CAMEROUN :: Retraités : qu’ont-ils fait au bon Dieu ? :: CAMEROON
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CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • Le Jour : Patrice Etoundi Mballa
  • samedi 13 juillet 2019 17:43:00
  • 3446

CAMEROUN :: Retraités : qu’ont-ils fait au bon Dieu ? :: CAMEROON

Le Cameroun actuel n’est pas le pays africain où l’augmentation des salaires des travailleurs, en général, et des fonctionnaires, en particulier, est, pour les princes qui nous gouvernent, une préoccupation particulière. C’est étonnant que, dans ce pays où la contestation est devenue quotidienne, presque personne n’en parle.

Dix ans, vingt ans même, les travailleurs n’ont plus besoin de jeter un coup d’œil à leur bulletin pour savoir, à un franc près, ce qu’ils gagnent et qu’ils ont toujours gagné… Par pudeur, nous n’osons inviter ceux de nos grands manitous qui sont en charge de nos activités économiques internes à se pencher sur notre passé commun, pour comparer les prix
d’achat des denrées courantes que l’on pratique aujourd’hui, avec ceux qui avaient cours, il y a vingt ans, concernant les mêmes denrées. Pas besoin d’aller se perdre dans de grosses entités.

Le seul bâton de manioc est un bon repère, pour laisser voir le fossé de plus en plus profond qui s'est creusé entre le pouvoir d’achat de la plupart de nos compatriotes et le coût actuel de la vie. Eh bien, en l’an 2OOO, au marché de Mvog-Mby et, sûrement dans les autres marchés de vivres de la ville, le bâton de manioc coûtait 25 francs ; celui
que l’on estimait plus long et mieux tassé se négociait à 5O francs. D’ailleurs, peu de clients se laissaient convaincre facilement pour acheter les « 5O francs » en question.

Mais, aujourd’hui, quel que soit le marché de vivres que vous voudrez pendre, le bâton de manioc coûte entre 1OO et 15O francs. A laisser ou à prendre ; car, à ce niveau, tout
marchandage prolongé est considéré comme une ruse ou une mauvaise foi… Certes, les prix n’ont pas connu le même envol partout ; néanmoins, en nous situant dans le même espace de temps, le prix du poisson, celui du maquereau notamment, a quand même… quintuplé, lui aussi. Et ce n’est pas fini. Qui sait ? Peut-être, dès l’année prochaine, le prix de tout genre de bière sera-til, de son côté, de 1OOO francs la bouteille.

Toutefois, même si le malheur est commun, le sort des retraités demeure plus préoccupant encore. Qu’ont-ils bien pu faire au Bon Dieu ?...

Depuis près de cinquante ans, pas sûr qu’il soit venu, une seule fois, à l’esprit de nos grands dirigeants, l’idée d’augmenter de cinq francs seulement les pensions de ces damnés de la terre, qui ont eu la malchance d’investir la Fonction Publique, au lendemain de l’Indépendance. Les soins de santé s’améliorant et étant de plus en plus disponibles, le nombre de retraités augmente forcément ; car, ceux qui vont à la retraite aujourd’hui retrouvent en vie, en nombre non négligeable, ceux qui y sont allés,
il y a deux décennies.

Conséquence logique : d’anciens salariés de l’Etat, âgés de quatre-vingt ans, doivent former aujourd’hui une population de plusieurs dizaines de milliers d’individus. Ils ont
quelques représentants au Sénat et à l’Assemblée Nationale. Tant mieux ! Mais, c’est une très infime minorité. La plupart de nos vieillards broient la misère. Parce que notre société est ainsi faite, les fils, qui n’ont pas d’emploi, et les petits-fils qui vont encore à l’école, habitent tous la même vieille maison, dont le vieillard retraité continue de s’acquitter des frais d’eau et d’électricité, sans s’oublier, bien entendu, d’assurer, au coût d’aujourd’hui, la ration pour tout le monde.

Les Pouvoirs Publics connaissent toutes ces Fourches Caudines. Nous avons beau remuer nos souvenirs, pourtant riches et épais, nous ne découvrons pas un seul geste
secourable, venant d’en haut, qui puisse donner à ces vieillards l’illusion qu’ils continuent, eux aussi, d’être comptés parmi les individus vivants qui composent le peuple de ce pays.

Les 1OOO francs avec lesquels, par jour, ils nourrissaient jadis toute la famille ne permettent plus aux petits-fils, au nombre de trois seulement, d’aller à l’école et d’en revenir, en taxi… Bon ! Ne soyons pas si ingrat envers nos Pouvoirs Publics : ils pensent toujours aux retraités, quand ils leur demandent de s’inscrire sur des listes électorales et d’aller voter. Massivement !…

13juil.
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