World news CAMEROUN :: Shanda Tonme: " La loi contre le tribalisme est une loi inutile, proprement et absolument inutile" :: CAMEROON CAMEROUN INFO - CAMEROUN ACTU
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CAMEROUN :: SOCIETE CAMEROUN :: Shanda Tonme: " La loi contre le tribalisme est une loi inutile, proprement et absolument inutile" :: CAMEROON
  • Source : Le Messager
  • jeudi 16 janvier 2020 10:05:00
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World news CAMEROUN :: Shanda Tonme: " La loi contre le tribalisme est une loi inutile, proprement et absolument inutile" :: CAMEROON CAMEROUN INFO - CAMEROUN ACTU

Dans la suite de cette interview accordée au quotidien Le Messager et relayée par camer.be,le professeur Jean-Claude Shanda Tonme,par ailleurs Président du Mouvement Populaire pour le Dialogue et la Réconciliation(MPDR) commente l'actualité camerounaise . Parlant de la loi contre le tribalisme, il affirme que cette loi est inutile. Lisez plutôt

 En somme vous donnez implicitement raison à ceux qui craignent les Bamilékés, et les traitent d’expansionnistes ?

Je répète qu’il vaut mieux faire envie que pitié. Regardez, En dépit des pillages massifs opérés par les fonctionnaires, le Cameroun est debout, et c’est ce que je dis souvent à ceux qui crient que le pays est fini. Jamais le pays ne finira jamais, parce que comme avait si bien constaté Houphouët Boigny, il y a les Bamilékés. Tenez, nous avons vaincu les grecs, les indo-pakistanais, les Libanais et même les Français dans le commerce et la petite et moyenne industrie. A vrai dire, si le gouvernement ne nous cassait pas les pieds à dessein, nous serions en mesure de chasser complètement les Français de tous les secteurs. Nous serions en mesure de porter le Cameroun au sommet du Continent et rivaliser avec l’Afrique du sud et le Nigeria. Nous serions en mesure de créer des compagnes aériennes efficaces, bien managées et admirées. Nous serions en mesure de créer et de gérer des industries lourdes dans les mines, les technologies hautes et avancées, la pétrochimie et l’agro-alimentaire. Hélas. J’ai conversé avec un Chinois qui m’a fait la confidence suivante : « de tous les pays Africains, c’est ici que nous avons trouvé les vrais concurrents. Heureusement que nous avons l’appui actif du gouvernement pour nous concentrer sur les grands travaux. En Chine même, quand on essaye de leur refuser la marchandise, ils contournent en faisant commander par des partenaires à Hong Kong, à Singapour et à Taiwan, et nous les retrouvons seulement au port de Douala. Je ne parle même pas de l’ameublement où ils ont réussi à nous éliminer, après avoir été nos clients. Maintenant ils produisent sur place au moins à 60% et progressent ».

Vous semblez très sûrs ?

Mais bien sûr monsieur. Quand on est fort et confiant sur son travail, pourquoi faire la fine bouche ou se cacher ? Au plan simplement intellectuel, je produis tout seul entre deux à quatre ouvrages annuellement, et vous voulez que je n’e sois pas fier, que je ne le dise pas ? Par exemple, dernièrement on a encore cédé une banque aux Marocains, la BICEC, alors qu’il existe des magnats nationaux capables de prendre l’affaire. Ce n’est pas juste. On a connu la même situation pour l’octroi de la troisième licence du téléphone mobile. Les initiés connaissent bien qui avait réellement gagné. Je vous laisse deviner. Laissez le Bamilékés investir, construire, créer et produire, et il n’y aura aucun chômeur dans ce pays. Au contraire, nous importerons de la main d’œuvre des pays voisins. A ce propos, il y a encore de la place au Cameroun pour deux ou trois opérateurs du téléphone mobile, mais comme on a très peur que les Bamilékés vont prendre, on se bloque et on prive le pays de ressources, d’emplois, de rayonnement. C’est encore et toujours la triste réalité. Les fonctionnaires ont accumulé des milliards volés certes, mais sortir pour investir est devenu compliqué, même par le blanchiment et même par des prête-noms. C’est vrai qu’ils commencent à mettre dans les immeubles, mais c’est rien par rapport aux sommes colossales volées et planquées.
Ce qui est bien plus gênant et embarrassant, c’est que cette fortune est planquée en devises, dollars et euros dans des caches, et ne peuvent plus aller à l’étranger, à cause des nouvelles exigences de traçabilité sur l’origine des fonds qui ont été instituées pour surveiller et combattre les réseaux de financement terroristes.

