Assises de l’association des élus français au Cameroun : Entre boycott politique à Yaoundé et Paris
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Assises de l’association des élus français au Cameroun : Entre boycott politique à Yaoundé et Paris :: CAMEROON

L’Association des Elus en France d’origine ou de nationalité camerounaise (Efracam) a tenu ses premières assises historiques, du 8 au 12 juillet 2026, entre Yaoundé, Kribi et Douala. Si les informations officielles s'époumonent à crier au « tournant historique » pour la coopération décentralisée, les coulisses de l’événement révèlent une réalité infiniment plus glaciale. Entre délégation famélique, boycott raffiné mais dévastateur des pontes de Yaoundé, couacs logistiques en cascade et parfum de putsch à Paris : pleins feux exclusifs sur un rendez-vous manqué qui menace de saborder définitivement cette passerelle diasporique.

D’emblée, le credo, brandi comme un étendard, avait de quoi séduire : partir conquérir les dorures des palais républicains de l’Hexagone pour mieux revenir fertiliser la terre natale. C’est sous cette noble ambition que s’est ouverte la première édition des assises de l’Efracam sur le sol camerounais. Placée sous le thème: « La contribution des élus de la diaspora pour le développement durable des territoires », et drapée sous le parrainage prestigieux du président de la République, Paul Biya, cette grand-messe se voulait l'acte de naissance d'une diplomatie des territoires moderne, débarrassée des complexes post-coloniaux.

Pourtant, derrière les sourires crispés imposés par le protocole et les éléments de langage ultra-rodés de son président, Pierre de Gaëtan Njikam Mouliom, ces assises ont laissé un arrière-goût de cendre. En comparant le faste institutionnel de la précédente visite de l'association en décembre 2023 à la froide indifférence qui a enveloppé cette édition de juillet 2026, une évidence s'impose : l'Efracam est-elle en train de troquer son influence politique contre un activisme de salon, miné par des querelles de clocher parisiennes ?

Pour mesurer le gouffre entre le rêve et la réalité, il faut revenir à la promesse originelle. Fondée en 2015, l’Efracam revendique environ une centaine d’élus locaux (conseillers municipaux, adjoints, conseillers régionaux) et de cadres binationaux insérés dans les rouages de l'Etat français. Sa mission ? Devenir le « bras armé » de la décentralisation camerounaise via des jumelages, des transferts de compétences et des co-investissements.

Lors de la cérémonie d’ouverture à Yaoundé, dans la salle des délibérations du Conseil régional du Centre, Pierre de Gaëtan Njikam Mouliom a théorisé ce qu’il qualifie d'affirmation de la « condition diasporique ». Pour l'adjoint au maire de Bordeaux et président d’Efracam,  pas question de se cantonner à de la charité d'importation : « Les Camerounais de l’extérieur, notamment ceux de France, ont décidé d’assumer pleinement leur condition diasporique. C’est-à-dire décider d’apporter leur contribution aux dynamiques croisées des territoires, en tant qu’élus politiques et professionnels. C’est considérer les territoires à la fois comme des lieux de vie et de circulation, mais surtout des lieux de valeurs. »

Une profession de foi appuyée par Maxence Ansel, chargé de communication de la structure : "Notre rôle aujourd'hui c'est d'accompagner cette délégation, de faire le lien entre les collectivités territoriales françaises et les communes du Cameroun, notamment Yaoundé VII. Nous sommes là pour parler de coopération décentralisée, de projets concrets sur l'eau, l'assainissement, le développement économique et la mobilisation de la diaspora."

 Une tournée provinciale aux allures de saupoudrage

Pour le président Njikam, le bilan est évidemment « largement positif ». A l’écouter, la caravane de l’Efracam a multiplié les escales salvatrices : une ouverture sous l'œil bienveillant du patriarche Gilbert Tsimi Evouna au Conseil régional du Centre, une incursion rurale dans la Commune d’Elig-Efomo pour parler d'économie sociale, et une halte à l'hôpital de district de Bikok pour y déposer quelques fauteuils roulants, défibrillateurs et cartons de médicaments.

Le périple s’est poursuivi par une rencontre avec les athlètes paralympiques aux côtés de Jean-Jacques Ndoudoumou, avant une soirée à la Résidence de France sous le patronage de l’ambassadeur Sylvain Riquier. A Kribi, l'association a ranimé les synergies portuaires entre Bordeaux, Douala et la cité balnéaire, avant de chuter sur Douala pour congratuler l'association l'Enfance joyeuse du Cameroun (Ejc) et faire allégeance au roi du canton Bell, sa majesté Elamè Douala Manga Bell.

