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  • Le Messager : Souley ONOHIOLO
  • mardi 26 mai 2020 11:03:00
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Une fois nommé à la fonction de ministre, chaque membre du gouvernement qui transporte dans ses bagages son Dag du village, pense qu'il n'est en sécurité qu'en se séparant de celui laissé par son prédécesseur.

Question à un sou. Quel est le Premier poste de responsabilité que cible, un ministre qui fait son entrée dans le gouvernement, version Renouveau du président de la République Paul Biya ? La réponse est facile, ne demande pas un grand moment de réflexion. Il s'agit du poste de directeur des affaires générales (Dag). Il peut changer d'appellation d'un département ministériel à un autre. Dans cette mue, il est: directeur des ressources financières et du Patrimoine (Drfp) ou directeur des ressources financières (Drfi). Le poste de Dag est le "ventre" du ministre. On ne confie pas son ventre à n'importe qui. Dès leur prise de fonction, 90% de membres du gouvernement commencent à chercher un successeur au Dag qu'ils ont trouvé en place.

Les occupants du poste de Dag sont généralement les plus attentifs à différents remaniements ministériels. Dès qu'il y a un nouveau ministre, chacun commence à faire ses bagages. Le nouveau ministre n'accorde ni répit, ni temps d'observation au Dag. Quel que soit le niveau de docilité, des connaissances, de l'intégrité, de la confiance que le Dag en poste suscite; peu importe la quantité d'efforts et des énergies, c'est des peines inutiles. Le ministre a toujours son Dag dans ses valises. S'il a des connections dans les services du Premier ministre, le séjour de l'ancien dure à peine deux semaines. Les plus chanceux ont un sursis relativement long. Leur départ peut intervenir dans la foulée d'un vaste mouvement de redéploiement du personnel. Dans l'un ou l'autre cas, le Dag est candidat et toujours en mode départ. Même forcé.

Frère ou parent du village

Si par extraordinaire, le Dag trouvé en poste est solidement enraciné dans le sérail, que le Ministre ne parvient à s'endébarrasser, il le garde pour le décor. Celuici est réduit à la contemplation, à l'oisiveté administrative. Officieusement, quelqu'un d'autre accompli ses missions. Ce n'est pas n'importe quel tout-venant qui est promu Dag.

Le casting, sélectif et coriace repose essentiellement sur la famille, la tribu, la région, parfois des sectes. Il faut être le frère, soeur, parent du village, savoir parler la langue du village d'autant plusieurs dossiers peuvent être traités dans la langue du village. Dans les ministères au Cameroun, dès la porte d'entrée, la langue du village, le port vestimentaire, quelques morceaux de civilisation et civilités, renseignent sur la région, la tribu, l'ethnie, l'appartenance du chef de département ministériel.

Si l'oiseau rare en terme de Dag n'est pas de la famille, du village ou de la tribu, on lance les recherches vers les amis d'enfance, les copains, les amis des amis, les coquins dont la parfaite connaissance en matière de deal et des négociations est avérée. En tout état de cause, la proximité ancienne du ministre avec le Dag, est un critère capital.Le ministre n'aime pas être embarrassé. C'est pour des millions mêmes les plus sordides, floues, au-dessus de tout soupçon que le Ministre a besoin d'un Dag qui connaît les différents tuyaux et les combinés.

Certains membres du gouvernement ne s'arrêtent pas au Dag de la tribu, du village. Celui-ci est généralement mis en tandem avec le chef de cabinet aujourd'hui connu sous l'appellation de secrétaire particulier. La gestion, les affaires du ministère sont entre leurs mains. Il existe des ministères où, il faut nécessairement passer par le Dag ou le Sp pour obtenir satisfaction. Parfois mêmes pour des services qui ont suivi l'orthodoxie réglementaire et dont revenus avec la mention de désaccord. Dag et Sp, décantent toutes les situations. Ils maîtrisent les bonnes entrées au ministère des Finances, doivent être en mesure de dealer, écouler les quatre neuf (4,9); une bonne connaissance des services traiteurs, les jongleries avec le carburant. 75% des membres du gouvernement du Renouveau encourageant les parents, les frères de la tribu, les copines, maîtresses, épouses surtout à créer des entreprises écrans, pour devenir des opérateurs économiques d'occasion et de circonstance. Très souvent ce sont des entreprises qui s'effondrent après la disgrâce du frère.

Replis identitaires

Les chants, sons de tambour, tam-tam et balafon, les plaidoyers de conscience à l'effet de sauver l'unité nationale de son délabrement, sa décomposition, sa destruction, sa décrépitude, aucun discours aujourd'hui ne peut empêcher un ministre du Renouveau de chercher sa sécurité sociale, économique et en affaires dans la désignation d'un Dag, un Sp qui soit un frère du village, de la tribu. L'appel à l'unité nationale, ne fait plus fléchir. Il y en a pour qui c'est une simple rhétorique.

La réalité est devenue impitoyable et exacerbant. Les membres du gouvernement, les directeurs généraux… Une fois qu'on est nommé à une haute fonction dans l'administration camerounaise, on se sent comme obligé de transporter tous les membres de sa famille, sa tribu, sa région et ses origines. De jour en jour, l'unité nationale est plombée. Elle est infectée, laisse traverser trop de trous d'air de tribalisme et des replis identitaires. Fait grave, lorsqu'il y en a qui tentent de déroger à la règle d'avoir, enfant, ami de confiance ou parent du village à ses côtés , le village crie à la sorcellerie.

On organise des scènes d'exorcisme, de maraboutisme et des incantations. Le village lance des fétiches de désenvoutement et de délivrance à l'effet de sauver le frère qui s'égare. Pour le membre du gouvernement qui veut être caractériel. Il y a toujours un membre de la famille, du village, de la tribu, qui sera désigné pour chanter le refrain. « Tu veux dire que tu peux faire jusqu'à dépasser qui? Le village compte sur toi ».

Le camerounais se plaint, crie à l'injustice aux travers d’effets pervers et dérives de l'unité nationale quand il est acculé. Tant qu'on en tire des dividendes, les prébendes et les bénéfices, au désavantage des autres, l'enfer reste l'affaire des autres.

26mai
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