Comment appréhendez-vous la loi contre le tribalisme ?

C’est une loi inutile, proprement et absolument inutile. Le tribalisme existe dans la tête des gens et dans une sous culture de la haine et du sectarisme entretenue, soutenue et répandue par une élite sans patriotisme ni nationalisme. En réalité derrière la pandémie du tribalisme se trouve l’impossible expression et la difficile consécration d’une identité camerounaise. On dit qu’on va réprimer le tribalisme, mais il se manifeste dans tous les actes officiels et jusqu’aux lois comme le dit avec colère Benjamin Zeébazé à propos de cette loi sur la décentralisation qui compartimente et fragmente la citoyenneté camerounaise. Comment voulez-vous combattre le tribalisme quand le premier ministre signe ou le Chef de l’Etat signe des actes de nominations où l’on retrouve un seul village, une seule région, et parfois une seule famille ? C’est à ce niveau que tout commence et s’étale. Tenez, à Garoua, le délégué du Gouvernement va casser le commerce d’un jeune débrouillard Bamiléké, un bar-restaurant, en déclarant qu’il doit aller faire ça à l’Ouest, et personne ne dit rien. IL a agi malgré la mise en garde du Préfet et du Gouverneur, ruinant une famille et tout un destin. Au ministère des domaines, on retrouve des professeurs des lycées comme conservateurs, laissant de côté des ingénieurs et des techniciens du cadastre assermentés. Et dans les services centraux, c’est devenu grave, alors qu’on célébrait le départ de la grande dame Koung. Il y a eu des nominations, et aucun Bamiléké. Vous pouvez retrouver la même chose un peu partout. Et personne ne dit rien. Des ministères entiers sont devenus des villages, et vous parlez de combattre le tribalisme par les lois, c’est de la chimère.

Que faire ou comment faire donc ?

Le tribalisme est un aveu de barbarie, de sauvagerie et d’obscurantisme, c’est d’abord l’expression de la petitesse d’esprit des gens aux horizons limités, des tarés. Cette maladie va disparaître avec le temps, au fur et à mesure que les générations vont se renouveler et que le pays va effectivement se moderniser, sortir de l’obscurité et de la fainéantise. Ma petite fille qui a seulement deux ans et demi, aime s’amuser en disant : « je suis Béti-Bami », parce qu’elle est effectivement les deux. Vous voyez qu’à cet âge, un bébé peut se déterminer, selon le milieu et selon l’environnement? Il faut dorénavant lui enseigner aussi à s’affirmer Camerounaise. Attention, ce qui me plaît, c’est qu’elle le dit avec fierté et aisance. Pour elle, c’est devenu un presqu’un jeu. En réalité je ne suis ni inquiet ni étonné, parce que je suis convaincu que cela va changer et on ne parlera plus que de Camerounaise et de Camerounais, sans que pour autant les références et les valeurs strictement culturelles du village soient abandonnées. Je vais d’ailleurs vous surprendre en vous révélant que même dans les ethnies, la discrimination est aussi sévère. Chez les Bamilékés, on vous présentera les Bafangs comme les Bassa de l’ouest, les Banganté comme de bons paresseux et fanfarons, les Mifi comme des chiches, les Mbouda comme de valeureux bosseurs. On vous dira que les Bahams sont lunatiques, qu’ils vendent la chèvre et retiennent la corde. Et puis, ce qu’on appelle Béti, est un pur travestissement de la réalité culturelle et anthropologique de plusieurs peuples très différents. Il vaut mieux maintenant parler de sectarisme que de tribalisme, parce que le fractionnisme intra ethnique tend à prendre le dessus, dans une considération objectivement matérialiste. C’est le lieu de redire la justesse de la thèse centrale du marxisme qui consacre la lutte entre les classes sociales comme la problématique majeure qui alimente les contradictions et par conséquent les conflits sociaux.
Il est des situations où la loi produit l’effet inverse, c’est-à-dire que le remède renforce la maladie. Je redis donc que cette loi est inutile. Elle nous expose même à la risée du monde. On ne peut pas voter une telle loi et dans le même temps, voter une autre pour interdire à un citoyen d’être éligible dans une partie du territoire. C’est tellement absurde. C’est grossier.

