PREDICATION DU DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2021 Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2021 Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA

Textes : Daniel 7, 1-14 ; Apocalypse 1, 4-8 ; Jean 18, 33-37

Aujourd’hui c’est le dernier dimanche de l'année liturgique ! Dimanche prochain, nous commencerons une nouvelle année liturgique avec le temps de l’Avent. Le nouveau-né pauvre que nous avons accueilli à Noel, le misérable prisonnier qui a comparu devant Pilate, le crucifié du Golgotha, nous proclamons à la face du monde qu'il est le Roi.

Certes ce titre n'a plus guère aujourd'hui que valeur honorifique mais il signifie que Jésus a reçu tout pouvoir: il a inauguré le Royaume de Dieu sur terre, royaume éternel et universel comme le prophétisait le songe du prophète Daniel. Et si la clef du mystère de la fête du Christ-Roi que nous célébrons aujourd'hui se trouvait dans une simple petite conjonction de coordination.

Celles qui nous viennent à l'esprit sont le « ou » ou bien le « et ». Il semble qu'une tradition constante en théologie ait la préférence pour la conjonction de coordination « et » qui relie ensemble ce qui, à première vue, pourrait s'opposer. En voici quelques exemples : les Ecritures et la tradition, la foi et la raison, la nature et la grâce, l'église et le monde, la foi et les œuvres. La conjonction de coordination « et » ne peut jamais être remplacée par celle du « ou » car agir de la sorte serait nier toute la complexité du mystère divin. Et voici, qu'aujourd'hui, nous pouvons rallonger cette liste par les mots suivants : ouranopolite et cosmopolite. En effet, par notre naissance, toutes et tous, nous devenons des cosmopolites, c'est-à-dire des citoyens du cosmos. Nous appartenons à un monde précis et de par notre histoire, nous nous inscrivons dans un contexte donné pour accomplir la destinée à laquelle nous sommes appelés. Notre condition humaine fait de nous des cosmopolites.

Mais, nombreux sont celles et ceux qui ne peuvent se contenter d'une telle citoyenneté car, de par leur baptême cette fois, ils sont devenus ouranopolites, c'est-à-dire citoyens des cieux puisqu'en grec, le mot ouranos désigne le ciel. En tant que croyants, nous sommes donc cosmopolites et ouranopolites. N'est-ce d'ailleurs pas ce que le Christ répond à Pilate. « Ma royauté ne vient pas de ce monde, ma royauté n'est pas de ce monde ». Il est intéressant de souligner que Jésus ne dit pas : « ma royauté n'est pas en ce monde ».

Comme si, pour lui, il était évident que le royaume de Dieu est en ce monde et non pas de ce monde, c'est-à-dire que la loi première qui doit régir ce royaume n'est pas inscrite sur des parchemins terrestres mais dans le Ciel ou mieux encore dans le cœur de chaque être humain. Le Christ ne nie pas notre condition humaine. Il la respecte. Mieux encore, il la considère au plus haut niveau puisque de toute éternité, il a choisi de devenir l'un des nôtres en s'incarnant. Il nous reconnaît ainsi toute la validité de notre citoyenneté terrestre. Il ne rejette donc pas notre participation à la vie du monde. Bien au contraire. Mais il semble ne pas pouvoir s'en satisfaire. Effectivement, notre citoyenneté terrestre s'inscrit, s'enracine et se développe dans une autre citoyenneté, dans un autre royaume : celui du Ciel.

Ce royaume-ci n'a plus de codes, ni de lois. Au royaume de Dieu, les facultés de droit sont abolies et les juristes sont au chômage car ce qui lie et relie les personnes entre elles, c'est tout simplement la règle de l'amour. Quand l'amour est là, aucune loi ne régit les rapports humains. L'amour se suffit à lui-même. Par contre, lorsque l'amour brille par son absence, alors heureux sommes-nous d'avoir des codes et des juristes qui nous aident à construire un vivre ensemble sur base de règles précises.

Quand je vois parfois comment le monde tourne, je me dis que ce n'est pas de sitôt que certains d'entre nous qui ont étudié le droit seront au chômage. Qu'ils soient donc rassurés. La règle de l'amour qui sévit au royaume de Dieu est donc notre première loi de conduite. C'est elle qui nous guide et qui fait de nous des ouranopolites.

Et en même temps, dans notre monde où sévit encore et toujours l'injustice, la jalousie, le désir de domination, nous avons besoin d'autres lois qui nous rappellent que nous sommes des cosmopolites. Sur cette terre, nous sommes donc bien l'un et l'autre et malgré tout, ils ne sont pas tout à fait similaires. Notre foi est une invitation permanente à mettre de l'ouranopolisme, philosophie de vie fondée sur l'amour, dans notre statut de cosmopolite car l'ouranopolisme est la visée, l'espérance à atteindre de tout croyant. Nous sommes conviés à partager la vie divine, à vivre éternellement au Royaume de Dieu.

Et ce dernier se construit dès ici-bas, c'est-à-dire dès maintenant. Nous ne sommes plus l'un ou l'autre, nous sommes l'un et l'autre. Citoyens d'un royaume terrestre et citoyens d'un royaume céleste. Ouranopolite et cosmopolite, voilà la destinée à laquelle nous sommes appelés. Ces deux royaumes ne sont plus indépendants l'un de l'autre, ils s'enchevêtrent et c'est par nous qu'ils s'accomplissement.

