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© Camer.be : Paul Moutila
- 12 Jun 2026 11:52:33
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CAMEROUN :: Pourquoi Kamto saisit un conseil qu'il sait hostile :: CAMEROON
En déposant une plainte vouée à l'échec devant le Conseil constitutionnel, Maurice Kamto ne cherche pas la justice immédiate mais lance une opération d'éducation politique massive pour préparer le Cameroun de demain, même sans lui.
Il y a un an, Maurice Kamto lâchait une phrase que beaucoup ont oubliée.
"Quand on saisit la justice en dictature, ce n'est pas parce qu'on espère qu'elle va faire son travail."
Aujourd'hui, il dépose une plainte devant le Conseil constitutionnel camerounais. Tout le monde sait qu'elle sera déclarée irrecevable. Lui le premier.
Alors pourquoi ?
Parce que Kamto ne joue pas la même partie que les autres. Pendant que l'opposition traditionnelle court après des postes, lui construit un peuple. Un peuple qui, dans 10, 20 ou 50 ans, saura exactement où toucher pour que plus jamais un régime ne puisse confisquer sa souveraineté.
Cette plainte n'est pas un recours judiciaire. C'est une bombe à retardement pédagogique.
Voici ce qu'elle révèle. Et pourquoi elle pourrait bien être le début de la fin.
UNE PLAINTE QUI DÉRANGE PAR CE QU'ELLE EXPOSE
Le Conseil constitutionnel camerounais rendra sa décision dans les prochains jours. Personne n'ignore l'issue : la plainte de Maurice Kamto sera jugée irrecevable. Comme tant d'autres avant elle.
Mais l'ancien candidat à la présidentielle ne s'y trompe pas. Il a déjà prévenu ses partisans. Il sait à quoi s'en tenir.
Alors pourquoi engager cette procédure ? Pourquoi mobiliser ses équipes, rédiger des documents, saisir une institution qu'il juge inféodée au pouvoir ?
La réponse tient en trois mots : l'éducation du peuple.
Kamto utilise cette plainte comme une projection publique. Un cours magistral à l'échelle nationale. Chaque étape, chaque argument, chaque rejet attendu est une occasion d'expliquer aux Camerounais comment fonctionne réellement leur État.
"Ceux qui se limitent au refus du conseil constitutionnel n'ont rien compris. C'est bien plus profond que ça."
COMMENT LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL TUE LE DÉVELOPPEMENT LOCAL
Pour comprendre la stratégie de Kamto, il faut d'abord comprendre le mécanisme qu'il dénonce. Un mécanisme invisible pour la plupart des citoyens, mais dévastateur.
Le Conseil constitutionnel camerounais a deux missions fondamentales :
1. Veiller à la tenue régulière des élections conformément aux délais prévus par la Constitution
2. Garantir la transparence et la justice électorale
Lorsque le Conseil ne remplit pas ces missions, les conséquences ne sont pas seulement politiques. Elles sont concrètes. Elles tuent des villages, des régions tout entières.
Voici le raisonnement, implacable :
- Un pays se développe à deux échelles : nationale (gouvernement) et locale (communes, régions)
- Les communes élaborent et mettent en œuvre des plans de développement pour l'emploi, l'eau, l'éducation, la santé
- Si les populations ne peuvent pas remplacer les maires incompétents ou corrompus, les communes ne se développent pas
- Si toutes les communes sont sous-développées, le pays entier l'est
Le Conseil constitutionnel est donc le verrou stratégique.
Quand il ne force pas la tenue des élections dans les délais, les "bandits et médiocres" restent en place. Quand il ne garantit pas leur transparence, les élections truquées produisent les mêmes résultats.
Résultat : des communes qui s'enfoncent, des populations qui s'appauvrissent, et un système qui s'autoperpétue.
POUR QUI TRAVAILLE VRAIMENT LE CONSEIL ?
L'analyse de Kamto va plus loin. Elle identifie la cause première de ce dysfonctionnement.
Le Conseil constitutionnel, affirme-t-il, est sous la domination totale du RDPC, le parti au pouvoir.
Pourquoi ?
- Tous ses membres sont nommés par le président du RDPC
- Ils sont tous membres ou ex-membres du parti
- Paul Biya peut les révoquer à tout moment
- Il peut même les emprisonner
"Ils travaillent dans la peur de défier la volonté du RDPC."
Le parti au pouvoir, selon cette analyse, craint les élections locales libres. Il impose donc sa volonté au Conseil. Le Conseil se plie. Les élections sont repoussées ou faussées. Les maires du RDPC restent. Les maires de l'opposition sont exclus.
Un cercle vicieux parfait.
LA SOLUTION : RENDRE LE CONSEIL INDÉPENDANT
Kamto ne se contente pas de dénoncer. Il propose.