Puisque nous y sommes, enchaînons une fois. Que pensez-vous de la loi sur la décentralisation et les droits des collectivités locales qui vient d’être votée par l’Assemblée nationale ? Pensez-vous comme Banjamin Zébazé, un confrère qui a pondu une déclaration pour dire que cette loi vise les Bamilékés ?

Permettez que je retienne mon souffle, avant de vous dire combien j’ai été touché dans mon âme, dans mon amour propre, dans ma dignité et dans mon patriotisme. La constitution de 1996 nous avait déjà livré une bêtise très décriée dans le même sens, et voici que nous repartons cette fois, dans une sorte de consécration d’une sorte d’ignominie constitutionnelle. En somme, nous sommes officiellement devenus comme l’Afrique du sud du temps de l’Apartheid, avec des citoyens qui vivraient quelque part sans droits. Bon, vous parlez de Banjamin Zébazé, il faut louer le courage et la perspicacité de ce frère et compatriote dont personne n’ignore la voracité combative quand il s’agit de dénoncer les injustices. Je partage complètement, entièrement, absolument et pleinement sa prise de position, c’est-à-dire sans aucune réserve. Mongo Béti avait déjà dit il y a plus cinq décennies que c’est la politique d’ostracisme contre les Bamilékés qui perdra le Cameroun. Voilà que l’actualité lui donne raison. Benjamin et ses positions font partie de la mémoire incontournable des luttes pour la justice au Cameroun. IL a toujours été de toutes les batailles et de toutes les grandes causes. Il a payé un prix lourd dans les années de braise.

Peux-ton dire que vous vous posez en leader de la communauté Bamiléké ?

Ah non, d’où vous vient cette idée de leader de la communauté Bamiléké ?

Mais nous ne faisons que révéler ce qui est répandu dans l’opinion et dans les médias

Ecoutez, contrairement à certains frères et soeurs dont j’ai fait état tantôt, des gens voire des intellectuels qui ont peur de s’affirmer de façon identitaire pour leur communauté, moi j’en suis fier et me porte au-devant chaque fois que c’est nécessaire. C’est un devoir et une posture honnête. A ce propos, s’il fallait absolument vous donner une réponse, je vous réponds que je ne discute le leadership chez les Bamilékés avec personne, et il n’y a aucun conflit de leadership. Mais il est clair que si vous ostracisez spécifiquement, particulièrement, explicitement ou implicitement la communauté Bamiléké, vous me trouverez sur votre chemin et de façon prompte, ferme et sans hésitations. C’est mon destin et je vais l’assumer jusqu’au bout. Mon propre père me l’avait de son vivant alors que j’étais tout petit, et il me l’a réitéré un mois avant sa disparition effective. Je ne discute donc le leadership avec personne, c’est un acquis de terrain, d’expérience et de construction historique, factuelle, mémorielle, sociale et politique. Je vous conseille vivement l’un de mes trois ouvrages de 2018, dont le titre est déjà tout un constat : « L’Obsession du complot Bamiléké, mémoire des années de braise, ma rencontre avec Jean Fochivé ». Ed l’Harmattan.
Les autres broutilles que l’on répand sur Jean Nkueté qui serait opposé à Marcel Niat ou encore Luc Sindjoun qui serait opposé à Kamto, n’ont aucun sens. Tous s’aligneront le jour où il faudra parler fort et porter haut la voix des Bamilékés sur une table de négociation, et il y aura un Chef.

Est-ce à dire que vous soutenez l’équilibre ethnique ?

Je ne veux pas vous tenir un discours le jour et autre la nuit. J’ai souvent échangé avec mon ami et frère le Pr. Mouangué Kobila à ce sujet, et nous sommes d’accord qu’on ne peut pas construire un pays avec des inégalités criardes, où certains ont tout et prennent tout, pendant que d’autres n’ont rien et perdent jusqu’à la tombe de leurs ancêtres. Tout est question de meilleures appréhensions et de meilleures organisations institutionnelles et politiques, culturelles aussi. Dans toutes les sociétés, on protège les couches ou les composantes fragiles, faibles et handicapées. C’est un devoir régalien de l’autorité publique. Le danger c’est de se comporter de façon à donner le sentiment de s’en prendre à une communauté, ou encore à faire croire à certains qu’ils peuvent croiser les bras, ne pas travailler, et ensuite arracher à ceux qui se tuent à la tâche ou qui ont le souci de l’épargne, du grenier et de l’investissement. La justice sociale et politique est une discipline qui nous interpelle tous, et avec urgence, mais encourager la jalousie et des tentatives d’ostracisme à l’endroit du génie est un crime. La remarque vaut tout le monde, parce que les brebis galeuses et les feyman se trouvent partout, dans toutes les communautés.
Lorsque les Bamilékés se plaignent aussi de discriminations, ce que le Laakam n’a de cesse de rappeler, c’est avec raison. Un étranger qui débarque chez nous et passe seulement six mois, le perçoit très vite et je vous jure que diplomate que je suis, je reçois chaque jour des confidences effrayantes des diplomates dans ce sens. Prenez la justice, allez voir à Douala et Yaoundé, et vous ne verrez aucun Bamiléké parmi les hauts responsables au palais. C’est malheureusement vrai, choquant et frustrant à la fois. Par contre à l’Ouest, la quasi-totalité des procureurs et des présidents des tribunaux sont du Sud et du Centre.

