PREDICATION DU DIMANCHE 23 JANVIER 2022 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA
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FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 23 JANVIER 2022 PAR LE REV. DR JOËL HERVE BOUDJA

Textes : Néhémie 8,2-4a.5-6.8-10 ; 1 Corinthiens  12, 12-30 ; Luc 1,1-4 ; 4,14-21

Après les dimanches d'apparition (Noël) puis des premières manifestations de Jésus (baptême, Cana), nous allons à présent suivre l'évangile de Luc pendant toute cette année. Qui est ce Luc ? Son livre n'est pas signé et ce n'est qu'au 2ème siècle que l'on nommera les auteurs des 4 évangiles conservés par l'Eglise. Peut-être est-il ce médecin syrien converti par Paul et qui aurait accompagné l'apôtre dans sa mission (Col 4,14).

L'ouverture de son livre nous permet d'entrevoir un peu comment les choses se sont déroulées au 1er siècle et le processus de composition de ce livre qu'on appellera « Evangile ».

1)   Jésus de Nazareth en Galilée est apparu comme un prophète, l'an 15 de l'empereur Auguste (Luc 3, 1 - correspondant à notre année 28). Après un temps de mission, il a été rejeté, condamné et exécuté sur une croix. Voilà le fait brut, une aventure semblable à celle de quelques autres à cette époque.

2)   Beaucoup de gens l'ont bien connu mais, parmi eux, certains ensuite l'ont « vu » vivant et ont été persuadés qu'il était le Messie, le Fils de Dieu, le Seigneur du monde.

3)   Certains de ces « témoins oculaires » ont décidé non de raconter comme un fait-divers, mais de « proclamer » ces événements, en tant que « serviteurs de la Parole » c’est-à-dire ayant compris que « le fait Jésus » était un message, une « parole » qu'il fallait annoncer « au service » de Dieu et « au service » des hommes, puisque cette Parole est « la Bonne Nouvelle » qui apporte le salut à l'humanité.

4)   Parmi eux, certains ont mis leurs souvenirs par écrit : d'abord sans doute quelques déclarations mémorables de Jésus, ou des listes de miracles, ou surtout les événements de la Pâque finale.

5)   Alors Luc, ayant pris connaissance de tout cela (notamment le livret de Marc), a mené une enquête soigneuse pour en vérifier l'authenticité.

6)   Il a décidé de rédiger non des bribes mais « un exposé suivi », un récit en continu (on estime que c'était dans les années 80-85)

7)   C'est, dit-il, à l'intention d'un certain Théophile (« ami de Dieu »), un homme qui a cru à la prédication de l'Evangile, afin qu'il soit bien convaincu de « la solidité des enseignements qu'il a reçus ».

Par la suite, ce livret s'adresse à la multitude des hommes et des femmes qui voudront confirmer leur foi, être sûrs qu'il ne s'agit pas de la légende d'un homme-dieu, mais d'une Révélation à accueillir car elle accomplit leur vie et l'histoire, leur donnant vie et bonheur. Tel est le dessein qu'ensemble nous allons poursuivre, de dimanche en dimanche, afin de devenir à notre tour, avec assurance, « serviteurs de la Parole ».

LA PREMIERE PREDICATION DE JESUS : SON DISCOURS-PROGRAMME

Lorsque Jésus, avec la puissance de l'Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues et tout le monde faisait son éloge. Il vient à Nazareth où il avait grandi. Comme il en avait l'habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat et il se leva pour faire la lecture.

Au contraire de beaucoup de croyants qui, énervés par la lourdeur de leur Eglise ou révoltés par ses scandales, décident de ne  plus pratiquer, Jésus (qui se sait Fils de Dieu) a l'habitude depuis l'enfance de rejoindre le petit peuple qui se rassemble chaque jour de sabbat, le matin dans la synagogue. De retour dans son village, après une longue absence près de Jean-Baptiste, il est heureux de retrouver ses amis et voisins. Il en connaît mieux que personne les défauts, les inimitiés larvées, le peu de foi mais c'est « le peuple de Dieu », héritier d'une longue histoire, pauvre et malheureux sous la botte de l'occupant étranger. Et il les aime tels qu'ils sont. Les villageois, eux, sont très intrigués par ce voisin, ce charpentier qui s'est transformé en prédicateur itinérant et dont on raconte même qu'il opère des guérisons.

