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© Camer.be : Paul Moutila
- 22 Jul 2026 16:58:25
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CAMEROUN :: Alex Nguepi répond à Fame Ndongo : le vrai débat :: CAMEROON
Alors que le président Paul Biya est absent depuis 45 jours, Jacques Fame Ndongo cite Aristote, Sartre et Voltaire pour défendre la continuité du pouvoir. Alex Nguepi, militant du SDF, lui répond point par point : le véritable enjeu n'est pas la durée du voyage, mais l'exercice effectif de la fonction présidentielle.
Le débat qui enflamme la scène politique camerounaise
45 jours. C'est le temps qui s'est écoulé depuis que Paul Biya a quitté Yaoundé, le 7 juin 2026, pour un « court séjour privé en Europe ». 45 jours sans apparition publique, sans date de retour annoncée, sans Conseil des ministres présidé. Et 45 jours de spéculations, d'inquiétude, et désormais, d'un débat philosophico-politique qui agite la classe politique camerounaise.
Le 21 juillet 2026, Jacques Fame Ndongo, ministre d'État et secrétaire national à la communication du RDPC, est monté au créneau. Dans un communiqué en quatre points « Ni vacance, ni somnolence, ni jactance, ni médisance » il a tenté de couper court aux rumeurs. Citations d'Aristote, de Sartre et de Voltaire à l'appui, il a martelé : « Il n'y a aucune vacance de pouvoir au sommet de l'État ».
Mais Alex Nguepi, militant du Social Democratic Front (SDF) et figure de l'opposition, n'a pas laissé passer. Dans une réponse aussi satirique que philosophique, il replace le débat sur son véritable terrain : le problème n'est pas le voyage, mais l'exercice effectif du pouvoir.
Un président absent, un pays en attente
Paul Biya a quitté le Cameroun le 7 juin 2026, en compagnie de son épouse. 45 jours plus tard, il n'est toujours pas rentré. C'est l'absence la plus longue du président camerounais. Selon des informations de Jeune Afrique, il séjournerait en Suisse, dans une clinique privée de Genève. La présidence dément tout séjour hospitalier, mais aucune image, aucune déclaration directe du chef de l'État n'est venue rassurer la population.
Pendant ce temps, le pays tourne au ralenti. Aucun gouvernement n'a été formé depuis la réélection de Paul Biya en octobre 2025 soit huit mois sans équipe ministérielle. La révision constitutionnelle d'avril 2026 a créé un poste de vice-président, mais personne n'a été nommé. Les élections législatives et municipales, initialement prévues en 2026, ont été reportées.
C'est dans ce contexte que l'opposition a saisi le Conseil constitutionnel. Jean-Michel Nintcheu (FCC) a demandé la constatation de la vacance du pouvoir. Pr Jean Calvin Aba'a Oyono, constitutionnaliste, a dénoncé une « faute professionnelle par évitement ». Et c'est pour répondre à ces critiques que Jacques Fame Ndongo a publié son communiqué.
La sortie de Jacques Fame Ndongo Aristote, Sartre et Voltaire au secours du pouvoir
Dans un communiqué daté du 21 juillet 2026, Jacques Fame Ndongo a déroulé une argumentation en quatre points.
1. Ni vacance. Affirmer que le pouvoir est vacant « relève d'un barbarisme juridique, voire politique ou logique », écrit-il, en invoquant le « principe aristotélicien du tiers exclu » : « on ne peut pas être et ne pas être ». Il rappelle qu'aucune disposition légale ne fixe la durée maximale du séjour présidentiel hors du Cameroun.
2. Ni somnolence. « Où qu'il se trouve, le Chef de l'exécutif est au travail », assure-t-il. Paul Biya suit « méticuleusement les dossiers que lui soumettent, au quotidien, ses collaborateurs, de visu ou par les moyens électroniques connus de tous ».
3. Ni jactance. Il cite Jean-Paul Sartre : « l'homme est la somme de ses actes ». Et ajoute, sarcastique : « l'enfer, c'est les autres ».
4. Ni médisance. Il conclut par une référence à Voltaire : « cultivons notre jardin ».
Sur le fond, Fame Ndongo soutient que la Constitution ne prévoit la vacance qu'en cas de décès, de démission ou d'empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel. Le séjour à l'étranger n'est pas une cause de vacance.
La réponse d'Alex Nguepi : Le fond du problème
Alex Nguepi ne conteste pas l'absence de texte sur la durée du voyage présidentiel. Il déplace le débat.
« Personne ne soutient que la Constitution fixe un nombre maximal de jours qu'un chef d'État peut passer hors du territoire national », concède-t-il.
Mais il pose une question bien plus fondamentale : que signifie gouverner ?
