-
© Camer.be : Paul Moutila
- 30 Jul 2026 14:58:32
- |
- 408
- |
Rd Congo - Mobutu, Kabila, Tshisekedi : le même schéma tribal
De Mobutu à Tshisekedi, le même schéma tribal freine le développement de la RDC. Retour sur 60 ans de soutiens ethniques qui ont sacrifié l'intérêt national.
Mobutu soutenu par l'Équateur, Kabila père et fils par les swahiliphones, Tshisekedi par les Luba : à chaque président sa tribu, à chaque tribu son président. Une constante de la vie politique congolaise qui explique, en grande partie, pourquoi le pays reste sous-développé malgré ses richesses.
La République démocratique du Congo possède des ressources naturelles parmi les plus vastes du monde. Pourtant, 60 ans après l'indépendance, le pays reste l'un des plus pauvres de la planète. Comment expliquer ce paradoxe ? La réponse est aussi simple que douloureuse : le tribalisme.
De Mobutu Sese Seko à Félix Tshisekedi, en passant par Laurent-Désiré Kabila et son fils Joseph, chaque président a bénéficié du soutien inconditionnel de « sa » communauté ethnique. Un soutien aveugle, souvent accordé au détriment de l'intérêt national. Un schéma qui se répète depuis 1965. Et qui coûte cher au Congo.
Mobutu et l'Équateur : le premier réflexe tribal
En 1965, Joseph-Désiré Mobutu s'empare du pouvoir par un coup d'État. Originaire de l'Équateur, il s'appuie naturellement sur sa région d'origine pour asseoir son régime. Pendant 32 ans, les Équatoriens occupent les postes clés de l'administration, de l'armée et des entreprises publiques. Le « père de la nation » parle d'unité nationale, mais pratique un favoritisme régional assumé.
Les frères et sœurs de l'Équateur soutiennent Mobutu malgré sa dictature, sa kleptocratie et ses exactions. Pourquoi ? Parce qu'il est « leur » président. Parce qu'il leur ouvre les portes du pouvoir et de la richesse. Peu importe que le pays s'enfonce dans la misère et la corruption.
Laurent-Désiré Kabila : l'ère des swahiliphones
En mai 1997, Laurent-Désiré Kabila renverse Mobutu à la tête d'une rébellion soutenue par le Rwanda et l'Ouganda. Originaire du Katanga et parlant swahili, il bénéficie du soutien massif des populations swahiliphones de l'Est.
Ces derniers voient en lui le libérateur qui mettra fin à la domination des « gens de l'Ouest ». Mais Kabila père, comme Mobutu avant lui, installe un régime autoritaire et corrompu. Il est assassiné en janvier 2001 par un de ses gardes du corps. Les swahiliphones perdent leur protecteur.
Joseph Kabila : la relève swahiliphone
Fils du précédent, Joseph Kabila lui succède à 29 ans. Il hérite du même soutien ethnique. Les swahiliphones le portent aux nues et lui accordent une confiance aveugle. En 2011, il est réélu avec 48,9 % des voix, porté par les provinces de l'Est.
Au point de vouloir lui offrir un troisième mandat, malgré l'interdiction constitutionnelle. En 2018, sous la pression, il renonce. Mais pendant 18 ans, il a bénéficié d'un soutien tribal inconditionnel, au mépris des intérêts de la nation.
Félix Tshisekedi et les Luba : le schéma se répète
Aujourd'hui, c'est Félix Tshisekedi qui occupe le fauteuil présidentiel. Fils du célèbre opposant Étienne Tshisekedi, il est Luba du Kasaï. Et comme ses prédécesseurs, il bénéficie du soutien sans faille de sa communauté.
Les Luba le soutiennent comme un dieu et sont prêts à tout pour lui, écrit un observateur. L'opposition l'accuse de tribalisme, soulignant que son cabinet est composé en grande majorité de Kasaïens. Martin Fayulu, son principal adversaire, dénonce la nomination de « frères de sang » aux postes étatiques.
Un constat amer : la tribu avant la nation
Ce schéma, qui se répète depuis 1965, est un frein majeur au développement. « Le tribalisme est un frein au développement. Il est gangréné par les germes de toutes les formes de destruction du fait que son essence même est la division, la violence, l'intolérance, les injustices sociales, la haine », écrit un analyste.
En RDC, le tribalisme est institutionnalisé. Il s'est enraciné dans les sphères religieuses, académiques et administratives. « Il constitue un obstacle majeur au développement harmonieux du pays », souligne une analyse.
Le coût du tribalisme
Le coût est immense. Quand on soutient « son frère » au pouvoir, on accepte son incompétence, sa corruption, ses mensonges. On ferme les yeux sur les détournements de fonds publics. On tolère que les routes ne soient pas construites, que les hôpitaux soient vides, que les écoles manquent de professeurs.
Tant que les Congolais voteront pour « leur frère » plutôt que pour le meilleur candidat, le pays restera bloqué. Tant que l'appartenance ethnique primera sur la compétence, la RDC ne décollera pas.
« Vous savez pourquoi ce pays ne se développe pas ? Parce qu'on fait passer la tribu avant la nation. On préfère soutenir "notre frère", peu importe son incompétence, juste pour flatter notre égo tribal. C'est ça qui a freiné le Congo depuis 1965. »
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi dans la rubrique POINT DE VUE
Les + récents
Éducation inclusive : le projet READ confirme son impact dans l'Extrême-Nord du Cameroun
Paul Biya’s Critical Decline, Chantal Biya’s Dynastic Power Grab and the Political Tsunami Looming
Mobutu, Kabila, Tshisekedi : le même schéma tribal
Université de Yaoundé1:L'illégalité de la procédure de réintégration du Dr Gaston N. Ndock au crible
Des plateaux de télé aux autels : l’incroyable reconversion de Nadine Patricia Mengue
N/A :: les + lus
Pourquoi Moïse Katumbi fait-il peur à Joseph Kabila?
- 08 May 2016
- /
- 20323
Kabila, le pouvoir au prix de l'insécurité ?
- 26 May 2017
- /
- 11750
RDC : Qu’est-ce qui se cache derrière le massacre au Kasaï central?
- 24 February 2017
- /
- 7986
LE DéBAT
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- 17 December 2017
- /
- 246449
canal de vie
Vidéo de la semaine
évènement
