Battu à la présidentielle, le régime Biya réécrit la constitution pour survivre
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Le masque tombe après le 12 octobre 2025

La présidentielle camerounaise du 12 octobre 2025 a livré un verdict que les institutions n’ont pu inverser. Paul Biya a été déclaré vainqueur, mais personne n’est dupe. Le véritable architecte de ce scrutin, celui qui a imposé sa marque sur l’ensemble du processus, est Issa Tchiroma Bakary.

Une victoire proclamée contre la réalité des urnes

L’élection présidentielle d’octobre 2025 restera comme un moment de vérité pour le régime de Paul Biya. Elecam, l’organe de gestion des élections, et le Conseil constitutionnel, gardien ultime des résultats, ont été mobilisés pour un sauvetage institutionnel qui a échoué. La proclamation officielle de la victoire du candidat sortant dissimule mal la défaite réelle subie dans les urnes.

Le vrai vainqueur de cette élection n’est pas celui dont le nom a été publié au journal officiel. Mais cette victoire proclamée repose sur des bases trop fragiles. La raclée du 12 octobre a créé un traumatisme durable au sein du pouvoir. Le régime de Paul Biya sait désormais que le réflexe conditionné des institutions ne suffit plus à garantir la continuité.

Les causes profondes d’une stratégie de survie

La première cause de la dérive actuelle est l’effondrement de la fiction électorale. Pendant des décennies, Elecam et le Conseil constitutionnel ont fonctionné comme des amortisseurs. Leur intervention garantissait des résultats conformes aux attentes de l’exécutif. Le 12 octobre a brisé cette mécanique.

La deuxième cause est l’absence de perspective de succession négociée. Quarante-trois ans de pouvoir ininterrompu ont épuisé tous les scénarios de transition. La défaite électorale ouvre un précipice que le régime tente de contourner par tous les moyens.

Les mécanismes du tripatouillage constitutionnel

Le tripatouillage de la constitution se définit comme une révision instrumentalisée visant à modifier les règles fondamentales après un revers électoral. Le mécanisme actuel repose sur trois piliers opérationnels.

Le premier pilier est la prorogation du mandat des députés. En maintenant l’Assemblée nationale en fonction au-delà de son terme légal, l’exécutif conserve une chambre d’enregistrement docile. Ces députés, qui ne doivent plus leur siège à aucune élection récente, votent sans contrepoids.

Le deuxième pilier est le ciblage des articles stratégiques. Les dispositions constitutionnelles relatives à la limite d’âge,le poste de la vice-présidence, à la durée des mandats ou aux conditions de succession deviennent des cibles prioritaires. Chaque modification est calibrée pour éliminer tout obstacle à la continuité.

Les enjeux d’une crise à double horizon

La prorogation du mandat des députés crée une situation d’exception permanente. L’Assemblée nationale siège sans base électorale valide. Les populations, qui ont massivement exprimé leur choix le 12 octobre, voient ce choix annulé par des manipulations institutionnelles. La rue pourrait devenir le seul espace d’expression politique restant.

Elecam et le Conseil constitutionnel, déjà affaiblis par leur rôle dans le sauvetage , deviennent les symboles d’un État qui ne respecte plus ses propres règles.

La stabilité régionale est également menacée. Le précédent camerounais, où la défaite électorale déclenche une révision constitutionnelle, pourrait faire tache d’huile dans la zone CEMAC. Les voisins observeront et pourraient reproduire ce modèle.

Qui détient vraiment le pouvoir ?

Le régime de Paul Biya a survécu au 12 octobre par une proclamation sans substance et une révision constitutionnelle en cours. La question qui demeure est pourtant plus profonde : si le président officiel n’est plus le véritable détenteur de l’autorité, qui dirige le Cameroun dans l'ombre ?

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