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CAMEROUN :: AMINATOU AHIDJO : « J’ai vécu la souffrance de la discorde, je souhaite porter l’image de la concorde » :: CAMEROON
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  • Source : The Spark
  • vendredi 08 juillet 2016 02:00:45
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CAMEROUN :: AMINATOU AHIDJO : « J’ai vécu la souffrance de la discorde, je souhaite porter l’image de la concorde » :: CAMEROON

Très peu vendaient cher la peau de la benjamine des Ahidjo lorsqu’arpentant les marches du Palais des Congrès en 2013, elle s’engageait en politique. On suspectait son opportunisme, raillait son inexpérience et surtout, se gaussait de la naïveté d’une fille qui, n’ayant connu le Cameroun qu’à travers les journaux, se méprenait du sphinx nommé Paul BIYA. Son ascension politique dément tous les pronostics. Un certain sang coule bien dans ses veines.

Aminatou AHIDJO est née à Yaoundé un 19 Février 1966. Ce soir-là, à l’Hôpital Central, la Sage-femme de service s’appelait … Jeanne Irène BIYA. Son enfance est celle de tous les jeunes de son âge. Son père, tout Président de la République qu’il est, met un point d’honneur à ce que ses enfants fassent leurs études au Cameroun, tout à fait simplement. De l’Ecole du Centre administratif qu’elle fréquente de 1970 à 1975, elle garde l’image des grands arbres qui rafraichissaient la cour de récréation et la complaisance de certains maîtres qui s’amusaient à lui accorder des privilèges exorbitants.

Du Lycée Général Leclerc, le souvenir des diplômes qu’elle engrange, dont le plus prestigieux, le baccalauréat, obtenu en 1982. Elle n’a alors que 16 ans et s’envole avec sa mère et ses soeurs pour la France où son père est en hospitalisation. Quelques mois plus tard, le 06 novembre, le Président AHIDJO démissionne. Les vacances se transforment vite en « exil », puisqu’Aminatou ne remettra plus les pieds au Cameroun, rompant ainsi, brutalement, avec ses amitiés et sa famille.

Puis, patatras, en 1983, tout bascule. On connait l’histoire. Dans ce contexte, les parents de la jeune fille pensent prioritairement à sécuriser leur progéniture. Les déplacements sont fréquents, souvent improvisés. Grace au système des unités de valeur déjà en vigueur dans certaines universités occidentales, Aminatou fait feu de tout bois. Université Catholique de Fribourg en Suisse, Ecole des Hautes Etudes des Relations Internationales de Paris en France. Etudes juridiques d’abord, puis de communication, relations internationales, sociologie, science politique, etc, des formations qu’elle n’achève pas toutes mais qui sont généralement encadrées par des enseignants de haut vol.

De ceux-ci, un certain Philippe DECRAENE, directeur de son mémoire intitulé « l’expérience de la cohabitation au Sénégal ». Elle s’installe dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest. Au décès de son père, la famille est sous l’aile d’Abdou DIOUF, président de la République. Aminatou s’essaie alors au journalisme pendant trois ans au quotidien Gouvernemental « Le Soleil ». Puis, à la communication politique lorsqu’elle crée la société ABACOM qui deviendra CHRYSALIDE en 1999. Elle s’aventure même dans l’aménagement des espaces et monte le projet « les Perles de Corail » qui vise à créer près de Cotonou au Bénin un complexe hôtelier et touristique novateur.

Durant tous ces moments, son pays lui manque. Ne sachant que faire, elle tente toutes les pistes, écrit au président de la République, qui lui répond en prenant soin, détail important, de rédiger une phrase de sa propre main. Mais des années passent et Aminatou se laisse aller à la déprime, surtout qu’aucun Conseiller du Président ne semble la prendre au sérieux. Elle s’approche de l’ambassadeur du Cameroun au Sénégal. Celui-ci marque un certain intérêt à sa démarche, sans plus.

Mais, le destin est souvent fait de petits destins. Il se trouve que dans le cadre de la mise en oeuvre des dispositions relatives au droit de vote des Camerounais résidant à l’étranger, un fonctionnaire, ancien sous-préfet, est mis en mission à DAKAR au SENEGAL, en vue de l’encadrement technique de la représentation diplomatique et des électeurs de la diaspora à l’occasion de l’élection présidentielle du 09 Octobre 2011. Il y séjourne du 03 au 17 Octobre 2011.

