Ngoh Ngoh et Mvondo Ayolo : les architectes discrets du futur gouvernement
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Derrière le silence autour du remaniement camerounais se cache une réforme bien plus vaste : une refonte en profondeur de l'architecture de l'État, supervisée dans l'ombre par les deux plus puissants collaborateurs de Biya.

Depuis des mois, les Camerounais attendent. Un remaniement ministériel avait été annoncé. Rien n'est venu.

Les explications officielles ? Les habituelles rivalités de clans. Les luttes d'influence. Le tempo présidentiel.

Mais selon les informations de Jeune Afrique, la vraie raison est ailleurs et elle est bien plus ambitieuse.

Dans les couloirs de la présidence de la République à Yaoundé, un chantier d'une envergure inédite est en cours. Nouveaux ministères. Vice-Premier ministre. Agence nationale de cybersécurité rattachée aux services de renseignement. Redécoupage territorial. Révision constitutionnelle.

Ce n'est plus un remaniement qui se prépare. C'est une refondation.

Dans les coulisses du remaniement, une réforme d'État bien plus profonde se dessine

Plusieurs mois. C'est le temps qui s'est écoulé depuis que Paul Biya a laissé entendre qu'un remaniement gouvernemental était imminent. Depuis, le silence. Mais ce silence, selon des sources proches de la présidence, n'est pas celui de l'inaction. C'est celui du chantier.

Les deux hommes de l'ombre

Deux noms reviennent systématiquement dans les couloirs du pouvoir : Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général à la présidence de la République, et Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil. Ce sont eux qui supervisent, en toute discrétion, les projets institutionnels qui conditionnent l'arrivée du prochain gouvernement.

Leur mission : concevoir non pas un simple réagencement de portefeuilles ministériels, mais une réorganisation structurelle de l'appareil d'État camerounais. Un chantier de grande envergure qui nécessite des arbitrages au plus haut niveau et qui explique, en grande partie, pourquoi rien n'a encore bougé.

Un vice-Premier ministre pour la première fois

L'innovation la plus marquante en discussion est la création d'un poste de vice-Premier ministre une fonction qui n'existe pas dans l'organigramme actuel du gouvernement camerounais.

"Il s'agit d'une volonté de renforcer la coordination de l'action gouvernementale", confie une source proche de la présidence à Jeune Afrique. Cette évolution pourrait préfigurer une redistribution significative des responsabilités au sein de l'exécutif.

Elle s'inscrit par ailleurs dans le prolongement de la révision constitutionnelle en cours, qui prévoit déjà la réintroduction d'une vice-présidence de la République une fonction supprimée lors de la révision constitutionnelle de 1996. Des experts convoqués depuis l'Europe, encadrés par des juristes et universitaires camerounais, travaillent actuellement à l'élaboration des textes portant sur l'organisation et le fonctionnement de cette nouvelle institution.

Des ministères redessinés

Le futur organigramme gouvernemental, encore soumis à la validation de Biya, prévoit plusieurs modifications de portefeuilles existants.

Le ministère de la Justice serait rebaptisé "ministère de la Justice et des Droits de l'Homme" un signal délibéré adressé à la communauté internationale, régulièrement critique à l'égard de la situation des droits humains au Cameroun. Le ministère du Contrôle supérieur de l'État deviendrait, lui, le "ministère du Contrôle supérieur de l'État et de la Transparence publique" une dénomination qui entend répondre aux exigences de bonne gouvernance.

Parmi les nouvelles créations envisagées figurent également un ministère des Mines et des Hydrocarbures séparant le secteur minier et énergétique de son rattachement actuel , un ministère des Infrastructures urbaines, et un portefeuille dédié à la Femme, à la Famille et à l'Équité.

Éducation, recherche et cybersécurité : les grandes mutations

Dans le secteur éducatif, une fusion est envisagée entre le ministère de l'Enseignement supérieur et celui de la Recherche scientifique et de l'Innovation. L'objectif affiché : briser les silos entre universités et centres de recherche, accusés d'évoluer en vase clos au détriment des besoins économiques du pays.

Autre chantier, moins attendu : la cybersécurité. Face aux cyberattaques répétées dont le Cameroun a été la cible ces dernières années, et à la montée de la désinformation sur les réseaux sociaux, le gouvernement prépare la création d'une Agence nationale pour la sécurité électronique. Fait notable et révélateur : cette structure serait directement rattachée à la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), le service de renseignement extérieur du pays. Un choix qui signifie clairement que Yaoundé considère la cybersécurité comme un enjeu de souveraineté nationale et non de simple gestion administrative.

Une nouvelle carte du territoire

Le chantier le plus structurant à long terme concerne peut-être la recomposition de l'architecture territoriale de l'État. Dans le prolongement de la réforme du Code général des collectivités territoriales décentralisées de 2019, plusieurs pistes sont à l'étude : augmentation du nombre de députés à l'Assemblée nationale (actuellement 180), élargissement des conseils régionaux, création de nouvelles communes et unités territoriales.

La révision du décret du 15 juillet 1977 sur les chefferies traditionnelles est également en discussion. Il s'agirait de renforcer leur statut institutionnel au sein des conseils régionaux, en cohérence avec la reconnaissance constitutionnelle de leur rôle dans le processus de décentralisation.

Quand viendra le gouvernement ?

La question reste entière. Aucune date n'est confirmée. Les arbitrages sont encore en cours. Et dans un système politique où le chef de l'État reste seul maître de l'horloge, la gestation pourrait encore durer.

Mais une chose est désormais claire : ce qui se prépare à Yaoundé n'est pas un simple remaniement. C'est une reconstruction partielle et délibérée de l'État camerounais. Le prochain gouvernement, quel que soit son calendrier, sera le reflet d'une vision politique qui dépasse largement le simple réagencement des chaises ministérielles.

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