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© Camer.be : Paul Moutila
- 31 Jul 2026 10:06:25
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Cameroun - RDPC en crise : Nkuété panique au Palais des Congrès
« Jean Nkuété a réuni les cadres du RDPC au Palais des Congrès le 15 juillet. Entre guerre des clans, népotisme et rejet de la base, les élections législatives et municipales de 2026 s'annoncent sous tension. Décryptage. »
« Derrière les discours d'unité du secrétaire général du RDPC, une réalité crève les yeux : le parti au pouvoir est rongé par des luttes intestines qui menacent sa domination lors des prochaines élections législatives et municipales. »
Le décor est planté. La salle des huis clos du Palais des Congrès de Yaoundé, habituée aux grandes messes du parti au pouvoir, a été le théâtre d'un spectacle dont les Camerounais sont désormais trop coutumiers : celui d'un appareil politique qui tente de donner le change alors que les fissures sont béantes. Jean Nkuété, vice-Premier ministre et secrétaire général du Comité central, a multiplié les mises en garde. « Chocs de candidatures », « manque de discipline », « frilosités » le vocabulaire est celui d'un général qui sent le vent tourner.
Mais à y regarder de plus près, ces avertissements sont surtout des aveux. Car ce que Nkuété n'a pas dit, ce que ses formules alambiquées tentent de masquer, c'est une réalité que tous les observateurs de la vie politique camerounaise connaissent bien : le RDPC est en proie à une guerre des clans d'une violence rare. Et cette guerre, c'est dans la bataille des investitures qu'elle éclate au grand jour.
« CHOCS DE CANDIDATURES » : L'AVEU D'UNE GUERRE DES CLANS
Le 15 juillet 2026, Jean Nkuété a pris la parole devant les cadres du parti réunis au Palais des Congrès. Le thème du séminaire ? « L'impérative large victoire du RDPC aux élections législatives et municipales : raisons, conditions préalables, actions ». Un intitulé qui laisse peu de place à l'ambiguïté : la victoire est impérative. Elle n'est pas souhaitable. Elle est obligatoire.
Pourquoi une telle injonction ? Parce que, dans les coulisses, les cadres du parti savent que la partie est loin d'être gagnée. Les élections législatives et municipales, prévues au premier trimestre 2027, interviennent dans un contexte politique singulièrement fragilisé. La réélection de Paul Biya à la présidentielle du 12 octobre 2025 s'est faite avec un score de 53,66% « la performance la plus faible des cinq dernières compétitions électorales du même type, depuis 1997 », rappelle RFI.
Dans ce contexte, la désignation des candidats du RDPC pour les élections locales n'est pas une simple formalité administrative. C'est, comme une « bataille rangée entre clans pour le contrôle des investitures ». Être investi candidat du RDPC dans une circonscription favorable, c'est accéder à des postes, des budgets, des réseaux et une visibilité politique qui comptent bien au-delà du seul scrutin.
Les « chocs de candidatures » dénoncés par Nkuété sont donc le symptôme d'une lutte de pouvoir sans merci une lutte que l'absence prolongée de Paul Biya, qui séjourne en Suisse depuis plus de cinquante jours, a rendue à la fois inévitable et incontrôlable.
« MANQUE DE DISCIPLINE » : LE REFLET D'UN NÉPOTISME GÉNÉRALISÉ
Le « manque de discipline » évoqué par le secrétaire général est une autre facette de la même crise. Car la discipline, dans un système où le parti est profondément personnalisé, c'est d'abord la soumission à l'autorité du président national, Paul Biya.
Mais cette autorité est aujourd'hui contestée. Et pour cause : le mandat du président national du RDPC serait échu depuis 2011, faute de congrès permettant la mise en conformité avec les textes du parti. « En d'autres termes, Paul Biya dirige le RDPC depuis quinze ans dans une situation de légitimité statutaire contestable », souligne une enquête du Héraut National.