Comment expliquez-vous que les députés Bamilékés aient voté cette loi, même pas une seule voix discordante ?

A chacun ses calculs et ses responsabilités dans le façonnement de la mémoire historique de notre peuple, de notre société et de notre pays. Ils assumeront. Mais d’ores et déjà, je dois pouvoir vous révéler que le malheur de notre société aujourd’hui, réside dans la propension à la cupidité et par conséquent la peur. Trop de gens sont compromis, surtout les élus et les détenteurs de postes de responsabilité. Nous sommes dorénavant rendus dans une société de lâches et de cinglés, où l’équilibre mental, la dignité et la fierté personnelle, sont devenus des traits de caractère et de conduite rares. D’ailleurs, dire que tous les élus à tous les niveaux ne seraient que des affairistes et dans une certaine mesure des prostitués, n’est pas faire injure à la réalité. Il convient même de féliciter nombre d’entre eux qui savent jouer des coudes et d’un équilibrisme extraordinaire pour réussir leurs ambitions.

Pensez-vous que ces élus pourraient avoir des problèmes au village ?

Après tout, il faut laisser chacun avec sa conscience et son analyse de ses actes. Moi quand je pose des actes, je pense à mes enfants et à mes petits-enfants, comment on les regardera quand je ne serai plus dans ce monde. A ce propos je côtoie régulièrement des enseignants d’université, qui par deux fois, ont signé des motions et des pétitions appelant le Président à rester indéfiniment au pouvoir. Ils sont nombreux aujourd’hui à la regretter et même à en avoir peur, parce que tout cela est consigné dans des livres. Je l’ai moi-même consigné dans deux livres intitulé,  la malédiction de l’Afrique Noire (2010), et avancez, ne nous attendez pas (2008). Ils croyaient bien faire ou s’assurer des promotions, ils découvrent de plus en plus la honte, le danger, l’humiliation et les risques pour leurs familles. Il fallait se demander si c’est le rôle d’un enseignant de faire ainsi, avant d’apposer sa signature. Certains vous disent maintenant qu’on avait inscrit leur nom à leur insu, mais alors, pourquoi n’ont-ils pas dénoncé publiquement ?

Comment voyez-vous les lendemains au Cameroun ?

 Les lendemains de quoi au juste, après quoi ?

Après le grand débat national par exemple, ou encore après le message de fin d’année du Chef de l’Etat ?

Ecoutez, tout ce que nous faisons actuellement, ne fait que renvoyer les solutions à plus tard, en approfondissant les fractures et la crise. Je comprends les difficultés et les vents contraires dans lesquels le président de la république se trouve, mais il doit aller loin, le plus loin possible dans l’expression de son autorité, de ses responsabilités. Il faut faire preuve de courage. Nous ne pouvons pas tenir longtemps ainsi. En réalité même le Grand dialogue est à reprendre, et cette fois, pour le vrai. Et puis, les pouvoirs, privilèges et prérogatives du Chef de l’Etat sont énormes, exorbitants même. Je le dis dans une interpellation et dans une représentation plutôt positive, pour montrer la très grande latitude qu’il a pour agir.
Paul Biya est presque unique dans l’histoire de l’Afrique contemporaine pour la manière dont il est arrivé au pouvoir : sans effusion de sang ; sans intrigues ; sans bousculade ; adulé et félicité par son patron pour sa loyauté, sa discipline, son intégrité, sa grande probité morale, sa disponibilité et son ardeur au travail. C’est très beau, et du fond du cœur, je souhaite qu’il en reparte de la même manière, sans bruits, sans tracas ni fracas, avec élégance, intelligence et célébration. Ce serait merveilleux pour tout le monde. Enfin, les injures et les attaques qui lui sont destinées me gênent infiniment, vu son grand âge. Je veux demeurer dans la logique bantoue et africaine du respect dû à un patriarche. On ne fait pas des remontrances au Roi en public ni à haute voix, on murmure à son oreille. Je le dis avec franchise et sincérité. Que le président s’en aille tranquillement et dans la paix, et que ses héritiers et ses créatures se battent et se bousculent comme ils voudront pour le pouvoir, avec les moyens et par les voies qu’ils choisiront.

