-
© Camer.be : Toto Jacques
- 27 Jul 2026 17:18:31
- |
- 610
- |
Cameroun - Effoudou : « Ngoh Ngoh est l'auteur de l'assassinat »
Ancien chef du renseignement à la présidence, le capitaine Effoudou désigne nommément le secrétaire général de la présidence comme commanditaire de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo des accusations non vérifiées en pleine guerre des clans pour la succession de Paul Biya.
C'est une première au Cameroun. Un officier supérieur, ancien chef du bureau de renseignement à l'état-major particulier de la présidence, a désigné publiquement le commanditaire présumé de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo. Invité sur le plateau de l'émission "Masterclass" de Morgan Palmer, le capitaine Daniel Effoudou a visé sans détour le numéro deux du régime : Ferdinand Ngoh Ngoh. « Ce que je suis en train de vous dire, le président Biya le sait », a-t-il lancé. Mais ce témoignage choc, aussi spectaculaire soit-il, intervient dans un contexte de guerre des clans feutrée pour la succession du chef de l'État. Décryptage.
Un officier au cœur du système brise l'omerta
Le capitaine Daniel Effoudou n'est pas un témoin ordinaire. Il a dirigé le bureau de renseignement au sein de l'état-major particulier du président Paul Biya. Un poste qui lui donnait accès aux informations les plus sensibles du régime. Radié de l'armée camerounaise le 13 mars 2024 et aujourd'hui en exil en Europe, il est recherché par les autorités pour « désertion en temps de paix » depuis 2023.
Pendant trois ans, il est resté silencieux. Jusqu'à cette interview du 24 juillet 2026, diffusée en vidéo depuis son exil. Vingt-sept minutes d'accusations explosives qui secouent Yaoundé.
« Ferdinand Ngoh Ngoh est l'auteur, le commanditaire »
Interrogé sur l'identité du commanditaire du meurtre du directeur d'Amplitude FM, l'ex-officier de renseignement n'a pas tourné autour du pot : « Ferdinand Ngoh Ngoh est l'auteur, le commanditaire de l'assassinat de M. Martinez Zogo ».
Une accusation frontale contre le ministre d'État, secrétaire général de la présidence de la République, considéré comme le deuxième homme du régime et le bras droit de Paul Biya.
Trois mobiles avancés par l'ex-chef du renseignement
Pour expliquer un tel crime, le capitaine Effoudou avance trois pistes :
1. Une affaire personnelle Il évoque une relation extraconjugale que le journaliste aurait entretenue avec l'épouse de Ferdinand Ngoh Ngoh. « C'est le premier mobile, éliminer soit des indices qui entretient des relations coupables avec les épouses ».
2. Le contrôle de la DGRE Le but était aussi de « prendre le contrôle total exclusif de la DGRE », la Direction générale de la recherche extérieure, les services de renseignement extérieurs du Cameroun.
3. La destruction d'un plan hostile Il parle de l'élimination d'un plan présenté comme hostile au pouvoir, un plan qui aurait été financé par l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, déjà mis en cause dans ce dossier.
Une « guerre ouverte mais silencieuse » depuis 2019
Le capitaine revient également sur les relations tendues entre le SGPR et l'ancien patron des services de renseignement. Il affirme qu'une « guerre ouverte mais silencieuse » aurait débuté entre les deux hommes dès 2019.
Cette rivalité se serait traduite par des coupes budgétaires significatives dans les allocations de la DGRE. « Les allocations budgétaires de la DGRE ont commencé à souffrir », a-t-il déclaré.
Le contexte : une guerre des clans pour la succession
La sortie du capitaine Effoudou ne doit rien au hasard. Elle intervient dans un climat de tensions accrues au sommet de l'État camerounais, alors que la question de la succession de Paul Biya, 93 ans, agite les couloirs du palais d'Etoudi.
Deux clans s'affrontent frontalement pour le contrôle de l'après-Biya. Les déclarations du capitaine Effoudou, qui ciblent directement Ferdinand Ngoh Ngoh, s'inscrivent dans cette lutte feutrée mais féroce.