Un inventaire que le président d’Efracam promet de structurer à l'avenir en se mettant « à l’écoute » des maires locaux. Mais derrière ce vernis d'autosatisfaction, la machine grippée a laissé apparaître de profondes fractures.

Tempête à Paris : parfum de dissidence et crise de légitimité

Le premier pavé dans la mare de ces assises est avant tout comptable et humain. Comment une association qui prétend mobiliser environ cent élus influents, à travers l'Hexagone, n’a-t-elle réussi à projeter sur le terrain qu'une... minuscule dizaine de délégués ? Une délégation squelettique qui frise le ridicule pour des assises dites « nationales ».

Plus grave encore : l’absence des figures-clés de l'exécutif d’Efracam (secrétaire général, trésorier, sages, conseillers, délégués…), qui sont les gardiens de la transparence financière et de la rigueur administrative. En tout cas, selon des indiscrétions explosives recueillies au sein des réseaux de la diaspora en France, l'expédition camerounaise se serait décidée dans un climat interne délétère, au bord de l'implosion, actée de manière unilatérale, par le président et son vice, sans aucune concertation démocratique en conseil d’administration. Pour les dissidents, Efracam serait devenue « l'instrument de promotion personnelle d'un petit groupuscule. »

Dans les chaumières de la région parisienne, une fronde est déjà en marche pour « reprendre en main » l’association et exiger une restructuration globale. Dès lors, une question brûlante se pose : quelle est la valeur réelle des partenariats signés au Cameroun ? Quel maire camerounais prendrait le risque d'engager sa Commune avec des interlocuteurs dont la légitimité est ouvertement contestée par leur propre base électorale en France ? Le risque est immense de voir ces conventions finir aux oubliettes.

Le soufflet de Yaoundé : le protocole de l’évitement

Si la fronde parisienne fragilise Efracam de l'intérieur, c’est le pouvoir de Yaoundé qui lui a asséné le coup de grâce politique. Le traitement protocolaire réservé à la délégation, en 2026, s'apparente à un déclassement humiliant.

Pourtant, l'événement affichait fièrement le précieux « haut patronage » du président de la République, son excellence Paul Biya. Ce qui supposait une mobilisation au sommet de l’Etat. Or, lors de l’ouverture au siège du Conseil régional du Centre, la table d'honneur est restée désespérément vide de tout représentant de la présidence.

Pire, le ministre de la Décentralisation et du Développement local (Minddevel), Georges Elanga Obam, pourtant tuteur naturel des collectivités territoriales, a superbement boudé l'invitation, se faisant représenter par un simple fonctionnaire de second rang. Même mutisme glacial du côté du ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, dont les services n'ont pas fendu une seule ligne sur ces assises. Les maires des grandes métropoles ont, eux aussi, brillé par leur politique de la chaise vide.

Pour couronner ce fiasco politique, Efracam a fait le choix incompréhensible de s’enfermer dans un black-out médiatique total. Aucune conférence de presse, aucun espace de questions-réponses avec les journalistes nationaux ou internationaux. Une fébrilité évidente qui trahit certainement la peur de voir les reporters camerounais fouiller dans les budgets réels de l'événement ou interroger les divisions internes de l'association. Résultat : ces assises sont passées totalement sous le radar des grands journaux locaux et des revues de presse télévisées.

De la splendeur de 2023 au naufrage de 2026

Pour comprendre l'ampleur de la déroute de 2026, il suffit de rouvrir l'album photo de la 4ème édition des Journées d’échanges Cameroun-France en décembre 2023. A l'époque, l’Efracam marchait sur l’eau : une délégation composée de plus de 20 professionnels denses (avocats, médecins, élus…) ; un bureau exécutif au complet, soudé ; écharpes tricolores fièrement arborées par tous les élus ; audiences de haut niveau (président de l’Assemblée nationale d’alors, le très honorable Cavaye Yeguié Djibril, le Minrex, le Dg de la Bad, le Port autonome de Douala…) ; un soutien parlementaire avec le parrainage actif du Rep-Cod (Réseau des parlementaires pour la diaspora, la Coopération décentralisée et transfrontalière), représenté par l’honorable Louis-Henri Ngantcha ; un déjeuner géant de près de 300 couverts. Bref, un programme chargé et représentatif.

En 2026, l'abandon des symboles en dit long : les élus ont presque tous remisé leurs écharpes tricolores, privant la délégation de sa solennité républicaine. Le faste des grands banquets de 300 couverts a été remplacé par des réunions de fortune et des dons cosmétiques. Pas d’ombre des élus locaux du Cameroun. Quant à la rigueur d'organisation, elle s'est dissoute dans un timing élastique, avec des retards chroniques et un agenda qui semblait s'improviser au jour le jour.

 

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