Cameroun, Enquêtes: Ces grands enfants qui retournent après les études vivrent chez leurs parents :: CAMEROON
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CAMEROUN :: SOCIETE
  • Camer.be : Yolande Tankeu
  • samedi 05 janvier 2019 15:14:00
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Cameroun, Enquêtes: Ces grands enfants qui retournent après les études vivrent chez leurs parents :: CAMEROON

Au Cameroun, de plus en plus de jeunes retournent vivre chez leurs parents. Enquête sur un phénomène qui s'abreuve à de divers facteurs.

On connaissait au Cameroun dans les années 60 et 70 les enfants gâtés, ces éternels adolescents qui, à la fin des études secondaires ou universitaires s'installaient au domicile
familial. Ces derniers étaient des enfants à papa ou à maman car, ils revenaient au domicile familial soit pour épauler leurs géniteurs dans leurs activités lucratives, soit pour attendre la période de succession

Au début des années 80, une nouvelle génération a vue le jour. Une vague de grands enfants à qui l’on pensait avoir fourni toutes les armes pour se débrouiller dans la vie… jusqu’à ce qu’ils reviennent à la maison avec leurs valises, même des années plus tard.

Mais qu’est-ce qui pousse ces enfants à retourner en famille? Ce sont de prime abord des facteurs économiques. En cause, pas d'emploi, des difficultés financières et aussi des facteurs sociaux tels un divorce, un échec personnel , etc.

Le phénomène est en forte augmentation au Cameroun. Il s’observe en ville, en campagne et concerne la quasi totalité des famille à revenue modeste ou pauvre

Très souvent en famille, les rapports s'enveniment, comme en témoigne Bernadette, contrainte de réintégrer sa chambre d’adolescente à 30 ans après l'obtention de son Master II en gestion à l'université de Douala . "Avec mon père, les relations étaient si tendues que j’ai fui dès que j’ai pu. Tout le temps, il me demande quand est ce que je dois me marier. Difficile de trouver un mari quand on ne travaille pas et vis versa»

Dans l’autre sens aussi, la qualité de vie des parents peut en souffrir, comme le raconte Massa Jean, 66 ans, ancien inspecteur de police, aujourd'hui en retraite à propos du
retour de son fils Dominique à 28 ans. «Il est resté deux ans. L’enfer! Il n’a pas cessé de dire que j’étais vieux et dépassé, comme s'il ne supportait pas ma vie de retraité.»

Mami Pauline, 64 ans, se plaint également de son fils qui, depuis qu’il est revenu chez elle, «vide la cuisine sans rien racheter, ramène des filles et nous donne des grandes leçons de vie».

Mami Pauline, ne peut rêver plus tendre complicité son fils de 29 ans. Ils s’appellent tous les jours, et pas une semaine ne passe sans qu’elle ne voit son fils. Hélas, les rapports se sont crispés en septembre dernier, quand son fils a déboulé avec toutes ses valises, à la suite d’une rupture.

Pire, il ne s'occupe de rien à la maison, alors qu’il a toujours été très autonome. " Je me suis retrouvée avec un mon fils devenu rebelle! Après avoir été chassé de son ménage
il est venu décharger sa colère chez moi. Je n’osais même plus inviter mes copines tellement il mettait une ambiance exécrable" affirme t-elle

Sauf que Mami Pauline a des doutes. Il y a six ans, elle avait déjà hébergé sa cadette de 30 ans, avec l’amoureux de celle-ci. Le couple s’était incrusté deux ans dans la maison, le temps de mettre un bébé en route et de trouver alors un appartement. «L’ambiance était meilleure, mais ils ne m’aidaient pas beaucoup non plus. Cette génération est bizarre, s’étonne la mère. Dans ma jeunesse, on faisait tout pour quitter nos parents le plus vite possible. Mais eux trouvent n’importe quel prétexte pour revenir…»

Dans la culture bantoue en Afrique, "Voir revenir ses enfants est vécu comme un échec car, les parents paient les études des enfants pour qu'ils se débrouillent une fois les études terminées" nous confie le sociologue Foe Anatole

Au Cameroun, aucune étude rendue publique ne parle de ce phénomène d'enfants qui retournent vivre chez les parents à la fin de leurs études .Néanmoins ,le constat est clair dans les ménages, nous confie notre sociologue.

Ebobisse, 40 ans « j’ai honte chaque fois que des amis me disent : encore sous le toit familial à ton âge, comment est-ce possible ? Certains vont même jusqu’à me dire que c’est une solution de facilité, qu’il faut se jeter dans la jungle et se battre. Mais mes faibles revenus m’empêchent de louer tout seul et je n’ai pas trouvé une femme assez riche pour partager avec moi les frais d’un foyer. Je suis tout de même heureux comme ça, car je profite de tous mes revenus et j’essaye de vivre, ce que je ne pourrais jamais faire si je ne vivais pas chez mes parents ».

L'on évoque aussi la situation de précarité des jeunes pour expliquer ce phénomène

Pour lesociologue Foe Anatole cité plus haut, « Beaucoup de jeunes ayant fait de longues études réalisent, en sortant de l’université, qu’ils ne parviennent pas à trouver de travail. Or, étant donné qu’ils pensent que le monde est le même que celui des années 70, ils décident de continuer à se former et s’inscrivent à un master voire deux masters , s’inscriventmême dans les cycles des études doctorales »

Quelles en sont les conséquences? À environ trente ans, plusieurs d'entre eux continuent donc à vivre sous le même toit que les parents.

Plusieurs jeunes cherchent leurs toujours ses marques sous l'œil d'une kyrielle de maux qui la minent. Dans certaine de nos villes et même des campagnes, plusieurs jeunes désœuvrés sont obligés de retourner en famille ou même quitter le Cameroun affirme Jean Paul Eloumou, enseignant de philosophie.

Combien sont ces jeunes qui rêvent seulement partir pour des cieux nouveaux parce qu’ils n'y croient plus en l’avenir dans notre pays ?

Ils sont nombreux qui, repoussés en famille n’ont plus qu’une alternative : Subir ou s’exiler dans un pays pour ceux qui peuvent aux risques et périls de leur vie, où ils peuvent retrouver la liberté, la dignité humaine qu’ils ont perdu dans leur propre pays où ils deviennent des étrangers.

Aujourd’hui des milliers de ces jeunes immigrés se trouvent par exemple en Europe en prise entre deux feux. D’une part les horreurs qui les attendent dans leurs pays respectifs en cas d’expulsion, d’autre part la traque dont-ils font l’objet devant les polices des frontières ou de l’immigration. Que dire de ceux qui quittent le Cameroun pour trouver asile ailleurs, qui sont rapatriés à cause de leurs situations administratives et qui retournent vivrent au pays chez les parents ?

Ce phénomène d’enfants qui retournent après les études ou des échecs divers vivrent chez leurs parents bouleverse les structures familiales et le métier parental, qui consiste notamment à rendre les enfants autonomes et adultes, nuit à l’épanouissement aussi bien de ces grands enfants que des parents.

05janv.
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