Double nationalité refusée, mais on veut 2000 Mds de la diaspora
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> Le gouvernement camerounais construit un siège administratif de luxe à 24 milliards de FCFA, tandis qu'il tend la main vers une diaspora qu'il maltraite : visa à 100 000 francs, double nationalité interdite, et promesses non tenues. Le cinéaste Jean-Pierre Bekolo dénonce une gabegie insoutenable.

Le Cameroun affiche un paradoxe saisissant. D'un côté, l'État lance un appel d'offres de 24 milliards de FCFA pour construire le nouveau siège du ministère de la Santé publique (MINSANTE). De l'autre, le ministre des Finances sollicite 2 000 milliards de FCFA auprès de la diaspora camerounaise. Une diaspora à qui l'on refuse obstinément la double nationalité et à qui l'on impose le visa le plus cher au monde : 100 000 FCFA.

Le cinéaste Jean-Pierre Bekolo, figure critique du régime, dénonce ce qu'il appelle « les dépenses somptueuses du Renouveau ». Un cri d'alarme qui résonne comme un coup de tonnerre dans un pays où les besoins sanitaires criants contrastent avec les projets architecturaux pharaoniques.

24 MILLIARDS POUR LE MINSANTÉ : UN PROJET QUI INTERROGE

Un appel d'offres lancé en pleine crise

Le 13 juillet 2026, le ministère de la Santé publique a lancé un appel d'offres pour la construction de son futur siège. Le coût prévisionnel : 24 milliards de FCFA. La durée d'exécution : 36 mois, soit une livraison prévue en 2029.

Le projet vise à regrouper les services centraux du MINSANTÉ, actuellement dispersés. L'objectif affiché : offrir aux responsables et personnels du ministère « un cadre de travail plus fonctionnel, sécurisé et adapté aux exigences actuelles de l'administration publique ».

Un luxe administratif en temps de disette

Mais à 24 milliards de FCFA, le prix interroge. Pour mettre en perspective : le budget du ministère de la Santé pour 2026 est de 391 milliards de FCFA. Ce seul bâtiment représente donc plus de 6 % de l'enveloppe budgétaire annuelle du MINSANTÉ.

Dans un pays où les hôpitaux manquent de médicaments, où les personnels soignants sont sous-payés et où les urgences sanitaires se multiplient, la dépense apparaît démesurée. Le cinéaste Jean-Pierre Bekolo, dans une déclaration fracassante, a dénoncé ces « dépenses somptueuses du Renouveau », estimant que ce projet est emblématique d'une gabegie d'État.

2 000 MILLIARDS DEMANDÉS À LA DIASPORA : L'APPEL DU PIED

Un projet ambitieux, mais controversé

Début juillet 2026, le gouvernement camerounais a officialisé son intention de mobiliser 2 000 milliards de FCFA auprès de sa diaspora. Piloté par la Caisse des dépôts et consignations (CDEC) à travers le projet « Diaspora pour le développement » (Diasdev), ce programme vise à orienter une partie des transferts des Camerounais de l'étranger vers le financement des infrastructures.

Le projet cible près de 6 millions de Camerounais établis hors du pays. Il espère convaincre 500 000 d'entre eux, dont 114 000 résidant aux États-Unis. En 2024, la diaspora a déjà transféré 652 milliards de FCFA vers le Cameroun. Sur dix ans, ce montant cumulé atteint près de 7 000 milliards.

Un paradoxe insoutenable

Mais voilà : cette même diaspora, que l'on sollicite aujourd'hui avec insistance, est traitée comme une citoyenne de seconde zone. La double nationalité reste interdite au Cameroun, conformément à la loi du 11 juin 1968. Un comble pour un pays qui veut l'argent de ses expatriés mais refuse de leur accorder les droits élémentaires attachés à la citoyenneté.

« Les exigences croissantes en matière de souveraineté économique nécessitent des volumes d'investissement sans précédent, alors même que les marges budgétaires de l'État se réduisent » , a expliqué Richard Evina Obam, directeur général de la CDEC. Mais comment justifier cette demande alors que l'État affiche une dette publique de 15 416 milliards de FCFA, soit près de 42 % du PIB ?

LE VISA À 100 000 FCFA : UNE TAXE SUR L'IDENTITÉ

Le visa le plus cher du monde

Pour aggraver le paradoxe, le Cameroun impose à ses propres ressortissants de la diaspora un visa à 100 000 FCFA (environ 150 euros). Un tarif exorbitant, parmi les plus élevés au monde, pour rentrer dans son propre pays.

