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© Correspondance : Maurice NGUEPÉ
- 07 Jul 2017 16:12:10
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Cameroun - DESTITUTION DU JUGE PASCAL MAGNAGUEMABE: UN NON-ÉVÉNEMENT :: CAMEROON
Lorsque Pascal Magnaguemabe est nommé juge d’instruction auprès du tribunal de grande instance du Mfoundi (Yaoundé) pour s’occuper des affaires liées à l’Opération Epervier, il devient un pilier du régime, et les affaires qu’il instruit (Marafa Hamidou Yaya, Yves-Michel Fotso) font de lui un personnage à la fois respecté et redouté. Sa révocation ce 06 juillet 2017 a, pour cette raison, pris de court le public. Mais pour quiconque observe bien la scène politique camerounaise, cela ne devrait pas constituer une surprise ou un événement en soi.
En effet, il y a plutôt à craindre qu'on nomme bientôt un autre juge qui, comme lui, fera la même chose ou pire, ou moins, ou même ne fera rien du tout et sera de toute façon révoqué, afin de remplir un agenda précis. Un peu comme on nomme un responsable à un poste de finances, et celui-ci se transforme en détourneur de fonds publics, puis se fait arrêter pour d’autres raisons que celles liées au détournement, est «épervié» et remplacé par un autre qui devient, lui aussi, détourneur, et se fait lui aussi arrêter, cette fois pour détournement, est aussi «épervié» et remplacé, etc. Un observateur constant et averti de cette scène camerounaise peut bien remarquer qu'on fait la même chose depuis 35 ans: on arrête un «éperviable» pour distraire la population, et quand celle-ci devient indifférente, pour exciter les passions populaires, on arrête l'épervier lui-même.
Sinon, comment expliquer que dans ce pays, une maigre affaire d’ «extorsion de procurations à des héritières d’une succession» puisse faire tomber ce juge, baobab-pilier du régime, alors qu'à côté, des crimes haineux, affreux et inhumains n'inquiètent pas leurs bourreaux?
Bien sûr, les affaires les plus maigres devraient faire tomber les coupables, quel que soit leur rang social, afin de les dissuader de commettre de plus grands crimes. Mais comment expliquer que l'accident ferroviaire d'Eseka, qui a fait plus de 500 morts et blessés, n'ait pas fait tomber le ministre des transports? Que l'affaire Vanessa Tchatchou n'ait pas fait tomber la ministre des affaires sociales? Que l'affaire Monique Koumate n'ait pas fait tomber le ministre de la santé? Que l’affaire des listes de recrutement au ministère de l’eau et de l’énergie sur une base à 100% tribale n’ait pas fait tomber le ministre?
On peut donc dire que la destitution du juge Pascal Magnaguemabe répond à des calculs politiciens. D’ailleurs, le décret précise qu’il est «révoqué du Corps de la Magistrature, sans suspension des droits à pension». C’est dire que le but (caché) de cette destitution n’est pas de préjudicier le magistrat, mais plutôt d’apporter un peu de baume dans les cœurs de ses victimes et de construire un capital sympathique autour de la personne du chef de l’État dans la perspective des élections à venir.
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