Que notre citoyenneté du Ciel éclaire notre citoyenneté terrestre. Devenons des ourano-cosmopolites. Bien-aimés dans le Seigneur, Permettez-moi de vous raconter une petite histoire. Pendant une séance de catéchisme, quelques enfants avaient lu et commenté le texte de la traversée de la Mer Rouge. Lorsqu'un de ceux-ci, le petit Bryan rentra chez lui, sa maman lui demanda ce qu'il avait appris. Il lui répondit : « les israéliens s'enfuirent d'Egypte et Pharaon envoya son armée derrière eux. Les israéliens arrivant devant la Mer Rouge, se trouvèrent bloqués car ils ne pouvaient pas la traverser.

Or l'armée égyptienne avançait à grands pas. Moïse voyant cela, contacta par son téléphone mobile l'armée israélienne qui envoya un escadron pour bombarder l'armée égyptienne, pendant que la marine israélienne faisait un pont de fortune, pour permettre aux fuyards de traverser la mer ». La maman fut étonnée par un tel récit. Est-ce vraiment ainsi que ton catéchiste ou ton pasteur t'a raconté l'histoire de Moïse et de la traversée de la Mer Rouge? demanda-t-elle. « Pas tout à fait, admit Bryan, mais si je te l'avais racontée comme lui l'a fait, tu ne m'aurais jamais cru ».

L'enfant de cette histoire avait quelques difficultés à appréhender le mystère de la toute-puissance divine. Il ne pouvait l'envisager qu'en perspective de domination, de maîtrise des événements. Et il est vrai qu'une lecture trop rapide du livre de Daniel pourrait d'ailleurs nous entrainer dans une telle voie. Toutefois, le Christ Roi nous invite à découvrir qu'il en va tout autrement. « Si ma royauté venait de ce monde » nous dit Jésus « j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs ».

Le Christ Roi que certaines Eglises fêtent aujourd’hui n'avait ni garde, ni armée pour se défendre. Sa seule arme était de rendre témoignage à la vérité : une vérité qui s'inscrit dans le cœur de tout être humain, c'est-à-dire une vérité qui se laisse découvrir dans la fragilité et dans la tendresse.

Ces dernières se déclinent au rythme des saisons de nos vies comme un souffle doux, une brise ineffable qui vient de notre âme, passe par le cœur pour rayonner dans les yeux, la voix, les gestes, en fait dans l'être tout entier. La tendresse est une lumière si fine et cependant si forte lorsque nous la recevons. Elle nous illumine de l'intérieur et donne un autre sens à notre vie.

La douceur et la tendresse ne se mendient pas, mais se donnent naturellement sans bruit, dans le silence de regards aimants. Donner de la tendresse, c'est donner un peu de la lumière de son âme. Aimons donc le souffle de cette douceur car il provient du plus profond de nos entrailles pour permettre aux êtres humains de « se tendresser » permettez-moi ce néologisme. « Se tendresser » est un verbe qui se découvre en le vivant. « Toi, mon enfant, susurre Dieu, à chacune et chacun d'entre nous, tu fais partie de mon royaume.

C'est pourquoi, je te tendresse et si tu te laisses tendresser, tu me tendresses également. Nous nous porterons ainsi l'un l'autre dans un amour qui nous étreindra ». Grâce à la douceur de la tendresse, nous assistons à notre mise à la Vie éternelle en nous laissant tout simplement, tout tendrement « tendresser ». C'est pourquoi, nous sommes invités à apprendre à marcher sur le chemin de la vie en rayonnant de cette douceur toute intérieure.

Celle-ci est aux couleurs d'éternité, puisqu'elle prend sa source dans notre cœur, qui ne vieillira jamais tant que nous continuons à désirer, à donner, à partager, à aimer. La royauté de notre cœur est une royauté qui ne sera pas détruite, car il y a en chacun et chacune de nous une force de vie qui nous pousse à nous ouvrir vers celles et ceux de qui nous nous faisons proches.

Aujourd'hui encore, Dieu vient nous redire que la toute-puissance s'exprime dans la douceur, que la gloire se réalise dans le service, que la force s'accomplit dans notre fragilité intérieure, révélée dans un regard offert doucement à l'autre. En effet, notre regard dit quelque chose de ce que nous ressentons, de ce que nous traversons. Il est comme une page qui n'attend qu'à se laisser déchiffrer par celles et ceux qui acceptent de la lire. Il est cette porte d'entrée qui nous conduit à l'essentiel de notre être, là où se trouve le fondement de notre foi.

En nous, il y a comme un socle qui ne peut s'abîmer, se fracasser. Notre foi est cette pierre angulaire qui nous ramène à cette part intouchable malgré notre fragilité qu'elle soit due à la maladie, à la vieillesse, à la mort d'un être cher, aux blessures de l'existence. En chaque créature humaine, il y a ce lieu intérieur qui nous confirme dans notre dignité et ce, qui que nous soyons, quoique nous ayons fait ou subi.

Il y a de l'intact en nous, mieux encore du merveilleux divin. Un merveilleux qui nous invite à rendre témoignage de cette vérité dont la puissance se révèle dans la douceur et dans la tendresse.  

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