L'assemblée d'hommes chante à pleine voix les prières des psaumes qu'elle connaît par cœur puis le rabbin, responsable de la communauté, fait lecture du passage de la Torah du jour et la commente par la prédication. Ensuite, comme il en a sans doute convenu avec lui, il cède la place à Jésus pour la 2ème lecture, celle qui est choisie dans le livre des Prophètes. 

On lui présenta le livre du prophète Esaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :

« L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé proclamer la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu'ils sont libres et aux aveugles qu'ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. ». Jésus referma le livre, le rendit au servant et s'assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire :

« Cette parole de l'Ecriture que vous venez d'entendre, aujourd'hui elle s'accomplit »

S'agit-il du passage prévu pour ce jour où Jésus le choisit-il lui-même ? Cette page est extraite de la dernière partie du livre d'Esaïe (chap.61) lorsque, après la destruction de Jérusalem et du temple et le malheur de l'exil, les Judéens essayent péniblement de survivre. Le prophète leur annonce, de la part de Dieu, la venue d'un mystérieux personnage consacré : Dieu l’oindra d'huile sainte (comme on consacrait le nouveau roi), le remplira de sa Force, de son Esprit. C'est pourquoi il pourra réconforter le peuple malheureux, apporter guérison, libération et même annoncer l'ouverture d'une nouvelle année jubilaire pendant laquelle les grâces de Dieu pleuvront.

Le peuple connaît bien toutes ces pages des Ecritures qui leur sont lues dans le culte ; chaque fois, le rabbin assure que ces magnifiques promesses de Dieu se réaliseront un jour et qu'il faut avoir de la patience. Mais quand cela surviendra-t-il ? Combien d'années, de siècles faudra-t-il encore attendre ? Au temps de Jésus, il y avait plus de 90 ans que les Romains piétinaient la terre sainte !

On imagine la stupeur de l'assemblée lorsque Jésus, sans nulle exaltation, rend le rouleau et déclare : « Aujourd’hui cette parole s’accomplit ». Ainsi il affirme que lors de son passage chez Jean, à la suite de son baptême dans l'eau, il a reçu une onction d’Esprit-Saint. Le feu de Dieu lui a été donné en plénitude. Dieu l'a institué Roi de ce royaume où les pauvres et les malheureux vont entendre la Bonne nouvelle : voici donc « aujourd'hui » la libération, la lumière, la guérison, la sortie des geôles. Le temps n'est plus à l'espérance, à l'attente et au doute mais à la FOI : ceux qui écoutent sont invités à faire confiance, à pratiquer ce programme qui devient le début d'un nouveau monde.

Las ! On veut bien espérer le Royaume du bonheur des hommes mais pas s'atteler à le vivre dès aujourd'hui ! Dimanche prochain, nous entendrons la suite de l'histoire et la fin calamiteuse de cette proclamation.

Frères et Sœurs dans le Seigneur,

Heureux sommes-nous que l’évangéliste Luc n'ait pas adressé son évangile à une personne qui se serait prénommée Ermonde ou Hervé.  En effet, si tel avait été le cas, seuls celles et ceux qui portent un tel prénom  pourraient avoir le sentiment que cet écrit leur est spécifiquement adressé.  Non, l'apôtre Luc écrit à Théophile, c'est-à-dire, en français, à l'ami de Dieu.  Toutes et tous, nous sommes appelés à être des théophiles en puissance, à devenir des amis de Dieu.  Comme si entre Dieu et nous, nous étions liés par un noble sentiment d'amitié.

Il est vrai que toute amitié naît d'une histoire de rencontres qui se sont confirmées, enrichies et ont ainsi donné naissance à une conjugaison nouvelle, celle d'un présent toujours  renaissant.  Au fil des saisons, ces rencontres sont d'abord régulières pour prendre le temps de l'apprentissage, de la connaissance de l'autre puis plus ou moins espacées par la réalité de nos vies. Dans l'amitié, le miracle surgit à chaque fois : la conversation reprend comme si nous venions de nous quitter.  Quoi de plus normal puisque nous sommes sur la même longueur d'ondes, celle du cœur.

La rencontre est pourtant chaque fois différente, car nous mûrissons. Au long des mois et des années, s'est construit un lien dans une proximité plus réelle que la distance, dans une présence plus forte que l'absence. Nous apprenons à rester ouvert à l'altérité de l'autre. Nous nous découvrons plus vivants, plus forts, reconnus dans notre singularité.  Nous nous enrichissons par nos discussions sur le sens de la vie, sur les soucis que nous traversons, sur les bonheurs que nous vivons.

