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© Camer.be : Paul Moutila
- 15 Jul 2026 20:28:04
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CAMEROUN :: Pourquoi Akere Muna écrit à Nathalie Moudiki :: CAMEROON
Akere Muna adresse une lettre ouverte à Nathalie Moudiki, qu'il accuse de diriger la SNH « de fait ». CSTAR, Glencore, écarts de prix : plongée dans les secrets de la compagnie pétrolière.
L'ancien vice-président de Transparency International a adressé une lettre ouverte à Nathalie Moudiki, épouse du directeur général de la SNH Adolphe Moudiki, absent depuis trois ans. Il dénonce une « vacance déguisée en direction » et interroge la gouvernance du premier contributeur au budget de l'État.
« Ce n'est pas une succession. Ce n'est pas une délégation. C'est une vacance déguisée en direction. » La formule est cinglante. Elle est signée d'Akere T. Muna, avocat, ancien vice-président de Transparency International et fondateur de sa section camerounaise. Destinataire : Nathalie Moudiki, épouse de l'administrateur directeur général de la SNH, Adolphe Moudiki, 88 ans, absent des radars depuis près de trois ans.
Comment la première entreprise publique du Cameroun, premier contributeur au budget de l'État, peut-elle être dirigée par une signature fantôme ?
C'est la question qui traverse la lettre ouverte publiée dans Le Messager et reprise par plusieurs médias. Une question qui résonne d'autant plus fort que la SNH est au cœur de trois dossiers sensibles : le projet CSTAR, les écarts de prix avec Vitol et Glencore, et l'affaire de corruption Glencore jugée au Royaume-Uni.
L'homme qui n'est plus là
Adolphe Moudiki est à la tête de la SNH depuis 1993. Trente-trois ans. Un règne sans précédent. Magistrat de formation, proche de Paul Biya, il a construit un empire. Mais depuis près de trois ans, il a disparu de la scène publique. Ni conférence de presse. Ni conseil d'administration. Ni forum international.
En octobre 2024, alors que le Cameroun accueillait la session annuelle de l'Organisation des pays africains producteurs de pétrole (APPO) à Yaoundé, c'est un ministre qui a dû représenter le pays. Le patron de la SNH n'était pas là.
À sa place, une femme. Son épouse.
Nathalie Moudiki, la dirigeante de fait
Nathalie Moudiki, née Ada Engamba, est juriste et experte en ingénierie d'entreprise. Elle a intégré la SNH le 18 août 1998 et cumule 27 ans d'expérience. Directrice des Affaires juridiques depuis 2019, elle a été nommée Conseillère n°2 à la Direction générale en décembre 2025 une première pour une femme à ce poste.
Mais ce qui rend cette ascension exceptionnelle, c'est le contexte. Son époux, Adolphe Moudiki, 88 ans et affaibli par la maladie, n'est plus qu'une figure symbolique. C'est elle qui représente la SNH à l'APPO. Elle qui préside le conseil d'administration de CSTAR à Dubaï. Elle qui accueille les dignitaires étrangers. Elle qui, le 26 juin 2026, a lancé un avertissement aux employés : « Ceux qui insultent le président Paul Biya ou l'administrateur directeur général Adolphe Moudiki seront sanctionnés » .
Pour Akere Muna, la situation est claire : « Vous ne portez pas le titre de Directrice Générale de la Société Nationale des Hydrocarbures. Mais depuis plus de trois ans, dans l'absence prolongée de M. Adolphe Moudiki, vous en exercez les fonctions dans les faits » .
Une lettre qui porte un nom, mais pas un homme
La publication récente d'un éditorial dans « SNH Infos », le magazine officiel de la SNH, a mis le feu aux poudres. Le texte porte le nom d'Adolphe Moudiki. Mais, comme le souligne la lettre ouverte, « il ne porte pas l'homme » .
« Les documents portant la signature d'Adolphe Moudiki seraient en réalité signés via une image scannée » , affirme Me Muna. Une accusation grave qui, si elle était confirmée, signifierait que la SNH est dirigée par une signature sans visage, une administration « par procuration ».
