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© Camer.be : Paul Moutila
- 25 Jul 2026 17:12:12
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Cameroun - Capitaine Effoudou : « Ngoh Ngoh voulait un coup d'État »
SOUS-TITRE JOURNALISTIQUE
Trois ans de silence, vingt-sept minutes d'accusations explosives, et une promesse de révéler le nom du commanditaire de l'assassinat de Martinez Zogo. L'ex-officier des renseignements Effoudou Awussi Kenneth Romuald a brisé l'omerta. La riposte du CNCEC ne s'est pas fait attendre.
Effoudou Awussi Kenneth Romuald (dit Donald Effoudou), ancien capitaine de l'armée camerounaise, chef du bureau des renseignements à l'État-major particulier du président Paul Biya. Il a accordé une interview choc de 27 minutes au journaliste Morgan Palmer, dans l'émission « Masterclass », où il accuse le ministre d'État Ferdinand Ngoh Ngoh de tentative de coup d'État et de contrôle d'un système criminel. Le 24 juillet 2026, après trois ans d'exil en Europe. Depuis son exil européen, par vidéo. Il affirme avoir fui le Cameroun pour sauver sa vie après avoir dénoncé un projet de coup d'État.
Il était au cœur du dispositif sécuritaire du président Paul Biya. Il avait accès aux informations les plus sensibles du régime. Et aujourd'hui, depuis l'exil, il accuse le deuxième homme de l'État de préparer un coup d'État avec un légionnaire français. Le Cameroun est-il au bord d'une crise institutionnelle ?
Effoudou Awussi, l'officier au cœur du système
Avant sa radiation de l'armée camerounaise le 13 mars 2024, le capitaine Effoudou Awussi Kenneth Romuald occupait des fonctions sensibles : il était chef du bureau d'enquête et de renseignement à l'État-major particulier du président Paul Biya. Un poste qui lui donnait accès aux informations les plus confidentielles du régime.
Recherché par les autorités camerounaises depuis 2023 pour « désertion en temps de paix », il a finalement trouvé refuge en Europe. Pendant trois ans, il est resté silencieux. Jusqu'à cette interview du 24 juillet 2026.
27 minutes d'accusations explosives
Pendant près de vingt-sept minutes, le capitaine Effoudou a porté des accusations graves contre plusieurs hautes personnalités, notamment le ministre d'État Ferdinand Ngoh Ngoh, le vice-amiral Joseph Fouda, et des officiers supérieurs de la gendarmerie comme le lieutenant-colonel Bialo et le chef d'escadron Bissé.
Les principales accusations :
- Tentative de coup d'État : Effoudou affirme que Ferdinand Ngoh Ngoh aurait planifié un coup d'État en utilisant un légionnaire de l'armée française, qu'il assimile à un « Namayat Doumbouya ».
- Persécution des militaires : Ngoh Ngoh exercerait une mainmise totale sur l'appareil sécuritaire et administratif du Cameroun.
- Gendarmerie « escadron de la mort » : Il accuse la Gendarmerie nationale d'être devenue un haut lieu de trafic de drogue.
- Menaces de mort : Il affirme avoir fui le Cameroun pour sauver sa vie après des « menaces de mort » à son encontre.
- Assassinat de Martinez Zogo : Il promet de révéler le nom du commanditaire de l'assassinat du journaliste, tué en janvier 2023.
Le CNCEC contre-attaque
Dès le lendemain, la Chambre nationale des experts criminels du Cameroun (CNCEC/CNECC) a réagi officiellement par un communiqué daté du 24 juillet 2026.
L'institution, par la voix de son président Me Bony Eugene, a exprimé sa « profonde consternation » face à des déclarations « d'une exceptionnelle gravité ». Elle souligne que l'ancien officier n'a « produit publiquement le moindre élément de preuve ».
Les griefs du CNCEC :
- Accusations sans preuves publiques
- Description d'une institution d'État comme un « centre de torture »
- Remarques sur le silence de Paul Biya pouvant constituer une insulte au chef de l'État
- Proposition d'un collectif d'experts pour examiner les allégations
« Demande d'asile politique » : la thèse du CNCEC
Dans son communiqué, le CNCEC suggère que la campagne publique du capitaine Effoudou « semble dissimuler une tentative infructueuse d'obtenir l'asile politique ou de préparer une procédure d'immigration ».
Une accusation qui vise à discréditer les révélations de l'ex-officier en les présentant comme une manœuvre pour faciliter son séjour en Europe. Effoudou n'a pas encore répondu publiquement à cette allégation.
La guerre des clans à la présidence
La sortie du capitaine Effoudou ne doit rien au hasard. Elle intervient alors que le directeur adjoint du Cabinet civil de la Présidence, Oswald Baboke, est dans la tourmente. Depuis fin juin 2026, Baboke est convoqué et auditionné par le Tribunal criminel spécial dans le cadre de deux enquêtes prescrites par Paul Biya lui-même.
Pour les observateurs avertis, ces révélations s'inscrivent dans la guerre des clans pour la succession du président vieillissant. Le capitaine Effoudou, en brisant l'omerta, relance un débat brûlant sur le rôle de Ferdinand Ngoh Ngoh, figure centrale du régime depuis plus de trois décennies.
Quelles suites judiciaires ?
Le CNCEC a annoncé la mise en place d'un collectif d'experts criminels, placé sous la coordination de Me Thierry Atangana, pour mener des investigations techniques, juridiques et criminologiques. L'institution se réserve le droit d'engager « toute procédure utile devant les autorités judiciaires compétentes ».
Un rapport circonstancié sera communiqué aux autorités compétentes. En attendant, l'affaire s'annonce comme un nouveau feuilleton judiciaire et politique dans un Cameroun déjà marqué par de nombreuses tensions.
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