Le timing est également troublant : la sortie médiatique de l'ex-officier intervient alors que le directeur adjoint du cabinet civil de la présidence, Oswald Baboke un rival de longue date de Ngoh Ngoh est dans la tourmente, convoqué et auditionné par le Tribunal criminel spécial depuis fin juin 2026.
« Ce que je vous dis, le président Biya le sait »
L'affirmation la plus troublante du capitaine Effoudou est peut-être celle-ci : « Ce que je suis en train de vous dire, le président Biya le sait ».
Si cette déclaration était avérée, elle placerait le chef de l'État face à une responsabilité écrasante : celle de savoir, sans agir. Mais cette affirmation, comme toutes les autres, reste à ce stade une allégation non vérifiée.
Un procès toujours en cours
Ces accusations surviennent alors que le procès de l'assassinat de Martinez Zogo se poursuit devant le tribunal militaire de Yaoundé. Une audience s'est tenue du 5 au 6 janvier 2026, durant 12 heures et 30 minutes. Le procès a repris le 13 juillet 2026.
Aucune des allégations formulées par le capitaine Effoudou n'a été établie en justice. Les personnes mises en cause bénéficient de la présomption d'innocence.
Le témoignage qui confirme les liens entre Zogo et Ngoh Ngoh
Les déclarations du capitaine Effoudou font écho à un témoignage antérieur. Lors de l'audience des 22 et 23 juin 2026, l'expert en cybercriminalité Jean-Pierre Eloumou a mis en lumière la « relation assidue » entre Martinez Zogo et Ferdinand Ngoh Ngoh.
L'exploitation du téléphone de la victime a permis de constater que ce dernier était un « fidèle informateur » du secrétaire général de la présidence. Un élément qui place le SGPR au cœur des relations du journaliste avec le pouvoir.
Les limites de ce témoignage
Plusieurs précautions s'imposent :
1. Le capitaine Effoudou est un témoin compromis. Radié de l'armée, en exil, recherché par les autorités, ses déclarations peuvent être motivées par des ressentiments personnels.
2. Aucune preuve matérielle n'a été apportée. Les accusations, aussi graves soient-elles, restent des allégations.
3. Le procès est en cours. C'est au tribunal militaire de Yaoundé, et non sur les plateaux de télévision, que la vérité judiciaire doit être établie.
Ce que cette affaire révèle du système camerounais
Au-delà des accusations individuelles, ce témoignage met en lumière les fragilités d'un régime où les rapports de force, les réseaux d'influence et les conflits de succession pèsent davantage que les institutions.
L'appareil de coercition est devenu une source de revenus, l'accès au chef de l'État se négocie, et le numéro deux du régime est accusé d'avoir sollicité l'appui d'une puissance étrangère pour succéder à Paul Biya.
Une affaire qui ne fait que commencer
L'interview du capitaine Effoudou ajoute un chapitre explosif à l'affaire Martinez Zogo. Mais elle soulève plus de questions qu'elle n'apporte de réponses.
Qui dit vrai ? L'officier exilé qui accuse le deuxième homme de l'État ? Ou le puissant SGPR qui continue d'exercer ses fonctions ?
Une chose est sûre : cette affaire, qui mêle assassinat politique, guerre des clans et lutte pour la succession, est loin d'avoir livré tous ses secrets. Le procès devant le tribunal militaire de Yaoundé, lui, se poursuit. Et c'est là, et là seulement, que la vérité judiciaire pourra émerger.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi dans la rubrique SéRAIL
Les + récents
Briser les alliances sataniques le dragon la bête et le faux prophète : le Rev. Paul ZANG édifie
Il meurt chez sa maîtresse : l'épouse découvre le corps
Effoudou : « Ngoh Ngoh est l'auteur de l'assassinat »
Le pari de Yaya Ousman Batchamen sur le marché des ascenseurs au Cameroun
50 jours d'absence : Paul Biya est-il toujours au travail ?
LE DéBAT
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- 17 December 2017
- /
- 245585