CSTAR : 215 millions de dollars dans l'opacité
Parmi les dossiers sensibles soulevés par la lettre ouverte figure le projet CSTAR. CSTAR est un Special Purpose Vehicle (SPV) créé pour la construction d'un dépôt de sécurité stratégique de carburants à Kribi. Sa propriété est répartie entre Ariana Energy (49 %), Tradex (31 %) et la SNH (20 %).
Mais pour Akere Muna, ce projet est une « nouvelle manœuvre de spoliation des ressources énergétiques camerounaises » . Il dénonce :
- L'absence de transparence dans la propriété et le financement du projet
- Le conflit d'intérêts et le népotisme
- L'engagement de 215 millions de dollars de fonds publics sans approbation du conseil d'administration, sans autorisation gouvernementale, et sans étude de faisabilité publiée
« L'origine et les bénéficiaires de ces entités restent flous » , souligne Actu Cameroun. La nomination de Nathalie Moudiki à la tête de ce projet, alors qu'elle est l'épouse du DG de la SNH, pose la question d'un conflit d'intérêts majeur.
L'affaire Glencore : 7 milliards de FCFA de pots-de-vin
Autre dossier brûlant : l'affaire Glencore. La filiale britannique du géant anglo-suisse a admis avoir versé 7 milliards de FCFA (11 millions de dollars) de pots-de-vin à des responsables de la SNH et de la Sonara entre 2011 et 2016, pour obtenir un accès préférentiel au pétrole camerounais.
Glencore aurait racheté le pétrole camerounais environ 30 % en dessous du prix du marché en échange de ces pots-de-vin. Les pertes sont considérables. Pourtant, à ce jour, aucune poursuite n'a été engagée au Cameroun contre les destinataires de cette corruption avérée.
Akere Muna a appelé la SNH à « divulguer l'identité des personnes impliquées et suspendre toute relation avec Glencore » . Il s'interroge également sur une plainte que la SNH aurait déposée, sans en préciser la cible exacte.
Les écarts de prix avec Vitol et Glencore
La lettre ouverte évoque également les écarts persistants entre les prix publiés par la SNH et ceux déclarés par des partenaires comme Vitol et Glencore. En août 2024, la SNH a justifié la vente à taux réduit de 400 000 barils de brut à Vitol, un trader suisse jugé opaque.
Pour Akere Muna, ces écarts sont le symptôme d'un système de corruption généralisée. « La gestion prédatrice de nos ressources, au détriment du peuple camerounais » , dénonce-t-il.
Le silence des institutions
Ce qui frappe dans cette affaire, c'est le silence des institutions qui devraient contrôler la SNH. « Ni l'Assemblée Nationale ni le Sénat n'ont convoqué la SNH pour rendre compte du projet CSTAR, des 215 millions de dollars de fonds publics qui y ont été engagés, ou de l'absence de son Directeur Général nominal de la vie publique » , écrit Me Muna.
Le conseil d'administration de la SNH, présidé par Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la Présidence, est lui-même paralysé. Selon des sources concordantes, ce conseil aurait été empêché d'accéder aux locaux de la SNH lorsqu'il a tenté de se réunir.
« Le silence parlementaire et la paralysie du conseil d'administration ne sont pas de la reddition de comptes. Ils en sont l'absence » , tranche Akere Muna.
Les enjeux pour le Cameroun
La SNH est le premier contributeur au budget de l'État camerounais. Sa gouvernance n'est pas une affaire privée. C'est une question de souveraineté nationale.
Les conséquences de cette situation sont déjà tangibles. Les recettes d'exportation de gaz naturel liquéfié ont chuté de 30,6 milliards de FCFA en 2025, après une baisse déjà de 210 milliards en 2023. Des projets structurants accumulent retards et incertitudes.
« Le Cameroun mérite une SNH dirigée par une personne visible, responsable et redevable, non une administration par procuration » , martèle Akere Muna.
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