Sa réforme du Conseil constitutionnel repose sur six piliers :
1. Des mandats protégés
Les membres du Conseil doivent être désignés pour une période supérieure à deux mandats présidentiels (plus de 14 ans). Ils ne peuvent être révoqués avant terme.
2. Limitation du président à deux mandats
Ainsi, tout président voit son pouvoir s'achever avant la fin du mandat des juges constitutionnels.
3. Fin de la nomination présidentielle
Les membres ne seront plus choisis par le président, mais par un collège élargi : conseillers municipaux, magistrats, députés, chefs traditionnels, syndicats, ordres professionnels.
4. Composition plurielle
Chaque liste doit inclure magistrats, avocats, membres d'ordres, syndicalistes, autorités traditionnelles.
5. Exigence d'intégrité absolue
Pas de passé corrompu, pas de militantisme politique (ni du candidat, ni de son conjoint ou enfant durant les 5 dernières années).
6. Reddition des comptes publique
En fin de mandat, les membres présentent leur bilan devant l'Assemblée nationale, la société civile, les ordres, les syndicats et les conseillers municipaux.
"Ce sera un moment obligatoire où ils vont être jugés par le peuple."
CE QUE KAMTO CONSTRUIT POUR LES 50 ANS À VENIR
La plainte actuelle n'est qu'un acte. Derrière elle, une vision.
Kamto le dit lui-même : quand il pense au Cameroun, il ne s'agit pas de lui président. Il pense au Cameroun dans 50 ans, quand il ne sera plus là.
Un pays libre et grand, avec un peuple mûr et debout.
Cette approche le distingue radicalement du reste de la classe politique camerounaise. Là où d'autres courent après des postes, des avantages, des arrangements, Kamto construit une infrastructure cognitive pour la nation.
"C'est inutile d'avoir le renversement de la dictature avec un peuple qui n'est pas mûr politiquement. Parce qu'on va installer une nouvelle dictature, et ils ne vont même pas s'en rendre compte."
L'histoire récente donne raison à cette analyse. Combien de révolutions africaines ont débouché sur de nouvelles dictatures ? Combien de "libérateurs" sont devenus des oppresseurs à peine arrivés au pouvoir ?
Parce que le peuple, en renversant l'ancien régime, regardait seulement les résultats (misère, chômage). Pas les structures. Pas les institutions. Pas les verrous constitutionnels.
Kamto veut un peuple qui comprend le problème de fond. Un peuple qui saura, le jour du changement, EXACTEMENT quelles réformes imposer au nouveau régime. Un peuple capable de dire "non" le jour même si on tente de le tromper.
"Si le nouveau régime veut mettre une réforme de façade, le peuple ne va pas attendre 7 ans pour se lever. Il va se lever le même jour."
L'HÉRITAGE D'UN PROFESSEUR
Maurice Kamto n'est pas un homme pressé. Professeur de droit, il connaît la puissance des idées semées longtemps avant leur germination.
Son combat, il le mène depuis 15 ans. La Résistance nationale, son mouvement, construit patiemment une alternative politique et intellectuelle.
Ce qu'il enseigne, en substance :
1. Le changement viendra peut-être par les élections, mais pas avec ce Conseil constitutionnel. Il faudra, après la victoire, se battre pour récupérer le pouvoir réel.
2. Une fois ce pouvoir récupéré, le peuple devra veiller à ce que les réformes structurelles soient appliquées. La principale réforme aujourd'hui, c'est l'indépendance du Conseil constitutionnel.
Le témoignage d'un citoyen :
"Hier je ne savais même pas ce que c'était que le conseil constitutionnel. Aujourd'hui grâce à Kamto, je sais ce que c'est. Je suis capable de mesurer la gravité de son mauvais fonctionnement et son impact sur la population. Je comprends ce qui ne va pas."
UNE BATAILLE QUI DÉPASSE UNE PLAINTE
Le Conseil constitutionnel rendra sa décision. Elle sera négative. Kamto le sait.
Mais ce n'est pas un échec. C'est une étape.
Chaque Camerounais qui suit minutieusement Maurice Kamto, selon cette analyse, ne se bat pas seulement pour le changement. Ce Camerounais a une idée concrète de ce qu'il faut faire pour qu'il y ait le changement. Il sait où il faut toucher.
Si notre génération n'arrive pas à renverser ce régime, nos enfants s'appuieront sur les enseignements tirés de ces combats. Ils continueront la lutte. Ils construiront un nouveau pays.
Car c'est cela, le véritable pouvoir : un peuple qui sait. Un peuple qui ne peut plus être trompé. Un peuple qui devient ingouvernable autrement que par le droit et le consentement.
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