Chantal Biya étrillée dans une lettre ouverte : «Le Cameroun n'est pas un décor »
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Chantal Biya étrillée dans une lettre ouverte : «Le Cameroun n'est pas un décor » :: CAMEROON

Une Camerounaise établie en France a brisé le silence. Agnes Delaruelle a publié une lettre ouverte adressée à la Première Dame Chantal Biya. Le texte, d'une rare virulence, dénonce "l'extravagance du paraître" face à la souffrance des Camerounais. Elle accuse l'épouse du chef de l'État d'avoir transformé sa fonction en "simple hangar".

Une lettre ouverte qui secoue la société camerounaise

Le document a été diffusé le lendemain du 8 mars 2026. Agnes Delaruelle, citoyenne camerounaise résidant en France, y exprime une "exigence de vérité". Elle dit porter la voix de "milliers de Camerounais" qui subissent en silence ce qu'elle nomme une "décrépitude morale". La lettre, intégralement publiée sur les réseaux sociaux, a été largement relayée par la diaspora.

L'auteure affirme avoir attendu le 9 mars pour écrire, espérant un geste de la Première Dame lors de la journée du 8 mars. Elle déplore que "le silence et l'indifférence l'aient emporté". La fonction de Première Dame est au cœur de sa critique : elle devrait être, selon elle, "un miroir de la noblesse pour la jeune femme".

L'analyse d'une colère qui couvait depuis des années

Les causes de cette charge sont multiples. Agnes Delaruelle pointe d'abord un contraste insoutenable entre l'opulence affichée et la précarité vécue par la population. Elle évoque des "mères qui enterrent leurs enfants dans l'ombre" pendant que l'apparat officiel déploie ses fastes.

L'absence de réaction face aux drames sociaux est un autre déclencheur. L'auteure cite le cas d'une mère ayant commis l'irréparable sur ses enfants à Nkolbisson, sans que cela ne suscite "la moindre réforme de fond". Le silence de la Première Dame sur ces "dysfonctionnements" est présenté comme une faute morale partagée.

Le décryptage d'une fonction vidée de sa substance

La lettre décortique les mécanismes par lesquels la fonction de Première Dame aurait été dénaturée. Elle dénonce une "mise en scène permanente" et une "théâtralité vide de sens". L'institution serait devenue un "hangar", un "lieu de stockage pour parures et privilèges".

Un épisode particulier est rappelé : la réception au Palais de l'Unité en 2018 d'"influenceuses de la diaspora". Agnes Delaruelle qualifie cette réception de "profanation" et accuse la Première Dame d'avoir offert comme modèles aux jeunes filles des "icônes du vide". Le Palais de l'Unité, "maison commune" des Camerounais, aurait été transformé en "théâtre du scandale".

Le ministère de la Promotion de la Femme dans le viseur

La critique s'étend au Minproff, le ministère de tutelle de la Première Dame. L'auteure le décrit comme une "coquille vide". Les budgets alloués à l'institution serviraient davantage à gérer "la logistique de votre image à travers le business des pagnes" qu'à protéger les femmes.

Les associations, comme les Bayam Selam, auraient boycotté les célébrations officielles du 8 mars, refusant de "cautionner une mascarade". Agnes Delaruelle estime que le silence de la Première Dame sur ces dérives engage sa responsabilité directe.

Les conséquences d'un malaise profond

À court terme, cette lettre ouverte cristallise le mécontentement d'une partie de la société camerounaise. Elle pourrait amplifier les critiques sur le train de vie de la présidence, dans un contexte économique tendu. Le débat sur le rôle de la Première Dame et l'usage des deniers publics est relancé.

À long terme, le texte pose une question plus fondamentale sur l'incarnation du pouvoir et la relation entre les élites et le peuple. Agnes Delaruelle appelle la Première Dame à "laisser la place à une nouvelle espérance", estimant que "la noblesse commanderait aujourd'hui de ne plus encombrer l'avenir d'un peuple".

Une Première Dame peut-elle rester hors de portée des critiques de son peuple ?

Alors que la lettre continue de circuler sur les réseaux et dans la diaspora, une question demeure : cette charge sans précédent restera-t-elle sans réponse officielle, ou marquera-t-elle un tournant dans la perception du rôle de la Première Dame au Cameroun ?

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