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© Camer.be : Paul Moutila
- 11 Jul 2026 02:14:58
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Me Sikati : « Le Cameroun a besoin d'un chef d'État présent » :: CAMEROON
Absent du Cameroun depuis le 7 juin 2026, le président Paul Biya est introuvable après 32 jours de silence, tandis qu'un faux décret présidentiel a circulé à la CRTV et que des milliards de FCFA s'évaporent dans le trafic d'or, selon l'analyse sans concession de Me Désiré Sikati.
Un président qui disparaît. Un faux décret qui circule. Quinze tonnes d'or qui s'envolent. Et le silence assourdissant des institutions.
Le 7 juin 2026, Paul Biya quitte Yaoundé pour un « court séjour privé en Europe ». Trente-deux jours plus tard, le chef de l'État camerounais reste introuvable. Aucune image. Aucune déclaration. Aucune date de retour.
Pendant ce temps, à Yaoundé, un individu dépose à la CRTV un faux décret présidentiel portant nomination d'un vice-président. Signature et cachets semblent authentiques. L'affaire est étouffée.
Et pendant ce temps, des tonnes d'or camerounais partent à Dubaï sans être déclarées. La Sonara brûle depuis bientôt sept ans. Le Conseil des ministres ne s'est plus réuni depuis le 16 janvier 2019.
Me Désiré Sikati, avocat et analyste politique, a décidé de briser le silence. Sa chronique secoue Yaoundé.
Un président en « vacances » : 32 jours et toujours aucune nouvelle
Le 7 juin 2026, Paul Biya quitte Yaoundé en compagnie de son épouse, Chantal Biya, pour un « court séjour privé en Europe », selon le communiqué officiel de la présidence. Trente-deux jours plus tard, le chef de l'État camerounais est toujours introuvable.
« Paul Biya a déjà fait plus d'un mois hors du Cameroun ». Selon plusieurs sources, il séjournerait à l'InterContinental Genève, mais aucune information officielle n'a été communiquée sur son état de santé ou la date de son retour.
Le 18 juin, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, avait assuré que le président « regagnera le Cameroun dans les plus brefs délais ». Près de trois semaines plus tard, aucune date de retour n'a été annoncée.
Pendant ce temps, des rumeurs circulent. Jeune Afrique a rapporté que Biya aurait été hospitalisé dans une clinique privée à Genève, ce que le gouvernement a fermement démenti, qualifiant ces allégations de « malveillantes et infondées ». Mais le démenti n'a pas apaisé les inquiétudes.
Le faux décret : un coup d'État institutionnel ?
Début juin 2026, un individu s'est rendu dans les locaux de la CRTV, la télévision nationale à Yaoundé, et y a déposé un pli fermé contenant un prétendu décret présidentiel portant nomination d'un vice-président de la République. Le document revêtait, selon toute apparence, les sceaux officiels de la présidence ainsi qu'une signature attribuée à Paul Biya.
« Plusieurs analystes qualifient cette affaire de "tentative de coup d'État institutionnel" », rapporte RFI. L'individu a été arrêté et une enquête a été ouverte. Selon une source proche du dossier, il s'agirait d'« un homme perturbé » qui aurait pu être utilisé.
Mais pour Me Désiré Sikati, cette affaire révèle une question plus profonde : qui, au sein même de l'entourage présidentiel, a pu avoir accès à de tels documents ? La signature et les cachets semblaient authentiques.
Le président de l'Assemblée nationale, Datouo Theodore, a condamné la tentative de diffusion du faux décret, mais a ignoré ce qui a déclenché l'action : l'absence prolongée du président.
Une « transmission inavouée du pouvoir » ?
Me Désiré Sikati s'interroge : cette délégation permanente de signature, en l'absence du président, ne constitue-t-elle pas une « transmission inavouée du pouvoir » ? Qui gouverne réellement le Cameroun ?
L'absence de Biya a créé un vide que les factions cherchent à combler. Selon des sources citées par Jeune Afrique, la question de la vice-présidence a intensifié les luttes d'influence entre Franck Biya, le fils du président, et Chantal Biya, la première dame. Des conseillers en sécurité américains auraient même averti Biya que son absence pourrait être exploitée par des factions cherchant à provoquer un remaniement gouvernemental.
Un Conseil des ministres qui ne s'est plus tenu depuis 2019
Le dernier Conseil des ministres s'est tenu le 16 janvier 2019. Sept ans se sont écoulés. Pendant ce temps, les pays voisins comme la Côte d'Ivoire et le Sénégal ont tenu des conseils réguliers.
Me Sikati est clair : cette absence de coordination gouvernementale est « inquiétante ». Elle révèle un dysfonctionnement institutionnel profond qui entrave la gouvernance du pays.
L'or camerounais : 15 tonnes contre 22 kg
Le scandale du trafic d'or illustre l'ampleur du désastre. Selon le rapport ITIE 2023, la Direction générale des Douanes du Cameroun n'aurait déclaré que 22,3 kilogrammes d'or exportés. Pendant ce temps, les statistiques internationales font état de 15,2 tonnes d'or exportées vers les Émirats arabes unis.
Soit un écart de près de 680 fois. Une perte fiscale potentielle estimée à 165 milliards de FCFA.
« Quarante-quatre tonnes d'un côté. Cent quarante-huit kilos de l'autre. Près de deux mille milliards de FCFA l'équivalent du budget annuel de la Santé publique, cinq années de suite », alerte Me Alice Nkom.
La Sonara : sept ans de cendres
Incendiée le 31 mai 2019, la raffinerie nationale de pétrole Sonara est toujours en reconstruction. Sept ans plus tard, le Cameroun importe 100 % des produits pétroliers consommés sur son territoire.
Le coût de la réhabilitation a été porté à 300 milliards de FCFA. Pendant ce temps, la surtaxation du carburant pèse sur le contribuable camerounais.
Une diplomatie en perte de vitesse
À l'international, le Cameroun perd du terrain. Les ambassades camerounaises à travers le monde sont en crise financière. Le pays peine à consolider sa stature diplomatique.
Une opposition réduite au silence
Face à cette situation, l'opposition camerounaise est « curieusement silencieuse », déplore un observateur. Aucun leader d'opposition ne pipe mot. « Paul Biya ne vous a pas volé le pouvoir pour se pavaner ici en Europe selon son bon vouloir », écrit Jorel Jacques Zang.
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