Alternance en Afrique : Fomunyoh compare le Malawi et le Bénin au Cameroun de Biya
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43 ans au pouvoir contre deux transferts pacifiques : le contraste africain selon Fomunyoh

Quarante-trois ans. C'est la durée du règne de Paul Biya au Cameroun, pointée par le Dr Christopher Fomunyoh comme le contre-exemple absolu d'une alternance démocratique en Afrique. Sa déclaration, publiée après le forum APO2026 de Bruxelles, met en regard trois trajectoires africaines radicalement opposées.

Qui parle, depuis où, et sur quoi : une voix africaine de référence internationale

Le Dr Christopher Fomunyoh est directeur principal pour l'Afrique au National Democratic Institute (NDI), organisation américaine de promotion de la démocratie. Sa prise de parole intervient au lendemain du forum APO2026, tenu à Bruxelles, où il a rencontré l'ancien président malawien Lazarus Chakwera. Ce dernier a reçu une standing ovation en plénière pour avoir respecté la constitution de son pays après sa défaite à l'élection présidentielle de 2025 au Malawi.

Fomunyoh cite également Mokgweetsi Masisi, ancien président du Botswana, comme second exemple d'une sortie de pouvoir digne et constitutionnelle. Il les oppose au cas camerounais, où Paul Biya, 93 ans, gouverne depuis 1982. Fomunyoh rapporte que des millions de Camerounais affirment que Biya a perdu l'élection présidentielle d'octobre 2025 ; une allégation contestée par le régime en place.

Pourquoi ces contrastes sont devenus le symbole d'un débat continental

Le transfert pacifique de pouvoir en Afrique est devenu l'un des indicateurs les plus scrutés par les institutions internationales et les observateurs électoraux. Pendant des décennies, le continent a été associé aux coups d'État, aux mandats prolongés et aux constitutions révisées pour maintenir des dirigeants au pouvoir. Les cas du Malawi et du Botswana rompent avec cette tendance de manière  vérifiable.

Au Malawi, Chakwera avait lui-même bénéficié en 2020 d'une décision historique de la Cour constitutionnelle qui avait annulé l'élection de son prédécesseur Peter Mutharika pour fraudes. Sa propre défaite en 2025 et son retrait sans contestation violente sont donc perçus comme une cohérence institutionnelle rare. Au Botswana, la défaite de Masisi face à Duma Boko en 2024 s'est soldée par une passation de pouvoir saluée par l'Union africaine et les observateurs internationaux.

La démocratie électorale en Afrique n'est donc pas un idéal théorique. Elle existe, elle fonctionne, et elle produit des précédents.

Comment Fomunyoh construit son argument : la comparaison comme outil politique

La déclaration de Fomunyoh n'est pas une analyse académique. C'est un acte politique délibéré. En plaçant Chakwera et Masisi sur un piédestal lors d'un forum international de haut niveau, il crée un standard implicite auquel tout dirigeant africain peut être comparé. Le Cameroun de Paul Biya devient ainsi le contre-modèle nommé, dans un espace où la formule a une résonance diplomatique réelle.

L'allégation selon laquelle Biya aurait perdu l'élection présidentielle d'octobre 2025 au Cameroun est portée par l'opposition et relayée par Fomunyoh. Le régime camerounais conteste ces accusations. Aucun organe international indépendant n'a à ce jour tranché définitivement sur la régularité du scrutin. Ce que la déclaration de Fomunyoh établit avec certitude, c'est que la contestation de ce résultat a désormais une audience internationale structurée.

La mention du Bénin dans sa déclaration ajoute une dimension d'actualité immédiate : Patrice Talon s'apprête à quitter le pouvoir après deux mandats constitutionnels, conformément à la loi fondamentale de son pays. Ce départ volontaire, dans un contexte ouest-africain marqué par plusieurs coups d'État récents, est présenté comme un acte de maturité institutionnelle.

Entre exemplarité continentale et pression sur Yaoundé

La pression internationale sur le régime camerounais va s'intensifier. Les forums multilatéraux africains? Union africaine, Communauté économique des États de l'Afrique centrale seront des espaces où le cas camerounais continuera d'être discuté, même indirectement. La crise politique au Cameroun post-électorale cherche une tribune internationale que des voix comme celle de Fomunyoh contribuent à construire.

Les exemples malawien et botswanais pourraient devenir des références jurisprudentielles pour les cours constitutionnelles africaines confrontées à des contestations électorales. 

L'Afrique peut choisir : la question que Fomunyoh pose sans la formuler

Ce que la déclaration de Fomunyoh dit en creux est simple : les institutions africaines peuvent fonctionner. Des présidents peuvent perdre et partir. Des peuples peuvent élire et être entendus. La question qu'il laisse ouverte sans la formuler est celle-ci : les Camerounais obtiendront-ils un jour, eux aussi, leur standing ovation ?

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