explique-t-il.

Ce qui en sort, c’est ce que l’on appelle communément la crise anglophone au Cameroun. Une profonde fracture qui divise le pays. 

En réalité, cette crise n’a d’anglophone que le nom. «On dit la crise anglophone, car on a l’impression que c’est porté sur la langue, que c’est juste un problème de revendications. Mais ce n’est pas que ça. Ça serait trop facile de dire que l’un des deux camps a tort. C’est le cumul de beaucoup de problèmes», déclare Rubie. 

Manifestation contre la réélection du président du Cameroun Paul Biya
Manifestation de Camerounais de Toronto en 2018. À droite: le drapeau du Cameroun. À gauche: le drapeau des sécessionnistes d’Ambazonie.

Colonisation du Cameroun

En 1946, l’ONU signe un accord de tutelle avec la France et la Grande-Bretagne, qui vont alors administrer le Cameroun.  Lorsque les colons partent en 1960, ils laissent derrière eux deux peuples pour un pays. L’un est anglophone, l’autre francophone. Chacun héritier d’un système politique différent.

Les anglophones habitent principalement dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Ils sont une minorité et représentent environ 20% de la population camerounaise. Le pays est séparé en deux.

Pour l’étudiant, l’équation est simple. «C’est facile d’ignorer les 20% d’anglophones. Sauf que ces 20%, ce sont des êtres humains. Il faut comprendre leurs problèmes, et voir comment ils pourraient se sentir mieux au sein de la population camerounaise.»

Ce mal-être donne lieu à des manifestations et des affrontements. En octobre 2016, des grèves éclatent à Bamenda et Buea, les capitales anglophones. Les enseignants anglophones reprochent au gouvernement, majoritairement francophone, d’essayer d’éradiquer l’enseignement en anglais dans ces régions.

La riposte des militaires est sévère. Les tensions s’accentuent dans les deux camps. Chez les anglophones, un mouvement séparatiste émerge et va jusqu’à demander la création d’un nouvel État: l’Ambazonia. 

Le 1er octobre 2017, nouvelle manifestation. Plusieurs dizaines de milliers d’anglophones sont dans les rues pour réclamer l’indépendance d’Ambazonia. La tension monte encore d’un cran et 20 personnes sont tuées par les forces de sécurité, selon Amnistie internationale. 

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