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CAMEROUN :: GANGSTÉRISME : Pourquoi la gendarmerie a arraché l’arme de Gilbert Baongla :: CAMEROON
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  • Kalara : Irène Mbezele
  • mercredi 20 février 2019 02:08:00
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CAMEROUN :: GANGSTÉRISME : Pourquoi la gendarmerie a arraché l’arme de Gilbert Baongla :: CAMEROON

Expulsé de la résidence qu’il a occupé six années durant au quartier Bastos à Yaoundé, l’homme qui se présente comme le «fils de Paul Biya» a fait usage il y’a quelques jours, d’un pistolet pour tenter de réintégrer l’habitation. Le propriétaire et les occupants du local ont déposé une plainte contre lui et les gros bras qui l’accompagnaient dans cette besogne.

La scène qui s’est déroulée dans la soirée de samedi 26 janvier 2019 au quartier Bastos à Yaoundé à un mètre des locaux de la représentation diplomatique de la République du Congo est digne d’un film d’action hollywoodien. Plusieurs jours après le déroulement des faits, les témoins que le reporter de Kalara a rencontré sur le site en parlent encore avec des frissons dans le dos. La peur au ventre. L’arme à feu a été braquée sur quatre personnes par Georges Gilbert Baongla, un homme bien connu du grand public qui se présente comme étant «le fils de Paul Biya», le président de la République. Il affiche à titre de profession, la qualité de «journaliste » et aussi celle «[d’inspecteur] contrôleur national des hydrocarbures».

Le théâtre des évènements est l’esplanade d’une villa située au lieu-dit «derrière l’usine Bastos». C’est une résidence appartenant à M. Mananga Pierre, expert-comptable jadis occupée par Mme Cathia Elono Fam, qui tient une échoppe en face de son ancien domicile et son époux Georges Gilbert Baongla. Ils en ont été expulsés le 29 novembre 2018, deux mois plus tôt. Ce jour-là donc, la vie s’écoule paisiblement dans la ruelle menant à la villa quand M. Baongla fait irruption devant la résidence. Il est tout juste 17h. L’ancien locataire des lieux est accompagné de quatre personnes, des gros bras aux dires des témoins de la scène parmi lesquels, un militaire identifié sous le nom de Essama.

L’objectif du groupe d’hommes conduit par «le fils de Paul Biya» est de déloger MM. Ngoah Rodrigue, Reyang Joseph Kock, Amadou Assas Philippe et Dankai Jacques, des vigiles employés dans une société de gardiennage installés dans la résidence du fait du propriétaire résidant à l’étranger après le refoulement de l’ancien locataire. En fait, ce dernier tente de réintégrer l’habitation.

Unité d’élite

Ayant constaté que le portail de l’entrée principale est resté désespérément barricadé malgré leurs injonctions, les gros bras et leur tête de file ont escaladé la clôture. Une fois à l’intérieur de la concession, ils ont contraint tous les occupants sous la menace du pistolet à déverrouiller les serrures du portail où plusieurs graffitis ont été inscrits. L’ancien locataire a griffonné sur les murs et sur le portail principal que la résidence n’est ni à louer, ni à vendre à l’attention de ceux qui la convoiteraient. Il va aussi y inscrire les initiales de son nom. «[L’inspecteur] contrôleur national des hydrocarbures» et ceux que ses victimes considèrent comme ses «sbires» vont prendre possession des lieux et contraindre les vigiles, à s’allonger à même le sol, avant de les bastonner à l’aide de leurs propres machettes. A en croire les témoins, le passage à tabac, ainsi que les sévices corporels qui leur ont été infligés ont duré plusieurs heures sous la constante menace du pistolet.

Son propriétaire brandissant la menace d’ouvrir le feu en cas d’éventuelle riposte. Alertés par des voisins apeurés par le spectacle, les responsables de la société de gardiennage vont faire appel à la police sans succès (lire par ailleurs) avant de saisir le Groupement polyvalent d’intervention de la gendarmerie nationale (Gpign), une unité d’élite qui effectue immédiatement une descente sur les lieux. Tous les protagonistes sont embarqués et conduit à la brigade de gendarmerie de Bastos pour y être auditionné. Le pistolet de Gilbert Baongla est récupéré contre décharge. C’est à l’intérieur de cette brigade de gendarmerie que «le fils de Paul Biya» est accusé d’avoir exercé des violences physiques et proféré des menaces à l’encontre de Me Ambomo Sylvain Rodriguez, avocat appelé à la rescousse de l’équipe des vigiles. Il est près de 23h quand les uns et les autres sont autorisés à rebrousser chemin avec la consigne de se montrer disponible pour la suite de l’enquête ouverte par les pandores. Les vigiles sont réinstallés à leur poste dans la résidence tandis que M. Baongla et sa troupe prennent une destination inconnue.

