CAMEROUN :: Les chrétiens face aux 37 ans de Paul Biya au pouvoir :: CAMEROON
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CAMEROUN :: RéLIGION
  • la-croix.com : JEAN FRANÇOIS CHANNON DENWO
  • jeudi 14 novembre 2019 12:41:00
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CAMEROUN :: Les chrétiens face aux 37 ans de Paul Biya au pouvoir :: CAMEROON

L’anniversaire de l’accession du président Paul Biya à la magistrature suprême au Cameroun a été célébré comme chaque année le 6 novembre. Des chrétiens du Cameroun ont donné leur avis sur les 37 ans au pouvoir de cet homme politique et exprimé leurs attentes.

Paul Biya, 86 ans, a fêté ses 37 ans à la tête du Cameroun le 6 novembre.

Cet anniversaire a été matière à controverse parmi les chrétiens camerounais. Si certains, se réjouissent de sa longévité au pouvoir et ont prié pour lui, d’autres estiment qu’il s’éternise et soulignent la pauvreté dans laquelle est plongée la majeure partie de la population de ce pays d’Afrique centrale.

En octobre 2018, Paul Biya a été élu pour la septième fois président du Cameroun à l’issue d’un scrutin dont les résultats ont été remis en cause par l’opposition. Maurice Kamto, son principal adversaire ainsi que plusieurs dizaines d’autres opposants qui contestaient cette élection avaient été emprisonnés en février 2019.

En octobre 2019, sous la pression de la communauté internationale et de la société civile camerounaise, Biya a convoqué un grand dialogue national pour trouver des solutions concertées aux problèmes du pays, notamment à la crise anglophone qui secoue le pays depuis trois ans.

La crise dans cette partie du pays avait commencé, en 2016, par des protestations d’enseignants et d’avocats estimant être lésés et marginalisés par rapport aux francophones. Elle s’est ensuite enlisée avec le refus du gouvernement de s’ouvrir au dialogue et la multiplication de groupes rebelles, certains demandant l’indépendance et d’autres, le retour au fédéralisme. Elle a jusque-là fait 3 000 morts.

Prier pour le président

Grégoire Awana, la cinquantaine, est un catholique camerounais qui fréquente la paroisse Saint Kisito de Mvog Mbi, une agglomération populaire de Yaoundé. Membre de la confrérie Saint-Joseph de cette paroisse, il a participé à la célébration eucharistique dite le 6 novembre pour le président de la République du Cameroun, Paul Biya. « C’est notre confrérie paroissiale qui a inscrit cette messe afin que Dieu tout-puissant aide notre chef de l’État à travailler pour la paix au Cameroun », commente-t-il. Pour ce Camerounais, il n’est pas évident de diriger un pays qui compte « plus de deux cents tribus », d’où la nécessité de prier pour le président.

Achu Francisca, elle, a plutôt participé à la récitation du rosaire à la paroisse anglophone Saint Joseph de Mvog Ada de Yaoundé. À ses yeux l’urgence est de prier pour la paix dans les régions anglophones du pays. Malgré le grand dialogue national qui a suscité beaucoup d’espoir, notamment avec la libération de 333 rebelles et d’opposants politiques, les résolutions n’ont pas encore été approuvées par le président laissant, le pays dans l’incertitude.

« Il y a eu déjà trop de morts, a déploré Francisca. Nous avons demandé à Dieu d’éclairer le président de la République du Cameroun qui compte 37 ans de pouvoir pour qu’il puisse régler cette grave crise anglophone ».

Du côté de la paroisse de l’Union des Églises baptistes du Cameroun du quartier Briqueterie, toujours à Yaoundé, des membres de la communauté protestante se sont réunis quelques jours auparavant pour méditer sur les 37 ans de pouvoir de Paul Biya. « Sous la houlette du révérend pasteur modérateur de notre paroisse, nous avons commencé par avoir une causerie sur le thème’le disciple du Christ et la politique en période de crise’», explique Raymond Edimo, un fidèle de cette Église.

Ras-le-bol

Pour leur part, les chrétiens de l’opposition sont moins tendres. Flore Tagne chrétienne catholique de la paroisse catholique Christ Roi de Tsinga dans le diocèse de Yaoundé, et militante de l’opposition politique camerounaise ne prend pas de gants. « C’est très nuisible pour le pays de passer plus de 30 ans au pouvoir », tranche-t-elle. « C’est surtout égoïste. Le président Biya aurait dû lui aussi céder le pouvoir comme l’a fait le premier président feu Ahmadou Ahidjo qui avait passé 25 ans au pouvoir. Ce qui nous choque le plus est que sous ses 37 ans de pouvoir, le pays est très corrompu, la pauvreté est grandissante et les sectes ésotériques font la loi au Cameroun. Ce n’est plus acceptable ».

Même sentiment pour le père Placide du diocèse de Doumé-Abong-Mbang dans la région de l’Est-Cameroun qui dit sa déception « d’une telle longévité au pouvoir ».

L’épiscopat catholique

Interrogé par La Croix Africa, Mgr Paul Lonti, évêque de Yokadouma dans l’Extrême Est du Cameroun préfère « prier pour le Cameroun ». « Oui, je prie pour le Cameroun et je pense surtout à mon diocèse Yokadouma où les fidèles et les populations sont pauvres dans un univers au sous-sol riche. Il n’y a pas de routes goudronnées. L’habitat est précaire et la pauvreté est révoltante ». Sur les 37 ans au pouvoir de président Biya, il se fait circonspect. « Il ne m’appartient pas de faire un quelconque bilan de ces 37 ans de pouvoir. Mais je dois lancer un appel pour la lutte contre la pauvreté ici à Yokadouma qui a pourtant d’énormes richesses dans son sous-sol et son environnement ».

Fin octobre 2018, Mgr Jean Mbarga, archevêque de Yaoundé et Mgr Samuel Kleda archevêque de Douala avaient exprimé des avis personnels divergents sur le septième mandat de Paul Biya.

Si Mgr Kleda émettait des doutes sur la fiabilité des résultats publiés par la commission électorale, Mgr Jean Mbarga lui, appelait à « soutenir ce nouveau mandat du président Paul Biya pour que le Cameroun continue son exploit ».

14nov.
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