Par ailleurs,   chacun trace sa route comme il le souhaite tout en espérant toujours être aimé dans les chemins qu'il emprunte.  Si la confiance en la vie vacille, l'ami revient au bercail de l'amitié pour à nouveau partager, interroger, confirmer car il sait qu'au-delà d'une absence l'océan de sentiments ne perd pas une once de tendresse.  Ensemble nous découvrons, dans la fidélité des sentiments partagés, que l'amitié est une vertu car elle se vit de sincérité et se nourrit dans la vérité.  Finalement, le véritable nom de l'amitié ne serait-il pas celui de « confession ».

En effet, les rencontres sont toujours teintées d'une sensibilité à la faiblesse de l'autre, à sa fragilité ou sa vulnérabilité.  Une forme de tendresse teintée de compassion.  La tendresse, ce sont finalement deux faiblesses qui se reconnaissent mutuellement et entrent en résonance. Ici, la sensibilité acquiert une dimension nouvelle, celle d'être capable d'être touché par l'autre, tout autant vulnérable et proche que je puis l'être.  La sensibilité nous conduit à une proximité où la présence importe plus que les projets, où l'être engage plus que l'agir.  Ce qui nous bouleverse, dans toute amitié vécue, c'est cette acceptation de la beauté d'une fragilité fondamentale, mieux encore cette manière unique, absolument inédite, d'être et de se livrer. 

Il en va ainsi tant entre deux êtres humains que dans notre relation avec le Père dans le Fils et par l'Esprit. En Dieu, il suffit de faire taire en nous toute forme de pollution du bruit afin d'entrer dans le silence de notre cœur.  Libérés de la sorte, nous pouvons reprendre notre prière là où nous l'avions laissée et déposer en Lui tout ce qui nous fait vivre, souffrir, toutes les personnes que nous aimons et/ou dont nous nous préoccupons. 

Dans la foi aussi, nous mûrissons car nous cherchons à ajuster notre vie au projet divin.  La vérité est le fondement de notre rencontre intime.  Elle nous ouvre tout entier vers cette liberté promise aux enfants de Dieu.  Le chemin de l'amitié de Dieu se laisse découvrir dans les pages de son évangile.  Oui, heureux sommes-nous alors d'être des théophiles, des amis de Dieu car comme le souligne le prophète Esdras : « La joie du Seigneur est notre rempart ».  Dans l'amitié divine, Dieu est notre force, notre compagnon de route ou pour le dire plus simplement, Lui et moi, nous sommes amis mais cette fois pour la Vie.

Pour entendre et recevoir aujourd’hui la bonne nouvelle, il y a donc une condition…  et nous passons si souvent à côté. Il faut être pauvre ! Comprenez-moi bien. La pauvreté est un scandale à combattre. Mais il y a aussi cette pauvreté qui nous donne d’accueillir l’Esprit, cette pauvreté qui nous ramène toujours au quotidien, à l’aujourd’hui, à l’instant présent.

Alors, est-ce qu’une parole de bonté s’accomplit pour nous aujourd’hui ?  Pour le découvrir, je nous invite à voir en quoi nous sommes pauvres, captifs ou aveugles ? Alors l’évangile s’invitera dans notre vie.

Être captif, c’est lorsque le passé nous tire en arrière. Qu’est-ce qu’être captif, sinon être prisonnier de son passé ?

Être captif, c’est s’enfermer dans une histoire ancienne. Décider une fois pour toute qu’un deuil est impossible.

Être captif, c’est se considérer comme victime : victime de sa hiérarchie, de son entourage, d’une parole. La bonne nouvelle est annoncée aujourd’hui aux captifs. Vous vous sentez peut-être aussi aveugle, avec un avenir bouché. Alors, l’évangile s’adresse à vous aujourd’hui. Il fait de vous des Théophile, les destinataires d’une promesse qui ne déçoit pas, parce qu’elle s’accomplit au quotidien.

Alors, il ne tient qu’à nous d’accueillir cet esprit qui vient élargir notre cœur, renouveler notre regard, nous libérer de nos enfermements.

Il ne tient qu’à nous de choisir d’être de vrais Théophile, au quotidien. L’Evangile est écrit pour nous tous, pour les théo-philes que nous sommes. Alors à nous de décider d’avoir ce deuxième prénom, d’accueillir en nous, au jour le jour cette amitié de Dieu, d’entendre finalement que quelqu’un nous adresse aujourd’hui personnellement une bonne nouvelle.

Pas demain. Aujourd’hui. Amen.

 
 

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