Que préconisez-vous concrètement ?

 Ecoutez, au moins quatre mesures radicales :

La première mesure, c’est de ramener la dépouille d’Amadou Ahidjo au Cameroun et lui organiser des obsèques de Chef d’Etat auquel il a logiquement droit. Nous ne faisons que tourner autour de la question, essayant de l’éluder, or c’est urgent, incontournable et inéluctable. Personne ne nous considérera tant que ce ne sera pas fait.
La deuxième mesure, est le corollaire et juste pendant de la première, c’est-à-dire organiser des obsèques dignes pour tous nos martyrs, nos grandes figures, des fils et filles qui se sont battus pour notre pays et qui ont payé de leur vie. Une liste devrait être dressée et des recommandations données pour que les rues, places, œuvres d’art et autres soient baptisés à leurs noms.
La troisième mesure, c’est d’acter le principe du fédéralisme, sans réserve et de façon intégrale. Vous savez très bien que si un référendum se tient sur la question, la majorité l’emportera de très loin. Donc, allons vers cette forme d’organisation de l’Etat, et laissons dans les tiroirs, les demi-mesures genre statut spécial. Il faut être clair et faire au plus vite.
La quatrième mesure, concerne la double nationalité. J’ai personnellement eu très honte après que la session extraordinaire de l’Assemblée nationale, n’ait pas inscrit cette question à l’ordre du jour. C’est très grave, alors qu’au sortir du fameux grand débat national, on déclarait que c’était une question prioritaire, urgente même. Franchement, nous nous comportons comme des feymen, comme si on voulait rouler la diaspora dans la farine. Qui a même si peur de la diaspora et pourquoi au juste. La loi sur la double nationalité doit être votée au plus vite, cela dire changer le code de la nationalité.

Et si votre souhait ne se réalise pas, que préconiseriez-vous ?

Franchement, rien. Laissons au temps, à l’Homme et à sa conscience le soin de décider, de gérer le destin comme il l’entend et comme ses forces et sa sagesse le lui recommandent. Je suis très opposé qu’on le bouscule, au regard de la manière déjà mentionnée dont il est arrivé au pouvoir. On dit que celui qui tue par l’épée meurt par l’épée n’est-ce pas ? Alors, faisons de la dialectique, et disons que celui qui arrive pacifiquement et reparte pacifiquement.

Tout cela est trop beau et vous avez sans doute raison, mais que faire concrètement, dans une situation où de nombreux observateurs nationaux et internationaux, y compris des amis très proches du pouvoir, expriment de fortes craintes et pensent que le pays est bloqué, tétanisé par un pouvoir qui ne peut pas se renouveler de son propre gré.

Je n’ai pas une lecture aussi pessimiste et je ne partage pas les alertes sombres. Certes, il y a des ennuis et une certaine inquiétude dans l’air, mais c’est le propre des contextes sociopolitiques de transition, contexte dans lequel le Cameroun se trouve objectivement depuis 2011. Il demeure que rien n’est joué et rien n’est automatique dans les scénarios possibles. Ecoutez, je continue de croire que le président va saisir une opportunité, pour marquer le grand coup comme Ahidjo. La seule différence c’est qu’une transition en forme de révolution de palais, genre chaises musicales, ne peut plus passer aussi facilement. Il y a une émancipation réelle des populations et une surveillance très intéressée des principaux acteurs politiques, des leaders d’opinion et surtout de la majorité silencieuse. A ce propos, je veux attirer votre attention sur cette majorité silencieuse dont je fais état. Elle est redoutable chez nous, et on sait, par une lecture des expériences des mutations sociales et politiques révolutionnaires à travers le monde, combien elle peut devenir centrale dans le jeu et les enjeux.

Combien de temps donnez-vous encore à ce régime, ou mieux, combien de temps les Camerounaises et les Camerounais devront-ils encore attendre pour voir un vrai changement ?

