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© Camer.be : Paul Moutila
- 25 Feb 2026 12:39:58
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Mort d'Anicet Ekanè au Cameroun : peut-on parler de mort naturelle après des tortures ? :: CAMEROON
Un homme malade meurt en prison. Il a été torturé, privé de ses médicaments. Pourtant, les autorités évoquent une mort naturelle. La contradiction interpelle au-delà du Cameroun.
Un opposant malade livré à lui-même
Anicet Ekanè, figure de l'opposition camerounaise, n'est pas un détenu ordinaire. Incarcéré dans des conditions dénoncées comme inhumaines par ses proches, il souffrait déjà de pathologies lourdes avant son arrestation. Sa famille accuse : violences physiques répétées, pressions psychologiques constantes, et surtout, confiscation de son kit médical. Pour elle, cette mort en détention n'a rien de naturel.
Pourquoi la thèse de la mort naturelle est contestée
Cette situation pose une question centrale : un décès peut-il être qualifié de naturel quand il survient dans un contexte de violences et de privation de soins ? La torture, qu'elle soit physique ou psychologique, altère profondément l'organisme. Combinée à l'absence de traitement médical, elle transforme les conditions de détention en danger mortel. Les experts médico-légaux distinguent généralement la mort endogène, liée à une pathologie interne, de la mort provoquée par des facteurs externes. Ici, les facteurs externes sont multiples et documentés par les témoignages.
Le mécanisme silencieux de la privation de soins
La privation de soins désigne l'action de retirer délibérément à un détenu malade l'accès à ses médicaments ou à une assistance médicale. Dans le cas d'Anicet Ekanè, ce geste administratif équivaut à une sentence. Un organisme affaibli par la maladie, sans traitement et soumis à des violences répétées, bascule inexorablement. Le syndrome du kit de survie confisqué est connu des organisations de défense des droits humains : priver un prisonnier de son traitement, c'est programmer sa dégradation physique. Lorsque le corps lâche, l'institution peut toujours invoquer la fatalité pour clore l'affaire sans enquête approfondie.
Ce que l'affaire Ekanè change pour le Cameroun
L'affaire Ekanè place le Cameroun face à ses responsabilités. À court terme, elle érode la confiance dans le système judiciaire et alimente la défiance populaire. La communauté internationale observe, et des organisations comme Amnesty International pourraient saisir les mécanismes de l'ONU. À long terme, elle pose la question de l'impunité et de la réforme carcérale. Les ONG pourraient utiliser ce cas pour définir juridiquement la négligence carcérale comme une forme de violence d'État, ouvrant la voie à des recours devant les juridictions régionales africaines.
La question qui reste sans réponse
Alors, la question demeure : un décès survenu dans l'enfermement, la violence et l'absence de soins peut-il encore être qualifié de naturel ? La réponse engagera bien plus que la mémoire d'un homme. Elle déterminera la capacité des institutions à reconnaître leurs responsabilités face aux crimes commis dans l'ombre des prisons.
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