Laurent Ngaibona : un baobab de la République centrafricaine tire sa révérence
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Disparu le 19 avril 2026 à Évry-Courcouronnes, en région Île-de-France, Laurent Ngaibona repose depuis le 30 avril 2026 au cimetière de Corbeil-Essonnes, ville où il avait ancré une grande partie de son existence. À 82 ans, celui que beaucoup considéraient déjà comme une mémoire vivante laisse derrière lui bien plus qu’un parcours : un héritage, mieux, un patrimoine.

Depuis l’annonce de son décès, sa résidence grouille de monde  chaque soir. Si la douleur est palpable, c’est surtout une vie dense, utile et inspirante qui est célébrée.

Les hommages affluent de toute l’Afrique — de la République centrafricaine à l’Angola, du Cameroun au Congo-Brazzaville, jusqu’au Tchad.

Hier, 28 avril, dans son salon, l’émotion se conjugue au pluriel : larmes, sourires, souvenirs. À l’entrée, une photographie le montre plein de vie, qui donne l’impression d’être encore là au milieu des siens. Autour de sa veuve, Martine Ngaibona, les proches se relaient. Vincent Mambachaka, figure de la diaspora centrafricaine en France, lui apporte son soutien ; jouant le deuilleur, il est auprès d’elle tout en lui racontant de beaux souvenirs qu’il garde de son défunt époux. Ensemble, le couple a élevé sept enfants : Marcel, Annette, Mozann, Djibrine (disparu plus tôt), Touwangaye, Redanga et Kowen.

Pour Marcel, « papa est parti comme il a vécu : avec calme et discrétion. Rien ne laissait présager une telle issue. Il répondait encore à nos questions la veille ».

Parmi les nombreuses personnalités venues saluer sa mémoire, Wafio Jean Serge, ancien ministre des Mines sous Ange-Félix Patassé et de l’Urbanisme sous François Bozizé, par ailleurs ancien commissaire à la CEMAC, livre un témoignage empreint de respect et de considération : « C’était un homme de principes, profondément enraciné dans ses traditions. Il a ouvert des voies à des générations de Centrafricains et d’Africains. Sa disparition est celle d’une bibliothèque vivante ». Il renchérit, évoquant « un baobab qui tombe », comparable au « kolo », cet arbre rouge réputé pour sa résistance exceptionnelle. À ses côtés, Laurent Ngaibona a également contribué, selon lui, à accompagner l’ascension de Denis Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville, avant de revenir en RCA, guidé par un sens aigu du devoir, puis de s’installer en France, devenu son troisième pays.

Son parcours académique force le respect et admiration. Du CEPE en 1957 au BEPC en 1962, il franchit les étapes avec rigueur. Formé au CFEN de Bambari, il intègre ensuite l’École normale supérieure d’Afrique centrale (ENSAC) entre 1967 et 1970, puis la FESAC de Brazzaville. Il poursuit à l’Institut supérieur des sciences de l’éducation (INSSED) de l’Université de Brazzaville, avant d’obtenir une maîtrise en sciences de l’éducation en 1991, une maîtrise en lettres modernes à Nanterre, puis un DEA à Paris V. Un itinéraire académique solide, au service d’une vision claire : élevé par le savoir.

Professionnel accompli, Laurent Ngaibona a traversé les décennies avec constance et engagement. Instituteur et directeur d’école en RCA dès les années 1960, il devient professeur, puis directeur de collège, avant de former à son tour les formateurs à Brazzaville. Inspecteur, pédagogue, bâtisseur : il laisse son empreinte dans chaque institution qu’il a servie. De retour à Bangui, il contribue à la structuration de l’enseignement préscolaire et primaire, avant de poursuivre sa carrière en France, comme professeur de lettres modernes dans l’académie de Versailles de 1984 à 2003. Son engagement civique se prolonge au Conseil national de transition (2003-2006), où il représente les Centrafricains de l’étranger.

Homme de conviction, il n’a jamais fait de la quête des fonctions un objectif. « Il n’a aucun regret de n’avoir pas été ministre », confie Wafio Jean Serge. « Il aurait pu l’être, mais il est resté fidèle à ses principes ».

En 2008, il accepte toutefois de servir comme rapporteur adjoint du comité d’organisation du dialogue politique inclusif, puis comme conseiller spécial auprès du Premier ministre et président du comité national de lutte contre la corruption jusqu’en 2014.

Militant engagé, Laurent Ngaibona a également marqué la diaspora africaine en France. À la FEANF comme à la FETAF, il milite aux côtés de figures majeures telles qu’Alpha Condé et Alpha Oumar Konaré. Son combat, amorcé en Afrique, s’est poursuivi sans rupture sur le sol français. Déjà, à l’époque de Bokassa, il s’insurge contre la dérive autoritaire, organise avec d’autres étudiants des mouvements de résistance et réfléchit à des alternatives pour son pays.

Avec sa disparition, la République centrafricaine perd un homme de savoir, de rigueur et de courage. Mais son empreinte, elle, demeure, vivante, structurante, indélébile.

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