Voulez-vous que je me transforme en prophète ? Ecoutez, rien ne permet de se lancer dans ce genre de consécration mathématique en parlant du destin politique d’un pays. Et puis, pourquoi s’impatienter tant. Laissons vraiment le temps au temps. Le Cameroun changera et évoluera et rien ne sera plus comme avant. Nous aurons perdu beaucoup de temps comme l’affirment certains, mais c’est notre destin. Nous allons changer et avancer. Si ce n’est demain, ce sera après-demain, et si ce n’est après-demain, ce sera plus tard, et si ce n’est plus tard, ce sera forcément un jour. Nous changerons et avancerons.

Revenons sur votre parti le MPDR. Avec qui vous pilotez l’affaire ?

Mais avec qui comment ? Nous sommes un mouvement, une organisation qui repose sur une somme de convictions, d’animateurs, de militants, de sympathisants et d’amis, des proches et des lointains, ici et ailleurs. Le but c’est de récréer des liens distendus, de réinventer de la chaleur et de la solidarité, de la compassion et du vrai patriotisme. C’est quoi ce pays où on voit la haine, la jalousie et des injures partout ? Nous voulons et pouvons y mettre fin, tourner les pages sombres et avancer autrement, dans un nouvel élan plus solidaire et approprié par la grande majorité de nos compatriotes. Ce n’est pas pour rien que nous insistons que l’on commence par le rapatriement de la dépouille du premier président Amadou Ahidjo. Ce n’est pas de la politique politicienne et je n’ai pas besoin de ça pour conquérir le septentrion où je suis déjà suffisamment populaire, connu et apprécié. C’est une réparation nécessaire, une réparation urgente. C’est un très bon et très précieux conseil donné à notre président actuel. Vous savez, j’ai très peur d’une chose. Avec l’âge, tout peut arriver. Dès que mon père a eu 75 ans, il me disait régulièrement en me confiant son testament, qu’il peut se coucher un soir, et ne pas se réveiller le matin. IL me préparait pour tenir la famille après lui et ne voulait pas s’en aller sans me dire certaines choses. Alors, imaginez un peu que Paul Biya, avec son âge, soit rappelé à Dieu, sans avoir fait revenir la dépouille d’Ahidjo, son père et bienfaiteur ? Ce serait une véritable catastrophe pour lui, pour sa famille, pour nos tous, pour notre mémoire collective. Ahidjo n’était pas obligé de remettre le pouvoir à Paul Biya, il aurait pu le confier à un nordiste et les candidats valables de là-bas étaient nombreux. Mais il a choisi un sudiste, son meilleur collaborateur et assistant, celui dont il avait fait un fils. Nous avons l’honnêteté intellectuelle et morale, de saluer ce geste et de nous souvenir de lui comme d’un grand patriote, un républicain et un homme d’Etat d’exception.

Justement, vous parlez tantôt de parti et tantôt de mouvement. Quelle différence faut-il faire ? Que faut-il entendre ou considérer ?

Nous sommes effectivement un parti politique comme il en existe plus d’une centaine. Mais nous sommes dans la logique idéologique et politique qui est la nôtre, un mouvement, c’est-à-dire une structure fédératrice des énergies et des convictions autour d’un idéal qui se place au-dessus des visions purement, solitairement et strictement partisanes. Nous entendons rassembler le plus largement que possible autour de l’idéal du dialogue et de la réconciliation. Nous le faisons cependant en nous construisant dès la base, la plus petite base ancrée dans le peuple, les actes symboliques, la démarche de consécration.

Si nous comprenons bien, vous êtes un parti populiste ?

Plutôt un mouvement populiste, et qui dit mouvement dit forcement populisme dans l’entendement académique de la notion. En tout cas, notre démarche entrainera des alignements et des réalignements forcés. Je vous révèle que l’ors de la dernière élection présidentielle, et même déjà en 2011, j’avais été personnellement été sollicité par une bonne dizaine de formations politiques pour porter leurs couleurs comme candidat. J’avais poliment, mais très fermement décliné l’offre, avec des arguments imbattables. Certains avaient compris, mais d’autres avaient très mal pris. En tout cas chaque chose à son temps, et chacun doit savoir qu’il ne peut pas tout faire à tout moment dans son existence.

Merci de nous avoir réservé la primeur de ces importantes annonces ; Bonne chance au MPDR – PMDR

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16janv.
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