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© Camer.be : Paul Moutila
- 12 Jun 2026 17:39:19
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Infrastructures Cameroun : pourquoi les délais ne sont jamais tenus :: CAMEROON
Autoroutes, barrages, ponts : plusieurs grands projets d'infrastructure au Cameroun cumulent retards et dépassements de budget, parfois sur plus d'une décennie.
Trois heures d'embouteillage quotidien sur l'axe Nsimalen. Une facture qui est passée de 154 à 434 milliards de FCFA en douze ans. Une section urbaine toujours en attente, malgré une première pierre posée il y a plusieurs années. Les grands projets d'infrastructure camerounais avancent, mais souvent bien plus lentement et bien plus cher que prévu initialement.
Des investissements massifs, mais des calendriers qui glissent
Selon le ministère de l'Économie, de la planification et de l'aménagement du territoire, environ 7 500 milliards de FCFA ont été mobilisés sur 15 ans pour renforcer les infrastructures du pays. Plus de 3 000 kilomètres de routes ont été construits ou réhabilités, et plusieurs grands ouvrages ont effectivement été livrés. Mais une grande partie de ces projets ont connu des délais largement supérieurs aux prévisions initiales.
Yaoundé-Nsimalen : un cas emblématique
L'autoroute reliant la capitale à son aéroport international illustre bien cette dynamique. Lancée en 2013 pour un coût initial estimé à 154 milliards de FCFA, la première phase a vu son enveloppe grimper à 276 milliards en 2019, puis atteindre environ 434 milliards de FCFA en 2025. Sur le terrain, une section de 23 kilomètres en rase campagne a été livrée après huit années de travaux, tandis que la section urbaine n'est attendue qu'à l'horizon 2030.
Concernant cette section urbaine, la première pierre a été posée en décembre 2023, mais selon des observateurs cités par la presse locale, le retard dans le démarrage effectif des travaux est lié au manque de financement ainsi qu'à des problèmes administratifs liés aux expropriations et à l'indemnisation des populations affectées par le tracé. Un financement de 154,4 milliards de FCFA a été signé en novembre 2025 avec la banque MUFG de Londres pour relancer un premier tronçon.
La phase 2 : huit mois après la première pierre, rien n'a bougé
Sur un autre volet du même projet, huit mois après la pose de la première pierre, aucun coup de pioche n'avait encore été donné. Les causes identifiées sont là encore d'ordre administratif : les indemnisations des populations affectées, le recasement et l'obtention de l'avis de maturité se sont révélés plus longs et plus complexes que prévu. Ce projet est en outre lié à l'initiative "Yaoundé Cœur de Ville", et les retards sur l'un des deux chantiers ont des répercussions sur l'autre, avec des coûts supplémentaires liés à la révision des devis et à la prolongation des études.
L'autoroute Yaoundé-Douala, autre serpent de mer
L'axe Yaoundé-Douala, artère économique majeure du pays, est régulièrement décrit dans la presse comme un projet qui peine à avancer. Des observateurs notent que d'autres grands projets, comme le barrage de Lom Pangar ou le port en eau profonde de Kribi, ont suivi des trajectoires similaires : annonces, financements obtenus, puis enlisement et surcoûts.
Un poids budgétaire qui se prolonge après la livraison
Les retards ne sont pas le seul enjeu : le financement de projets pourtant achevés continue de peser sur les finances publiques. Selon une annexe à la loi de finances 2026, l'État camerounais devra mobiliser environ 150 milliards de FCFA dès 2026 pour honorer des engagements liés au barrage de Nachtigal, à Memve'ele et aux autoroutes Kribi-Lolabé et Yaoundé-Douala. Une part importante de cette somme, environ 75 milliards de FCFA, concerne des factures d'électricité impayées par Eneo à l'exploitant du barrage de Nachtigal, pourtant entré en service commercial en mars 2025.
Tous les projets ne sont pas à l'arrêt
Il faut nuancer : certains chantiers avancent. L'autoroute Yaoundé-Obala, lancée en 2024, est toujours en cours avec une livraison attendue fin 2026 ou début 2027, et l'axe Yaoundé-Nsimalen est globalement opérationnel, même si certaines finitions restent attendues.
Ce que ces retards révèlent
Au-delà des chiffres, ces dossiers pointent vers des causes structurelles récurrentes : procédures d'expropriation et d'indemnisation longues, financements bouclés tardivement, et coordination difficile entre projets liés. Ce sont ces obstacles, plus que la volonté politique en elle-même, qui sont le plus souvent cités par la presse et les acteurs du secteur pour expliquer l'écart entre les annonces et les livraisons.
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