Une fragilité juridique que personne n'osait soulever tant que le chef était présent et en pleine capacité d'exercice. Mais aujourd'hui, l'absence prolongée du président fait ressurgir cette question avec une acuité nouvelle.
Dans ce vide institutionnel, les clans se font la guerre. Les « frilosités » dénoncées par Nkuété sont en réalité la peur, chez certains cadres, de voir leur influence diminuer ou leurs intérêts menacés. Le népotisme, lui, est la conséquence logique d'un système où l'accès aux postes dépend moins du mérite que de l'appartenance au bon clan.
LE REJET DE LA BASE : QUAND LES MILITANTS TOURNENT LE DOS
Mais le problème le plus grave, celui que les discours officiels peinent à masquer, est peut-être le rejet massif de la base militante à l'égard d'élites vieillissantes et hautaines.
Les militants de base, eux, ne s'y trompent pas. Ils voient les luttes intestines, les arrangements entre clans, la distribution des postes qui se fait en circuit fermé. Ils mesurent l'écart entre le discours d'unité et la réalité des pratiques.
Comme le note le sociologue Claude Abé, interrogé par RFI : « Depuis la présidentielle, il y a un vent de fébrilité au sein du parti présidentiel. Le score de son candidat ne rassure guère. C'est juste un quart de Camerounais inscrits sur les listes électorales qui lui ont apporté leur soutien ».
Les élections régionales ont montré des « fissures internes importantes, attestant d'une fragmentation qui n'arrive plus à être contenue à l'intérieur du parti ». Et si rien n'est fait, prévient le sociologue, « il y a fort à parier que le poids politique du RDPC est en jeu à l'échelle locale ».
LES DÉFIS DU RDPC : RECONQUÉRIR, SÉDUIRE, RASSURER
Les défis qui attendent le RDPC sont immenses. Patrick Rifoe, cité par RFI, les résume en trois points : « reconquérir certains territoires urbains dont Yaoundé, attirer et séduire les jeunes, et particulièrement ceux des espaces urbains, reconquérir le Grand Nord ».
Autant de terrains où le parti au pouvoir est aujourd'hui en situation de fragilité. À Yaoundé, ville historiquement acquise à l'opposition, la bataille s'annonce rude. Chez les jeunes, qui représentent une part croissante du corps électoral, le discours du RDPC peine à trouver un écho. Dans le Grand Nord, les dynamiques politiques locales échappent de plus en plus au contrôle du parti central.
Jean Nkuété le sait. C'est pourquoi il a appelé les responsables du parti à « répondre clairement aux attentes de M. le Président National concernant le renforcement de la place des jeunes et des femmes dans la sphère politique ». Une déclaration qui, pour être louable, n'en est pas moins un aveu tacite d'échec : si le RDPC doit aujourd'hui « renforcer la place » de ces catégories, c'est bien qu'il a échoué à le faire jusqu'ici.
QUELLE ISSUE POUR LE RDPC ?
La question qui taraude les observateurs est simple : le RDPC parviendra-t-il à surmonter ses divisions pour remporter les élections législatives et municipales ?
Rien n'est moins sûr. D'un côté, le parti dispose encore d'une machine électorale redoutable, d'un réseau de chefs traditionnels et de notables qui lui assurent une assise territoriale solide, et de la maîtrise des leviers institutionnels. De l'autre, les signes de déliquescence se multiplient.
La prorogation des mandats des députés et conseillers municipaux d'abord prévue jusqu'en mars 2026 a déjà été perçue comme un signe de fébrilité. Et certains cadres du parti, selon RFI, espèrent même un nouveau report des échéances électorales. « Ceci nous donnera le temps de mieux nous préparer pour ces échéances », confie un haut cadre du RDPC.
Mais le temps joue-t-il vraiment en faveur du parti au pouvoir ? À mesure que les divisions internes s'exacerbent, à mesure que la base militante se lasse, chaque jour qui passe rapproche un peu plus le RDPC d'un scénario catastrophe : celui d'une défaite aux élections législatives et municipales qui sonnerait le glas de trois décennies de domination sans partage.
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