« Constitution et chicane »

Le 09 Octobre 2011, à l’occasion de la réception offerte à l’Ambassade après le dépouillement du scrutin, celui-ci échange avec Aminatou AHIDJO, qui, au prononcé de son nom, se souvient de lui. Car dans le cadre de la défense de la réforme constitutionnelle de 2008 et, donc, de la rééligibilité du président Paul BIYA, ce haut fonctionnaire a publié une contribution doctrinale intitulée « Constitution et chicane », texte d’une rare pertinence qui, dans le milieu universitaire et politique, avait fait grand bruit. Comme par hasard, du Sénégal où elle se trouvait, Aminatou AHIDJO l’avait lu. Mise en confiance, notamment par le fait que le fonctionnaire en mission avait autrefois exercé des fonctions préfectorales dans le Grand Nord, Aminatou a cru devoir lui faire part de ses préoccupations.

Revenu au pays, notre Administrateur en saisit un Conseiller Spécial du Président de la République. Ce dernier insiste pour qu’elle soit convaincue de la main tendue du Président de la République. Le fonctionnaire repart au Sénégal. AHIDJO pose la condition d’aller au Bénin rencontré l’ex-Président ZINSOU, ami du feu Président Ahmadou AHIDJO, pour solliciter ses conseils. Le fonctionnaire se plie à ses exigences, mais reste à Dakar. Quelques jours plus tard, Aminatou arrive discrètement au Cameroun. Avec un passeport sénégalais. Nous sommes en 2012. Rapidement, on lui établit des papiers camerounais. Elle est prise en charge. Progressivement, elle subodore que le Chef de l’Etat pourrait la nommer au service de la patrie, mais, sans précision sur la nature de la mission.

La période de ces échanges coïncidant avec l’attente des nominations au SENAT, l’idée de faire partie des trente personnalités désignées par le Chef de l’Etat lui effleure l’esprit. C’est ainsi que, sollicité, notre fonctionnaire entreprend de la préparer à cette échéance à travers des cours de droit constitutionnel, d’organisation administrative et de communication (interviews calibrées à apprendre par coeur). Constatant l’insuffisance de son ancrage social, il porte également les efforts à la promener discrètement, non seulement dans la ville de YAOUNDE, mais aussi à OBALA, OMBESSA, DOUALA, BAFOUSSAM, MBOUDA et BAMENDA, l’objectif ici étant de la « tropicaliser ».

Le désir de servir son pays

Le 08 Mai 2013, le Décret portant nomination des Sénateurs n’ayant pas porté son nom, Aminatou AHIDJO entre dans la déprime, surtout lorsqu’elle reçoit un coup de fil moqueur qu’elle attribue à son frère Mohamadou. Le fonctionnaire lui rappelle vite que le service de la patrie ne se réduit pas à l’exercice d’une responsabilité publique. Aussi lui suggère-t-il de soutenir les candidats du RDPC aux élections législatives et municipales du 30 Septembre 2013.

Cette option posait le problème de son adhésion au RDPC, idée qui la rebutait au départ, parce que, bien que fortement désireuse de soutenir le Chef de l’Etat, Aminatou n’est pas politicienne, au sens partisan. Après avoir réussi à l’en convaincre, le fonctionnaire obtient de PEMHA Oscar, un responsable politique basé à Garoua de lui faire établir la carte du parti dans ce que l’on pourrait appeler le village natal de son père, NYAKIRA. Entretemps il crée une équipe de soutien et rédige les Termes de Références du projet le 22 Juillet 2013.

L’originalité de celui-ci est qu’il s’agit, plus qu’une simple campagne électorale, d’apporter un regard généreux sur la politique et provoquer un électrochoc au sein de la société camerounaise en mettant en exergue, contrairement à une certaine opinion, la réalité de la concorde nationale et l’image d’une nation rassemblée pour émerger. Aminatou engage alors par Garoua, le 16 septembre 2013 une grande campagne de mobilisation, focalisant tous ses messages sur les qualités du Président Paul BIYA, la concorde nationale, le rassemblement, les atouts du RDPC et l’avenir.

08juil.
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