L'exercice effectif du pouvoir
Nguepi rappelle que la Constitution fait du président « le garant de l'indépendance nationale, du fonctionnement régulier des institutions et de la continuité de l'État ». Ces responsabilités, souligne-t-il, « supposent un exercice effectif, visible et assumé de la fonction présidentielle ».
Il interpelle directement Fame Ndongo :
« Lorsqu'un chef d'État est absent du territoire pendant de longues semaines, sans communication officielle, sans présidence du Conseil des ministres, sans contact direct avec la Nation alors que le pays traverse des défis sécuritaires, économiques et sociaux majeurs, peut-on sérieusement soutenir que le fonctionnement normal des institutions n'est pas affecté ? »
La question de la transparence
Nguepi s'attaque également à l'argument du « gouvernement à distance ». Si le président travaille par moyens électroniques, demande-t-il, « pourquoi le gouvernement refuse-t-il toute transparence sur son état, son agenda ou les actes majeurs pris personnellement par le Chef de l'État ? »
Dans une démocratie moderne, insiste-t-il, « la confiance des citoyens repose aussi sur la transparence des institutions ».
Gouverner, ce n'est pas signer des documents
« Sur le plan politique, la fonction présidentielle ne se limite pas à signer des documents à distance. Gouverner, c'est arbitrer, présider, incarner l'État, rassurer la Nation et répondre aux crises. Un pays ne peut être dirigé durablement par des communiqués ou des rumeurs. »
Les citations philosophiques ne remplacent pas le droit
Nguepi conclut par une pique cinglante : « Le recours à Aristote, Sartre ou Voltaire ne remplace pas une démonstration juridique. Les citations philosophiques ne peuvent masquer une interrogation légitime des Camerounais : qui exerce réellement le pouvoir au quotidien lorsque le Président est absent pendant une période prolongée ? »
Deux conceptions du pouvoir s'affrontent
Le débat entre Fame Ndongo et Alex Nguepi est bien plus qu'une polémique politicienne. Il révèle deux conceptions radicalement différentes de l'exercice du pouvoir.
Pour Fame Ndongo et le RDPC, le pouvoir est une fonction juridique qui s'exerce par la signature d'actes et la transmission de directives. La présence physique n'est pas nécessaire. L'essentiel est que les rouages administratifs continuent de tourner. « Le Lion n'est pas parti », résume Christophe Mien Zok, directeur de la propagande du RDPC.
Pour Alex Nguepi et l'opposition, le pouvoir est aussi et peut-être surtout une fonction d'incarnation, de représentation et de contact direct avec la Nation. Gouverner, c'est présider des Conseils des ministres, rencontrer les populations, arbitrer des conflits, répondre aux crises en temps réel. Un président absent, invisible et silencieux est un président qui, progressivement, cesse d'exercer son autorité.
L'opposition ne demande pas la déchéance de Paul Biya. Elle demande de la transparence. Elle demande des réponses. Elle demande à savoir qui gouverne vraiment.
Une crise de confiance qui s'installe
L'absence prolongée de Paul Biya et le débat qu'elle suscite fragilisent les institutions. L'opposition, par la voix de Mamadou Mota (MRC), s'interroge : « À partir de combien de semaines d'absence physique l'exercice de la magistrature suprême devient-il une vue de l'esprit ? Quarante-cinq jours loin du territoire national, ce n'est pas un séjour, c'est un exil de fait ».
Le MRC s'amuse du « Cameroun qui serait devenu le premier pays au monde gouverné en télétravail clandestin ». Une formule qui, derrière l'ironie, pointe du doigt l'absence de toute communication officielle sur l'état du président, son agenda ou la date de son retour.
La communauté internationale observe. Le Cameroun, pays stratégique d'Afrique centrale, est plongé dans une incertitude institutionnelle qui n'arrange ni les investisseurs, ni les partenaires diplomatiques.
Un débat qui ne fait que commencer
La réponse d'Alex Nguepi à Jacques Fame Ndongo ne mettra pas fin à la controverse. Au contraire, elle l'élève à un niveau supérieur. Ce n'est plus seulement une question juridique la Constitution prévoit-elle ou non une durée maximale d'absence ? C'est désormais une question politique et démocratique : un président peut-il gouverner un pays sans être présent, sans se montrer, sans parler à son peuple ?
« Ce débat n'est ni une affaire de médisance ni de fantasmes ou d'art oratoire philosophique. Il concerne la transparence, la responsabilité politique et le respect du droit des citoyens à savoir comment leur pays est gouverné », écrit Alex Nguepi.
Ce n'est pas l'opposition qui fragilise les institutions en posant des questions. Ce qui les fragilise, c'est le refus persistant d'apporter des réponses claires à des préoccupations parfaitement légitimes.
Qu'en pensez-vous ? Un président peut-il gouverner à distance pendant 45 jours sans apparaître en public ? Les citations philosophiques sont-elles une réponse suffisante aux interrogations des Camerounais ?
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