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© Camer.be : Caroline Bassomo
- 17 Jul 2026 10:27:12
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CAMEROUN :: Paradoxe,un peuple réclame l'immolation d'un voleur de chèvre mais soutient un voleur de milliards :: CAMEROON
Il existe des réalités évoquées à voix basse dans les quartiers et qui méritent d’être exposées au grand jour.
Au Cameroun, deux formes de justice coexistent. L’une est rapide, bruyante et se passe d’avocat. L’autre est lente, feutrée, accompagnée de comités de soutien et de conférences de presse.
La justice du "douf" : le cas du pauvre
Lorsqu’un voleur de chèvre, un individu impliqué dans une rixe ou un jeune pris à arracher un sac à main est interpellé, le verdict tombe en quelques minutes sur les réseaux sociaux, au marché ou au carrefour :
« Il faut le douf. Brûlez-le. »
Aucune présomption d’innocence n’est évoquée. Aucune circonstance atténuante n’est avancée. L’argument familial est ignoré. La foule endosse les rôles de juge, de procureur et de bourreau. La sécurité, l’exemplarité et la morale sont mises en avant.
Le sang coule. Puis chacun rentre chez soi avec le sentiment du devoir accompli : "au moins le ménage a été fait". Dans ces cas, la loi s’applique. Sèche, immédiate, sans appel.
La justice des "comités de soutien" : le cas du puissant
Le décor change lorsqu’un gestionnaire de fonds publics est mis en cause. Des milliards de francs CFA destinés au développement intégral ont disparu. Des hôpitaux sans lits, des routes non bitumées, des écoles sans bancs portent la trace de cette gestion.
Alors, un phénomène se produit.
En 24 heures, des comités de soutien se forment. Des t-shirts sont parfois imprimés. Des "élites" publient des communiqués :
« Il s’agit d’un acharnement politique »
« Il a beaucoup fait pour le village »
« Respectons la présomption d’innocence »
« Ne salissons pas la mémoire d’un digne fils »
Ceux qui réclament des comptes sont qualifiés de "jaloux", "aigris", "tribalistes" ou "d’ennemis du développement".
La justice est alors présentée comme "instrumentalisée". La prison est jugée "humiliante".
Et si le mis en cause décède ?
Il devient interdit de s’en réjouir. « On ne se réjouit pas de la mort des gens »
« Il a laissé des enfants »
« Seul Dieu juge »
Les mêmes voix qui réclamaient le "douf" quelques jours plus tôt dispensent désormais des leçons de morale et d’humanisme.
Origine du paradoxe
Le problème ne réside pas dans les textes de loi. La législation camerounaise est fournie.
Le problème tient au regard porté sur les faits. Derrière un prévaricateur de fonds publics se trouve souvent une communauté de bénéficiaires. L’idée s’est installée selon laquelle la valeur d’une vie, d’une faute ou d’une peine dépend du solde bancaire de la personne concernée.
Le pauvre vole par méchanceté. Le riche détourne parce qu’il a "craqué".
Le pauvre tue par sauvagerie. Le riche a "commis des erreurs de gestion".
Albert Camus écrivait : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Dans ce contexte, la justice est mal nommée. Elle est appelée "justice" lorsqu’elle frappe en bas, et "persécution" lorsqu’elle frappe en haut.
Quelle République pour le Cameroun ?
Une République ne se bâtit pas sur la peur du petit et l’indulgence envers le grand.
Elle repose sur un principe : la loi est la même pour le voleur de chèvre et pour le voleur de milliards.
Tant que deux poids et deux mesures prévaudront, tant que le "douf" sera acclamé au quartier pendant que des tee-shirts "Free Mon Grand" seront portés devant les prisons, des citoyens désabusés continueront d’être produits.
Le développement intégral d’un pays ne commence pas par les infrastructures. Il commence par l’égalité devant la faute.
Comme le soulignait Mongo Beti : « Un peuple qui élit des corrompus, les réélit, les excuse et les pleure, n’est pas victime. Il est complice. »
Le Cameroun mérite mieux que ce théâtre. Il mérite une seule justice. La vraie.
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