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LIBÉRIA :: Georges Weah: L'espoir des damnés de la terre   :: LIBERIA
LIBÉRIA :: POLITIQUE
  • Correspondance : Olivier Tchouaffe, PhD, Porte-parole Du CL2P
  • mardi 02 janvier 2018 14:07:43
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LIBÉRIA :: Georges Weah: L'espoir des damnés de la terre :: LIBERIA

La victoire de Georges Weah au Liberia est l’aboutissement d’une histoire extraordinaire, touchante et inspirante pour une génération d’Africains: Weah a grandi à Clara Town, une banlieue pauvre de Monrovia avant de devenir le footballeur Africain le plus célèbre de sa génération et un point d’orgueil pour toute l’Afrique comme l’avait affirmé Nelson Mandela. Nombreux sont les Africains qui se sont appropriés ce conte de fées qui leur donne espoir. En effet Weah a brisé toutes les barrières entre l’élite pathologique et incompétente de l’Afrique et le reste des sociétés Africaines. Cependant, aussi inspirant soient-ils, les rêves d’égalité et de justice sociale de l’Africain moyen ne seront guère accomplis simplement parce que Weah a été élu, même si il restera comme un instrument puissant dans la réalisation de l’égalité juridique contre une longue histoire de préjugés et d’abus incompréhensibles, il n’en reste pas moins que son accession à la magistrature suprême aujourd’hui n’est en rien une petite réussite.

En fait, la victoire de Weah coïncide avec la puissante contribution d’Achille Mbembe dans Le Monde intitulé «Le lumpen-radicalisme et autres maladies de la tyrannie» http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/12/28/le-lumpen-radicalisme-et-autres-maladies-de-latyrannie_5235406_3212.html#9bGFv8fifEI48jzF.99

Dans cet article, Mbembe définit le type d’éducation politique que les Africains doivent posséder avant de s’engager sur la voie d’une véritable société des égaux. Ce faisant, il complique la notion des damnés de la Terre de Frantz Fanon en commençant par s’attaquer à un grand tabou de la gauche qui est la romantisation condescendante des pauvres. Au lieu de cela, Mbembe souligne que même les pauvres sont sujet à l’auto-illusion, au cynisme, et à la perversité humaine. Par conséquent, les pauvres peuvent être aussi superficiels, matérialistes, culturellement insipides et historiquement ignorants que leurs propres élites. Ainsi le «lumpen radicalisme» se lit comme le coût énorme que les Africains ordinaires doivent payer pour la faillite spectaculaire des politiques de développement, de la modernité importée, d’ajustement structurel du FMI et de la banque mondiale sur le continent. Pire encore, la privatisation de l’État et des machines de guerre puis l’institutionnalisation de la «nécropolitique» où seuls les sociopathes et les psychopathes atteignent le sommet de la pyramide sociale et où aucune forme de compassion n’existe.

De même, les sociétés nécropolitiques sont contrôlées et dominées par une classe de sociopathes et de psychopathes qui croient qu’ils sont supérieurs et les imprègnent de leur idéologie réactionnaire, identitaire, et inhumaine Ce faisant, ces sociétés sont essentiellement basées sur la servitude et l’exploitation qui dictent des identités binaires tels que l’opposition et le pouvoir (voulu ici éternel), l’oppresseur et l’opprimé, l’anglophone et le francophone etc…

De plus, la manipulation du désir où la puissance phallique est emblématique de la privatisation du pouvoir et d’une culture de la brutalité, puis de la banalisation de l’humiliation. Mbembe soutient que « typique de cette approche est aussi la conviction que le vainqueur a toujours raison et que dans toute lutte ou confrontation, peu importe les moyens, seul le résultat compte». À tout cela s’ajoute: une conception anti-égalitaire (un grand n’est pas un petit), un virilisme, et un hypermasculinisme exacerbés, dont les références constantes aux organes génitaux masculins et le dénigrement des attributs féminins supposés constituent la lame de fond, avec une identification systématique de la femme à la prostituée. »

Mbembe d’ajouter “Il s’agit donc d’une violence sans projet politique, que l’on a vu à l’œuvre lors des guerres en Sierra Leone et au Liberia, et auparavant en Ethiopie. Elle est à l’œuvre dans le couloir qui s’étend du Sahel et du Sahara à la mer Rouge. Sous sa forme prédatrice, elle est également à l’œuvre dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC).

Mbembe continue en citant son mentor Jean-Marc Ela pour compliquer encore plus la notion chrétienne de «Aime ton prochain comme toi-même». En effet, cet amour et ce désir du prochain ne doivent pas être tenus pour acquis. Aimer votre prochain ne signifie pas que vous ne devez pas être critique quand le besoin se font sentir. En pratique, cela signifie ne pas laisser le plus petit dénominateur commun devenir la nouvelle norme pour toute la communauté. C’est le genre de bon sens qui doit résister à toutes les formes de romantisation.

Mister George Président!

Tout ceci nous invite d’urgence à ne pas nous arrêter uniquement à la carrière footballistique exceptionnelle de cet ancien attaquant de talent qu’est Georges Weah.

En effet tout joueur de football qu’il était dans les clubs les plus prestigieux du monde, George Weah ne s’est jamais réellement coupé de ses racines populaires de Monrovia, et a su entretenir la flamme d’une reconstruction et réconciliation possibles au sein d’un peuple plongé des décennies durant dans une guerre civile d’une rare violence.

La tache c’est vrai – au regard notamment des attentes placées en lui depuis toutes ces années d’action politique – est immense. Elle mériterait néanmoins d’être aidée, ne serait-ce que pour soutenir le triomphe de la légitimité par les urnes transparentes, sur un continent en proie à toutes les formes diverses et variées de confiscations du pouvoir.

Le CL2P voit dans la victoire de Weah, une victoire pour la bataille sur l’égalité légale formelle, d’une manière qui rend les préjugés et abus qui prévalaient il y a juste une génération presque incompréhensibles aujourd’hui. De plus, une victoire contre la mentalité de la plupart des dirigeants africains qui se cramponnent au pouvoir en affichant leur immortalité obscène sans aucune soit-disante magnanimité, même après des décennies au pouvoir sans partage.

02janv.
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