SELON L’ECRIVAIN CALVIN DJOUARI, LE CAMEROUN EST FACE A SON DESTIN BRISE
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FRANCE :: SELON L’ECRIVAIN CALVIN DJOUARI, LE CAMEROUN EST FACE A SON DESTIN BRISE

Dans ce texte dense et habité, l’écrivain Calvin Djouari propose une lecture lucide et sans complaisance de la société camerounaise contemporaine. A travers une écriture à la fois engagée et profondément introspective, il met en lumière les fractures politiques, sociales et morales qui traversent le pays, tout en interrogeant le rôle des élites, des institutions et des citoyens face à une crise qui semble s’enraciner dans la durée. Son regard, nourri à la fois par l’histoire et par une sensibilité presque spirituelle, ne se contente pas de dresser un constat d’échec, il esquisse également l’émergence possible d’un renouveau, porté par une conscience collective en devenir et par la responsabilité individuelle de chaque Camerounais.

 

Le Cameroun a une loi, et c’est elle qui le gouverne. Les hommes peuvent bien bricoler les institutions à leur guise, cette loi finit toujours par s’imposer, parce qu’un homme nouveau est en train de naître et de grandir. Il ne peut en être autrement. Ceux qui veulent forcer le cours de l’histoire finissent toujours par s’y perdre. Depuis longtemps, le Cameroun est humilié à tous les niveaux. Nous avançons comme des êtres égarés. Ce n’est pas parce que des sourires se dessinent sur les visages que la santé est réelle. Le pays semble avoir atteint un stade d’agonie.

On ne peut pas transformer le sacrifice d’un homme en guide pour les autres. Chacun doit être le moteur de sa propre histoire. Pourtant, une conduite absurde s’est installée dans la vie des Camerounais, comme si une utopie suffisait à faire survivre un peuple pourtant conscient de sa condition. Je crois à la force de ses esprits, à la présence de ses ancêtres qui veillent encore pour accomplir son véritable destin. Mais l’amertume est là, dense, lourde, presque palpable. Les pensées deviennent obsédantes, elles poussent chacun à fouiller en soi jusqu’au plus profond.

 

Le stress est partout, et même l’enseignement semble dépourvu d’avenir. Dans les rues, les visages portent une détresse visible, comme si une maladie collective en réduisait les traits. Malgré la richesse des réflexions, malgré les esprits libres qui refusent les modes et les intimidations, les gouvernants restent sourds. Il faudrait pourtant qu’ils cherchent à comprendre les racines profondes de nos crises pour enfin entendre ce que l’histoire leur dit. Un nouveau cycle est déjà là. Le pays a été abandonné, mais c’est peut-être de cet abandon que naîtra une nouvelle école de pensée. Le Cameroun est un grand pays. Il ne peut pas éternellement reproduire les mêmes figures du pouvoir.

Ceux qui ont habité les mêmes cercles finissent par devenir étrangers à eux-mêmes. Le rôle des écrivains et des penseurs est de réparer une nation qui ne reconnaît plus ses propres blessures. Il faut oser porter cette voix rugueuse. Peut-être est-ce là la vocation d’un écrivain, transformer une présence en œuvre, une œuvre en conscience, et parfois, lorsque quelque chose de plus grand intervient, appeler chacun à rejoindre un chemin d’espérance. Il faut refuser les illusions et les dérives qui prétendent jouer avec la force naturelle du pays. Le Cameroun s’est toujours offert comme un bijou discret mais profond. Il déborde de vie et aspire à vivre pleinement.

 

Nous sommes à un moment décisif, là où les mots doivent continuer d’avancer et où le silence n’est plus une option. La crise est là, latente. La vie devient monotone. Certains, qui avaient la responsabilité de défendre le pays, ont sombré dans la violence ou dans des activités de survie. D’autres tentent simplement de subsister comme ils peuvent. L’État apparaît fragile, privé d’une vision claire. Les dirigeants s’observent avec méfiance au lieu d’agir. Les élites intellectuelles, elles, devraient briser cette inertie.

Les réformes superficielles ne suffisent pas. Le Cameroun mérite une véritable légitimité historique. Le système actuel ne remplit pas sa mission première, servir le bien commun. La crise est longue, et même le retour de la démocratie n’a pas apporté les changements espérés. Les intellectuels devraient se rassembler, formuler une pensée commune et proposer une véritable refondation. Il faut des réformes structurelles pour sortir de ce cycle. Clarifier les pouvoirs, réduire les ambiguïtés, restaurer la stabilité. Pourtant, ce travail reste inachevé. La décentralisation affichée n’a rien résolu. La centralisation persiste et aggrave les inégalités régionales, nourrissant la méfiance envers l’autorité.

 

Il devient urgent de repenser le système éducatif pour en faire un véritable levier d’émancipation collective, dans les domaines politique, économique et social. Aujourd’hui, l’éducation semble produire des individus destinés à maintenir l’ordre établi. Elle devrait au contraire former des citoyens capables de penser librement, d’agir pour l’intérêt national et de défendre leur pays lorsque cela est nécessaire. Nous souffrons aussi d’un manque de culture politique. Chacun attend le pouvoir à son échelle, dans son quartier ou sa région, et cette vision nous égare.

Cette confusion ouvre la voie à des logiques dangereuses, comme celle d’une succession fondée sur des liens biologiques. Peu d’intellectuels ont su déconstruire cette idée. Beaucoup ont adopté des positions prudentes, sans réellement convaincre ni proposer d’alternative claire. Le Cameroun est un pays complexe. Derrière une apparente fragilité se cache une force parfois brutale. Aujourd’hui, il avance difficilement, comme s’il marchait sur une seule jambe. Et il est difficile de ne pas voir à quel point cette période reste profondément ambiguë.

 

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