Philippe Nanga alerte sur les libertés publiques au Cameroun
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Philippe Nanga alerte sur les libertés publiques au Cameroun :: CAMEROON

Philippe Nanga, figure de la société civile camerounaise, a livré une analyse sans concession des défis des libertés publiques et de la gouvernance au Cameroun, de l'affaire Jacques Bertrand Mang à la rumeur de nomination d'un vice-président.

Philippe Nanga, coordinateur de l'ONG Un Monde Avenir, était l'invité de l'émission Paroles d'Homme sur ECHOS 237. Il a alerté sur l'état des libertés publiques au Cameroun, revenant sur l'arrestation de l'activiste Jacques Bertrand Mang, la rumeur de nomination d'un vice-président, les débats sur l'autochtonie et les allégations de trafic d'or.

Derrière ces dossiers en apparence disparates, un même fil rouge : la fragilisation de l'État de droit et l'urgence d'une gouvernance plus transparente. Le coordonnateur de l'ONG basée à Douala livre une analyse qui interpelle autant qu'elle éclaire.

Philippe Nanga, une voix de la société civile camerounaise

Philippe Nanga est le coordinateur national de l'ONG Un Monde Avenir, organisation basée à Douala, la capitale économique du Cameroun. L'ONG, partenaire technique et financier de la Friedrich Ebert Foundation, œuvre pour l'éducation aux droits électoraux et l'accompagnement des citoyens aux processus électoraux.

Reconnu par le ministère de la Jeunesse et de l'Éducation civique comme « Ambassadeur du Programme national d'éducation civique » (PRONEC-REAMORCE), Philippe Nanga a également déployé près de 800 observateurs lors de l'élection présidentielle d'octobre 2025. Il est régulièrement sollicité par les médias nationaux et internationaux pour son expertise sur les questions électorales et de gouvernance.

Affaire Jacques Bertrand Mang : « un débat sur les libertés publiques »

Invité sur le plateau d'ECHOS 237, Philippe Nanga est revenu sur l'arrestation de Jacques Bertrand Mang, activiste et figure de la contestation sur les réseaux sociaux, incarcéré à la prison centrale de New Bell depuis le 1er juillet 2026.

L'activiste est poursuivi pour trois chefs d'accusation :
- Violences sur fonctionnaire à la suite d'une altercation avec un policier qui aurait détruit son téléphone alors que Mang filmait une réunion avec des jeunes
- Entrave au fonctionnement d'un service public
- Diffamation sur les réseaux sociaux

« Cette affaire relance le débat sur le respect des libertés publiques et les conditions de détention dans le pays », a estimé Philippe Nanga.

Le Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo a examiné le 10 juillet 2026 la demande de mise en liberté provisoire déposée par les avocats de Mang, parmi lesquels Me Alice Nkom, doyenne du barreau camerounais, et Me Michael Khumbah Asong, ancien candidat à l'élection présidentielle de 2025. Le juge a mis sa décision en délibéré et rendra son ordonnance le 17 juillet 2026.

Selon le REDHAC (Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale), l'activiste aurait été victime de tortures et de traitements inhumains. Sa défense dénonce une « arrestation politique » visant à faire taire une voix critique.

 Vice-président : « Plus de clarté dans le fonctionnement des institutions »

Philippe Nanga s'est également exprimé sur la polémique suscitée par la diffusion d'un document annonçant la nomination d'un vice-président de la République. Il a appelé à « davantage de clarté dans le fonctionnement des institutions ».

Rappel des faits : Le 4 avril 2026, le Parlement camerounais a adopté une révision constitutionnelle réintroduisant le poste de vice-président, dont la nomination reviendra au chef de l'État. Cette réforme a été critiquée par l'opposition, qui craint une « dérive monarchique » du pouvoir.

Début juin 2026, un faux décret circulant sur les réseaux sociaux prétendait que le président Paul Biya avait nommé son fils Franck Emmanuel Biya à ce poste. Ce document a été formellement démenti par les autorités camerounaises et identifié comme une infox par l'AFP Factuel.

Pour Philippe Nanga, cette affaire illustre les dysfonctionnements de la communication institutionnelle et la nécessité de transparence dans les processus de nomination et de succession.

 Autochtonie : « Ne pas alimenter les divisions entre citoyens »

Le coordonnateur d'Un Monde Avenir a également abordé les débats autour de la notion d'autochtonie, mettant en garde contre les discours susceptibles d'alimenter les divisions entre Camerounais.

Au Cameroun, la notion d'autochtonie est « toujours sujet à de longs débats », selon les experts. Elle renvoie à la question de savoir qui est « natif » d'une région ou d'une localité, avec des implications politiques, foncières et sociales majeures.

Les discours sur l'autochtonie, s'ils ne sont pas maîtrisés, risquent de fracturer le tissu social camerounais, a mis en garde Philippe Nanga.

Cette préoccupation rejoint les travaux menés par Un Monde Avenir sur la cohésion sociale et la participation citoyenne, notamment à travers des forums réunissant des jeunes activement engagés en politique et dans la défense des droits humains.

 Gouvernance économique : trafic d'or et lutte contre l'impunité

Enfin, Philippe Nanga a évoqué les questions de gouvernance économique, notamment les allégations de trafic d'or et les enjeux de la lutte contre l'impunité.

Le scandale : En février 2026, le président Paul Biya a ordonné l'établissement d'une commission d'enquête mixte sur le trafic illicite d'or. Selon le rapport ITIE 2023, la Direction générale des Douanes du Cameroun n'aurait déclaré que 22,3 kilogrammes d'or exportés, tandis que des sources évoquent des volumes astronomiques.

Les modalités du trafic présumé sont saisissantes : l'or quitterait le territoire camerounais via des jets privés et des valises diplomatiques non soumises aux contrôles habituels. L'affaire implique des personnalités proches du pouvoir, dont Oswald Baboke, qui fait également l'objet d'une enquête dans l'affaire du « faux décret ».

Philippe Nanga, qui avait déjà dénoncé une « cacophonie générale » dans la gestion du recensement national, voit dans ce dossier un symbole de l'impunité qui gangrène la gouvernance camerounaise. Il a rappelé que « les enquêtes s'ouvrent, mais les conclusions disparaissent ».


- « Le 17 juillet, la justice camerounaise dira si Jacques Bertrand Mang retrouve la liberté ou reste derrière les barreaux de New Bell. »
- « Un faux décret, des valises diplomatiques pleines d'or, des activistes en prison : trois affaires qui dessinent un même portrait du Cameroun. »
- « Quand on n'a pas la maîtrise des chiffres, on va droit dans le mur »  Philippe Nanga
- « Par le dialogue, par la voie du dialogue, on peut rapidement trouver un apaisement »  Philippe Nanga

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