Conférence ministérielle de l’OMC à Yaoundé: Un exercice de tromperie collective
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Un exercice de tromperie collective, une démonstration de l’inégalité entre les Etats et une consécration du conflit permanent entre les intérêts nationaux, mais une réaffirmation de l’utilité fonctionnelle du processus diplomatique multilatéral malgré tout.

Ce qui anime les nations, légitimement, c’est la promotion, la défense, la préservation et la protection de leurs intérêts nationaux en toute circonstance, sur toutes les questions et par rapport à tous les acteurs publics et privés. L’inverse suppose soit la trahison, soit l’incompétence soit l’ignorance. Et dans cette équation, sont mises en exergue en permanence, les échanges économiques et les échanges commerciaux exprimés en valeurs marchandes et financières réelles. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) représente le cadre de référence du consensus sur les normes de référence aux fins de stabilisation des termes collectifs de travail et d’arbitrage des contentieux y relatifs, nonobstant les rapports des forces.

Argumenté ainsi, le profane se prendrait à croire qu’il vit dans un monde rassurant en ce qui concerne l’ordonnancement des flux économiques, financiers et marchands entre les nations. Et pourtant, il faut craindre que dans la réalité, tout cela ne soit qu’une illusion d’optique susceptible de basculer à tout moment dans la pire des ignominies, à cause d’un seul coup de pied ou de gueule.

La quatorzième conférence ministérielle qui se tient à Yaoundé du 26 au 29 mars 2026, offre une occasion de se pencher sur un état du monde dorénavant marqué par la résurgence des protectionnismes ardue, et la manifestation d’une arrogance jamais expérimentée à un tel niveau dans les relations internationales. Dans l’histoire diplomatique contemporaine, il n’y a que le souvenir d’Hitler foulant aux pieds dès 1936 tous les canons de la coopération internationale et quittant brutalement la défunte société des nations pour défier le monde en lançant la guerre, comme équivalent.

En effet jamais les relations économiques internationales n’ont connu une dégradation aussi ouverte et aussi bouleversante depuis trois décennies. Même au plus fort des crises nées de la troisième guerre israélo-arabe en 1973 et de la faillite des effets hypothécaires aux Etats Unis en 2008, on n’avait vu ce qui se passe sous nos yeux.

Certes, le jeune diplomate de son époque que j’étais, avait connu, comme membre de la délégation du Cameroun, un baptême de feu amer aux négociations commerciales de l’Uruguay round à Montréal en 1988, en assistant à l’arrogance, la ruse, le cynisme et la tricherie des grandes nations, mais c’était encore supportable. Aujourd’hui, l’heure n’est plus à des prononciations rusées, elle est à la dictature et la destruction manifeste de ce qui reste de cadre de tolérance et de consensus sur les normes du commerce. L’arrivée de Trump au pouvoir aux Etats Unis est venue rappeler que la confrontation des intérêts nationaux peut prendre une tournure barbare, et mieux que les rapports entre les nations, ne sont stables et mutuellement bénéfiques, que si les fameux big powers sont consentants.

L’OMC est d’abord le produit d’un accouchement difficile, la résultante de négociations serrées de plusieurs cycles qui se sont étalées sur plusieurs décennies à partir de 1947 quand le Sénat des Etats s’oppose à la signature des actes de la conférence de la Havane sur la création d’une organisation internationale du commerce. Le monde a ensuite vécu sous la dictature d’un occident qui en avait tenu à l’écart les pays communistes, pour rien d’autre que pour la guerre froide. Nous sommes allées de désordres en désordres, trop de déchets.

Ce qui nous reste vraiment de l’OMC, c’est une carcasse fissurée et mal conservée, que l’on se débrouille à maintenir en alerte, pour perpétuer l’esprit et la promesse de la Charte de San Francisco de 1945 créant l’ONU. Il s’agit bien d’une démonstration de tromperie collective, où les questions débattues n’ont d’effectivité, que pour autant que les seigneurs du monde et autres adeptes de la pensée unique, avalisent les conclusions. L’esprit de l’OMC excluait le protectionnisme et les sanctions, l’unilatéralisme et les blocus. Hélas, il n’y a plus que cela qui se présente à nos yeux, avec une ostentation satanique. Cuba est sous blocage depuis des décennies, ce qui est incompréhensible.

Pourtant, le simple fait de la continuité des organisations, le principe des rencontres, des sessions, des assemblées et des conférences, traduit une autre dimension de l’humanité, otage ou auréole, d’un universalisme qui fait applaudir l’indispensable, l’increvable et l’inéluctable processus diplomatique multilatéral. N’attendez rien de la conférence de Yaoundé, mais attendez sûrement que des fenêtres de dialogue entre les nations, persistent, résistent et perdurent malgré les folies de certains dirigeants./.

Yaoundé, le 26 mars 2026

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