Brigade canine

Pour l’avocat et les vigiles, l’histoire ne s’arrête pas là. Aux premières heures du lundi 28 janvier, ils vont déposer une plainte devant l’unité de gendarmerie. Ils accusent Gilbert Baongla d’une mini litanie de faits : port dangereux d’une arme, reprise d’immeuble, refus d’exécuter une décision de justice devenue définitive, blessures légères, destructions, violation de domicile et menaces de mort avec port d’arme. Pour l’heure, si aucun autre assaut n’a été signalé, la sécurité a par contre été renforcée dans la villa. Une brigade canine spéciale est venue compléter l’effectif des gardiens. L'information claire et nette. Elle a pour mission de prêter main forte à ceux-ci au cas où. Comment en est ton arrivé là ? Tout part d’un différend né entre bailleur et locataire. En novembre 2012, Pierre Mananga s’engage à louer sa résidence à usage d’habitation à Gilbert Baongla pour un coût mensuel de 500 mille francs. D’après le locataire, la relation contractuelle se déroulait sans anicroche quand il a découvert que la propriété n’appartenait pas à celui qui prétendait en être propriétaire. Il a décidé d’interrompre le payement des loyers en attendant que son bailleur lui fournisse la preuve « matérielle et non équivoque » de ses droits sur la propriété. Selon le locataire, les renseignements mis à sa disposistion par ses informateurs lui permettaient de conclure que la maison qu’il a continué d’occuper est plutôt un bien relevant du patrimoine de l’Etat. Il estimait de ce fait, qu’il ne pouvait verser de l’argent entre les mains d’une personne qui pouvait s’avérer être un imposteur.

Feuilleton

Sevré du payement de ses loyers en avril 2014, M. Mananga a saisi le juge de référé du Tribunal de première instance (TPI) de Yaoundé centre administratif en vue d’expulsion de son locataire désormais en rupture avec les termes de leur accord initial. Après avoir écouté les uns et les autres, le juge a rendu le 14 avril 2015, une ordonnance en faveur de l’expulsion. Mais M. Baongla ne va pas se laisser faire. Il se tourne vers la Cour d’appel du Centre pour obtenir la non-exécution du jugement du TPI. Vainement. Le 21 juillet 2016, l’arrêt de la Cour d’appel va plutôt constater le « caractère dilatoire » de sa requête, la « vacuité » et la « minceur juridique » de son argumentaire. La décision d’expulsion du TPI devient irrévocable, définitive (Grosse).

Après cet échec, le « journaliste » va emballer l’affaire dans un feuilleton judiciaire à travers une multiplication des procédures avec en toile de fond, l’idée de paralyser l’exécution de la décision de justice. Il va saisir Laurent Esso, ministre de la Justice (Minjustice), Garde des Sceaux d’un «pourvoi d’ordre » le 2 novembre 2017 au lendemain de la réception d’un «commandement de libérer» adressé par l’huissier de justice instrumentaire. C’est une procédure qui entraine la suspension immédiate de l’exécution d’un arrêt jusqu’à l’intervention de celui de la Cour suprême. Dans le même temps, «le fils de Paul Biya» a saisi le Tribunal de grande instance (TGI) du Mfoundi pour dénoncer des fraudes entourant l’acquisition de la résidence querellée par M. Mananga. Le portail de la diaspora camerounaise de Belgique. La plainte qui se trouve en cours d’instruction, évoque aussi des faits de faux et usage de faux en écritures publiques et authentiques et d’escroquerie. La première tentative d’expulsion fait chou blanc. Le 29 novembre 2018, la décision est exécutée et M. Baongla est expulsé avec les siens. Depuis lors, il a sollicité sa réintégration provisoire dans la villa en attendant que la justice se prononce sur les différents volets de l’affaire. Il soutient également qu’en dépit des procédures pendantes, dissimulées aux autorités judiciaires, son expulsion a été mise en exécution en violation de la loi. En définitive, il conclut que son expulsion a été faite de manière prématurée, d’où sa volonté de réintégrer le domicile visiblement par tous les moyens. Ce pan du dossier revient sur la table du juge la semaine prochaine.

20févr.
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