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© Camer.be : Paul Moutila
- 16 Jun 2026 14:19:04
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CAMEROUN :: « Bello Bouba roulait pour Biya » : l'accusation qui secoue le Nord :: CAMEROON
Aboubakar Ousmane Mey, sorti de garde à vue, accuse Bello Bouba Maïgari d'avoir neutralisé la coalition de l'opposition du Grand Nord pour garantir la survie du régime Biya lors de la présidentielle d'octobre 2025.
Il y a des coups de couteau que l'on ne voit pas venir. Pas ceux du camp adverse ceux-là, on s'y attend. Les plus douloureux viennent d'un allié supposé, d'un homme qui se présente en opposant tout en tenant la porte ouverte à ceux que l'on combat. Aboubakar Ousmane Mey vient de sortir de garde à vue. Quarante-huit heures de silence imposé, suivies d'une parole qui fait l'effet d'une bombe dans la politique camerounaise. Au cœur de ses révélations : un nom, une trahison, et une question qui hante désormais tout le Nord du pays. Ce nom, c'est celui de Bello Bouba Maïgari.
Une arrestation qui ne doit rien au hasard
Garoua, 6 octobre 2025. Aboubakar Ousmane Mey, fils d'un ancien dignitaire du Grand Nord et figure montante de l'opposition camerounaise, est appréhendé par les forces de l'ordre. L'accusation officielle : "déstabilisation". La réalité, selon lui, est tout autre. Dans un entretien accordé à nos confrères de Jeune Afrique, il affirme que son arrestation n'est pas l'œuvre du régime seul elle aurait été précédée d'une dénonciation directe de Bello Bouba Maïgari, président de l'UNDP.
Le scénario décrit par Mey est précis, presque chirurgical. Il tentait de rassembler Bello Bouba et Issa Tchiroma Bakary, les deux grands candidats du septentrion à la présidentielle d'octobre 2025, au sein d'une coalition susceptible de peser face à Paul Biya. Lorsque le leader de l'UNDP a eu vent du projet, il aurait d'abord dépêché un émissaire pour exiger l'arrêt immédiat de l'initiative. Trente minutes plus tard, la police et le sous-préfet se présentaient à la porte.
"Ce n'était pas une coïncidence. Le timing parlait de lui-même. On n'avait pas encore raccroché le téléphone que les forces de l'ordre étaient déjà là."
Bello Bouba : un opposant ou un homme du système ?
Pour Mey, le doute n'est plus permis. Bello Bouba Maïgari n'était pas réellement en campagne pour conquérir le pouvoir il était là pour s'assurer que personne d'autre n'y accède. Son maintien dans la course présidentielle aurait joué un rôle de fusible : diviser les électeurs du Nord, empêcher toute union des forces, garantir la fragmentation de l'opposition dans une région qui, selon Mey, constituait la principale menace pour le régime sortant.
La preuve la plus visible de cette ambiguïté réside dans le comportement des cadres de l'UNDP. Des ministres en exercice dont Nana Aboubakar et Badjika Ahidjo ont refusé de quitter leurs portefeuilles gouvernementaux pour rejoindre la campagne, en dépit des demandes répétées de la base militante. Invoquant des menaces de mort, ces responsables ont préféré conserver leurs fonctions au sein d'un gouvernement dont leur parti prétendait pourtant combattre le chef. Une posture qui a provoqué la colère des jeunes militants de l'UNDP, las de naviguer entre deux eaux.
Le Grand Nord, aux portes d'Étoudi
Mey va plus loin dans ses révélations. Selon lui, les résultats réels des urnes lors de la présidentielle d'octobre 2025 montraient qu'Issa Tchiroma Bakary était en mesure de créer une rupture historique. Le Grand Nord aurait massivement voté en sa faveur, au point de menacer sérieusement la domination du régime Biya. Face à ce constat, affirme-t-il, le système aurait sorti "les fusils" pour imposer une victoire au bénéfice du président sortant.
Ces allégations non confirmées par des sources officielles ou indépendantes s'inscrivent dans un contexte de contestation post-électorale que plusieurs observateurs et organisations de défense des droits humains ont déjà documenté partiellement.
"Le Grand Nord était aux portes d'Étoudi. Le régime le savait. C'est pour ça qu'il a fait sortir les fusils."
Un pouvoir sans Biya ?
L'une des affirmations les plus détonantes de Mey porte sur l'état réel de la gouvernance camerounaise. Il soutient que Paul Biya n'est plus, dans les faits, aux commandes des opérations qu'une "troisième partie", non nommée, tirerait les ficelles en profitant de l'effacement physique du chef de l'État pour orchestrer des réformes de façade, comme la création d'un poste de vice-président.
Dans ce climat, la répression post-électorale a été sévère. Issa Tchiroma Bakary aurait choisi l'exil en Gambie pour échapper à l'armée mobilisée dans le sillage de la contestation des résultats.
La riposte organisée
Malgré tout la trahison, la garde à vue, l'exil d'un candidat majeur , Aboubakar Ousmane Mey refuse le repli stratégique. Il annonce la création d'un nouvel appareil politique dont la mission sera de rassembler le Grand Nord autour d'une plateforme unifiée, capable de contourner l'obstacle militaire lors des prochains scrutins locaux. Entre Garoua et Kousseri, il envisage de se présenter comme candidat député.
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