À titre de comparaison, un visa pour la France coûte environ 80 euros, pour les États-Unis 160 dollars. Le Cameroun, lui, fait payer 100 000 francs à ses propres enfants pour franchir la porte de leur patrie. Une aberration que dénoncent avec virulence les associations de la diaspora.

Un frein à l'investissement

Ce visa onéreux n'est pas qu'un symbole. Il décourage les investissements, les visites familiales, les transferts de compétences. La diaspora camerounaise, qui injecte chaque année des centaines de milliards dans l'économie nationale, se voit imposer une taxe d'entrée indigne.

Comme le souligne un rapport récent, 80 % des 7 000 milliards transférés par la diaspora en dix ans ont été absorbés par des dépenses non productives : consommation courante, santé d'urgence, obsèques. L'argent s'évapore dans la consommation de produits importés, sans générer d'effet multiplicateur. Mais comment attendre de la diaspora qu'elle investisse durablement dans un pays qui la méprise ?

JEAN-PIERRE BEKOLO : LE CINÉASTE QUI DÉRANGE

Une voix critique contre le « Renouveau »

Jean-Pierre Bekolo, cinéaste camerounais de renom, a fait de la dénonciation des dérives du régime un cheval de bataille. Il a récemment publié une déclaration fracassante exigeant le départ de Paul Biya.

Dans ses critiques, il dénonce l'unanimisme politique et social qui, selon lui, condamne le Cameroun au retard. Il fustige également les « dépenses somptueuses du Renouveau », ce programme de grands travaux lancé sous l'ère Biya. Pour lui, le projet du nouveau siège du ministère de la Santé à 24 milliards est l'illustration parfaite d'une gabegie qui profite à une petite élite au détriment du peuple.

Un appel à la transparence

Bekolo réclame des preuves au gouvernement sur l'utilisation des fonds publics. Sa voix, relayée sur les réseaux sociaux, touche une génération de Camerounais excédés par les incohérences du régime.

UNE QUESTION DE PRIORITÉS

La santé avant le bâtiment ?

Le paradoxe est criant. Le Cameroun consacre 24 milliards à un siège administratif, alors que :

- Le budget santé 2026 est de 391 milliards ;
- La dette publique atteint 15 416 milliards ;
- La diaspora, qui pourrait financer des infrastructures productives, est discriminée ;
- Les Camerounais de l'étranger paient le visa le plus cher du monde.

Le ministre de la Santé, Manaouda Malachie, justifie ce projet par la nécessité de moderniser la gouvernance sanitaire. Mais à quel prix ? Alors que les hôpitaux manquent de moyens, que les personnels soignants sont épuisés et que les patients peinent à se faire soigner, ce projet apparaît comme un cadeau empoisonné fait à une administration déjà bien installée.

La diaspora : vache à lait ou partenaire ?

La diaspora camerounaise est un moteur économique essentiel. Avec 7 000 milliards injectés en dix ans, elle représente un levier de développement considérable. Mais pour en faire un véritable partenaire, l'État doit cesser de la traiter comme une simple vache à lait.

Reconnaître la double nationalité, réduire le coût du visa, offrir des garanties d'investissement : voilà les préalables à une relation gagnant-gagnant. Tant que ces conditions ne seront pas remplies, la diaspora continuera à financer des obsèques et des soins d'urgence, plutôt que des usines et des routes.

Le paradoxe camerounais est à son comble. D'un côté, l'État construit un siège de luxe à 24 milliards pour son administration sanitaire. De l'autre, il tend la main vers une diaspora discriminée, à qui il refuse la double nationalité et impose le visa le plus cher du monde. Le cinéaste Jean-Pierre Bekolo a raison de dénoncer ces « dépenses somptueuses du Renouveau ».

Au-delà des chiffres, c'est une question de cohérence et de justice qui se pose. Comment demander à ses enfants de contribuer au développement du pays quand on les traite comme des étrangers dans leur propre patrie ? Comment justifier des dépenses pharaoniques quand les besoins essentiels restent non satisfaits ?

Le Cameroun doit choisir : continuer sur la voie du paradoxe et de la gabegie, ou entamer une réconciliation avec sa diaspora et une réorientation des priorités budgétaires vers les vrais besoins du peuple. Le choix est politique. L'urgence, elle, est sanitaire et sociale.

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