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© Camer.be : Avec JA
- 31 Jul 2026 15:11:25
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Affaire Effoudou : les accusations qui ébranlent le Cameroun
Déserteur et visé par un mandat d'arrêt, l'ancien chef du renseignement de Paul Biya accuse Ferdinand Ngoh Ngoh de putsch et de commanditaire du meurtre de Martinez Zogo. Plongée au cœur du scandale qui secoue
Un officier de renseignement en exil, un mandat d'arrêt pour escroquerie, et des accusations de tentative de coup d'État visant le numéro deux du régime : l'affaire Effoudou révèle les fissures au sommet de l'État camerounais.
Pendant trois ans, il s'est tu. Pendant trois ans, le mandat d'arrêt émis contre lui est resté lettre morte. Puis, le 25 juillet 2026, le capitaine Romuald Effoudou a brisé l'omerta. Depuis un exil européen dont il refuse de révéler la localisation, cet ancien officier de 36 ans, propulsé à 29 ans à la tête du renseignement présidentiel, a livré un réquisitoire de 27 minutes contre l'homme qui incarne, après Paul Biya, le sommet de l'appareil d'État camerounais. « Le pays est entre les mains de personnes qui passent le temps à opprimer les Camerounais, à briser des carrières, des vies », a-t-il lancé.
Un parcours fulgurant, une chute brutale
Diplômé de l'École militaire interarmes en 2017, Kenneth Romuald Effoudou Awussi n'a mis que deux ans pour être nommé, à 29 ans, à la tête du bureau de renseignement de l'état-major particulier du président de la République. Un record de précocité qu'il doit en partie au patron de la gendarmerie, Galax Yves Landry Etoga, auprès duquel il a servi avant son entrée à la présidence. Ce fils de colonel était alors un inconnu du grand public, mais un nom qui comptait dans les milieux sécuritaires.
Mais ce parcours exceptionnel s'est brisé sur une affaire d'escroquerie. Le 21 août 2023, Patrice Tchoumamo, alias Pat Diamant, célèbre jet-setteur de la nuit yaoundéenne, est arrêté pour des soupçons de blanchiment de fonds et de financement du terrorisme. Selon la plainte déposée par le contre-amiral Joseph Fouda, conseiller spécial du président Paul Biya, Effoudou aurait réclamé 50 millions de francs CFA au jet-setteur, pour le compte du vice-amiral, afin d'obtenir sa libération. Effoudou conteste farouchement : « J'étais en service à l'état-major et mon supérieur hiérarchique était le général Amougou. Comment pouvais-je demander de l'argent pour le compte de quelqu'un qui n'était même pas de mon service ? »
Joseph Fouda assure que son nom a été utilisé par un réseau d'escrocs et qu'il a immédiatement saisi la hiérarchie. Effoudou a été reversé dans son administration d'origine, la gendarmerie, puis révoqué en mars 2024 pour « désertion en temps de paix ». Un mandat d'arrêt a été émis contre lui le 10 mars 2024.
La note secrète à Paul Biya
Pourquoi Effoudou fait-il de Ferdinand Ngoh Ngoh sa cible principale ? Selon les informations de Jeune Afrique, tout remonte à une note confidentielle que l'officier a adressée directement à Paul Biya. Son contenu : un certain Mohamadou Sani, ex-légionnaire français reconverti en conseiller en sécurité et proche du ministre de l'Administration territoriale Paul Atanga Nji et de Ngoh Ngoh, préparait un coup d'État. Effoudou affirme que ces armes inconnues des forces de défense camerounaises avaient été importées avec l'approbation d'Atanga Nji. Dans cette note, il désigne Ferdinand Ngoh Ngoh comme le cerveau présumé de cette tentative de putsch.
La réaction ne tarde pas mais pas dans le sens qu'Effoudou espérait. Selon sa version, Ngoh Ngoh aurait manœuvré pour faire libérer Mohamadou Sani, et sa vie serait depuis lors « mise en péril ». « J'ai exposé un plan contre la République et le président », affirme-t-il.
« La gendarmerie est un centre de torture »
Dans son podcast, Effoudou ne s'arrête pas à Ngoh Ngoh. Il dépeint la gendarmerie nationale comme « un centre de torture » et dénonce l'existence d'un « circuit parallèle » au sein de la présidence, logé au secrétariat général, dont la mission serait d'intercepter et de réécrire les notes de renseignement avant qu'elles n'arrivent sur le bureau du président. « Le Chef de l'État est devenu prisonnier des monstres qu'il a lui-même enfantés », lâche-t-il.
Il va plus loin : il accuse Ngoh Ngoh d'être le commanditaire de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo, tué en janvier 2023. « Il existerait une volonté de ne pas permettre que la lumière soit faite » sur cette affaire, affirme-t-il. Des accusations que Ngoh Ngoh n'a pas commentées publiquement.
Un dossier qui relie les scandales du régime
L'affaire Effoudou ne formule pas des accusations isolées. Elle relie entre eux des dossiers qui semblaient distincts : l'assassinat de Martinez Zogo, le réseau du jet-setteur Pat Diamant, et un trafic d'armes présumé. Comme le souligne Jeune Afrique, « une seule affaire sert de révélateur non pas parce qu'elle crée quelque chose de nouveau, mais parce qu'elle illumine des connexions qui existaient sans avoir été rendues visibles ».
Le capitaine Effoudou affirme également que Ngoh Ngoh a torpillé les initiatives de paix dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Des discussions confidentielles, menées sous la médiation de l'Église catholique et via des canaux diplomatiques suisses et canadiens, auraient été sabotées par le secrétaire général.
Réactions et controverses
Les déclarations d'Effoudou ont provoqué un séisme politique. La Chambre nationale des experts criminels du Cameroun (CNECC) a annoncé l'ouverture d'investigations et menace de poursuites contre l'ancien officier, soulignant qu'il n'a « produit publiquement le moindre élément de preuve ». L'institution invite les médias et les citoyens à privilégier « les faits établis plutôt que les allégations non vérifiées ».
Le colonel Didier Badjeck, ancien responsable de la communication de l'armée camerounaise, estime qu'« il est évident qu'il fait l'objet de manipulation de la part de certaines personnes ». La CNECC évoque, elle, « une tentative malheureuse visant à obtenir l'asile politique ou à préparer une procédure d'immigration ».
En revanche, plusieurs voix de l'opposition y voient un symbole d'une « dérive que connaît le pays avec son leadership actuel ». Sur les réseaux sociaux, les réactions sont polarisées : certains réclament des enquêtes indépendantes, d'autres dénoncent une manœuvre de déstabilisation.
Que risque vraiment Ferdinand Ngoh Ngoh ?
Ferdinand Ngoh Ngoh, ministre d'État et secrétaire général de la présidence depuis le 9 décembre 2011, est l'un des hommes les plus puissants du Cameroun. Aucune des accusations d'Effoudou n'a été confirmée par une enquête judiciaire. Ngoh Ngoh n'a pas répondu publiquement, et ses partisans rejettent ces allégations comme une manœuvre de déstabilisation.
Mais la persistance de l'affaire, la gravité des accusations tentative de coup d'État, commanditaire d'assassinat, obstruction à la paix et la notoriété de l'accusateur placent le régime dans une situation délicate. Si Effoudou produit des preuves, la crise institutionnelle pourrait s'aggraver. S'il n'en produit pas, il risque de voir sa crédibilité s'effondrer et sa demande d'asile politique compromise.
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