Culte de la personnalité au Cameroun : Paul Biya n’est pas un Messie, mais un agent public rémunéré :: CAMEROON
Culte de la personnalité au Cameroun : Paul Biya n’est pas un Messie, mais un agent public rémunéré :: CAMEROON
 
CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • Intégration : Dieudonné Essomba
  • jeudi 23 mai 2019 00:14:00
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Culte de la personnalité au Cameroun : Paul Biya n’est pas un Messie, mais un agent public rémunéré :: CAMEROON

Sous quelque forme que ce soit, un chef d’État ne saurait s’assimiler à un Messie ou à une divinité dispensatrice des bienfaits de manière magique.

C’est un agent public, qui occupe un poste dans l’État, avec des missions précises, et notamment, celle de coordonner la gestion des 4500 milliards du budget pour résoudre les problèmes du Cameroun. C’est un argent qui appartient à tous les Camerounais, dans les mêmes termes, et personne ne peut s’en approprier ou prétendre y avoir un droit particulier. Et c’est simplement pour des raisons d’ordre, de discipline et d’efficacité qu’on le confie à des agents publics, dont le chef de l’État est le patron.

Ce n’est pas un sacerdoce ! Car tous ces agents publics sont tous payés ! Le Président, qui en est le chef, par exemple habite une immense bâtisse appelée Palais présidentiel, qu’il ne loue pas. Il bénéficie gratuitement de l’électricité, de l’eau, du téléphone, des voitures, du carburant, etc. Il se soigne partout dans le monde entier et ses enfants vont dans des écoles de luxe. Il jouit d’une sécurité absolue, des honneurs multiples, et son entourage profite de tous les privilèges. Il ne fait donc pas son travail pour rien, mais contre des avantages bien réels.

Un Président qui utilise les ressources, non pas pour l’intérêt du pays, mais pour sa propre promotion est un usurpateur du titre de Messie. La population qui le remercie et assimile le Président à un sauveur commet un acte de paganisme. C’est pour cette raison qu’on ne critique jamais un chef d’État parce qu’on n’a pas d’autoroutes, d’écoles ou des barrages. On ne le critique pas par rapport aux autres pays. On le critique par rapport à la confection du budget et la manière dont il l’utilise. Ne demandez jamais à un chef d’État une autoroute qui n’a jamais été inscrite dans le budget, car sa mission n’est pas de venir offrir des infrastructures par des moyens magiques ! Assurez-vous que l’autoroute a été budgétisée et qu’il ne l’a pas réalisée ! Car sa mission n’est pas de construire les autoroutes par des moyens mystérieux, elle est d’utiliser l’argent mis à sa disposition pour réaliser ce qui est possible et qu’il a promis dans un document appelé budget !

Demandez-lui comment il compte utiliser le budget, et réclamez qu’il réalise le budget tel qu’il l’a présenté. Si vous faites le contraire, vous êtes de mauvais citoyens. Et c’est ici que le principe fédéral va jouer un rôle décisif dans notre contexte. En effet, la configuration de notre budget se présente grosso modo ainsi qu’il suit :

  • 50 % viennent des recettes fiscales, dont 85 % sont payés par des multinationales, le privé local. L’État n’y contribue qu’à hauteur de 15 % ;
  • 25 % viennent des recettes douanières ;
  • 25 % viennent des recettes pétrolières.

Comme on le voit, la contribution directe des acteurs économiques nationaux sur le budget de l’État est très faible, et ne met pas le peuple en position de force pour négocier avec le pouvoir. L’État peut ainsi s’appuyer sur des collusions avec les multinationales pour le contrôle des impôts et du pétrole. Il peut aussi compter sur sa bureaucratie pour la douane, et fonctionner indépendamment de la volonté du peuple. C’est un problème fondamental en Afrique noire, car le contrôle unipolaire d’une telle cagnotte encourage aux attitudes messianistes, à la dictature et aux réseaux du pouvoir.

La bonne solution consiste donc à segmenter l’État en 4 niveaux différents, chacun spécialisé dans des services publics spécifiques :

1. L’État fédéral pour des missions stratégiques, de coordination ou d’importance nationale (autoroutes, barrages, chemins de fer), et qui gère 50 % des recettes publiques ;

2. Les États régionaux, qui s’occupent des missions régaliennes de niveau régional (routes, électrification, universités), et qui se partagent 30 % de la cagnotte ;

3. Les cantons qui s’occupent du secteur social (Enseignement primaire et secondaire, Santé publique, Développement urbain, etc.) et qui gèrent 15 % ;

4. Les communes, qui sont des structures de proximité et s’occupent du développement communautaire, se partagent collectivement 5 %.

Chaque fois qu’un sou entre dans le Trésor fédéral, il est instantanément partagé sur ce modèle et chaque segment étatique prend sa part. Chaque niveau assure sa responsabilité, avec ses responsables élus. La mauvaise gestion n’est pas constatée par la hiérarchie, mais par les structures de contrôle du segment qui portent directement plainte auprès d’un Tribunal fédéral. Ce dernier est le seul chargé de contrôler et de sanctionner les gestionnaires de chaque segment.

Il faut mettre fin à un modèle d’État qui « messianise » les dirigeants et les fait passer pour des divinités magiques, à qui le peuple mendie tout, alors qu’ils ne font que gérer l’argent collectif.

23mai
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