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© Camer.be : Paul Moutila
- 26 Mar 2026 00:58:03
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CAMEROUN :: Le Pr Aba’a Oyono porte plainte contre la gendarmerie pour enlèvement :: CAMEROON
Un universitaire de Yaoundé II dénonce un enlèvement au forceps et une détention illégale
Le professeur Jean Calvin Aba’a Oyono, enseignant à l’Université de Yaoundé II, a déposé une plainte le 24 mars 2026. Il accuse plusieurs responsables de la gendarmerie nationale de l’avoir enlevé, séquestré et soumis à des violences. Les faits remontent aux 25 et 26 octobre 2025. La plainte vise des gradés jusqu’au secrétaire d’État à la défense.
Une interpellation musclée sans mandat ni convocation
Le 25 octobre 2025, une quinzaine d’hommes en civil, cagoulés et armés, cernent la résidence du professeur à Yaoundé. Son fils donne l’alerte. L’universitaire se rend au portail. Il reconnaît parmi les agents un ancien élève du collège F-X Vogt, désormais lieutenant à la DGRE, du nom de Kutiche Kuitche Ben Sirac.
L’interpellation ne repose sur aucun document légal. Un agent salue le professeur, qui demande à voir une convocation ou un mandat. Aucun papier n’est présenté. L’universitaire propose alors de déférer à une convocation le lundi suivant, à son domicile connu. C’est à ce moment qu’un jeune homme survolté lance : « si vous n’ouvrez pas ce portail […] nous allons vous abattre comme un chien ».
Une séquence de violence et de violations des droits
La scène bascule. Une bagarre éclate à l’intérieur du domicile entre la horde armée et la famille du professeur, présente avec son épouse et ses trois garçons. Au bout de cinq minutes, Aba’a Oyono est porté de force et jeté dans une voiture de couleur noire. Il est menotté aux pieds et aux mains, cagoulé.
Le trajet devient un supplice. Les agents le rouent de coups de poings et de pieds. L’un d’eux filme son visage en sueur avec un téléphone portable, probablement pour alerter sa hiérarchie de l’exécution de la mission. Le professeur est ensuite présenté au lieutenant-colonel Biallo Dieudonné, chef du service central de recherche judiciaire du SED.
L’exploitation des téléphones portables comme vecteur de pression
L’audition est conduite par le lieutenant-colonel Biallo Dieudonné, en présence du capitaine Otele Etoundi Moïse et du maréchal de logis chef Som Ledru. La première question posée porte sur les téléphones portables du professeur. Celui-ci objecte en invoquant la Constitution et l’inviolabilité du secret des correspondances. Il demande à voir un mandat judiciaire. La réponse du lieutenant-colonel est sèche : « je suis le seul à poser des questions dans mon bureau ».
Le lendemain, dimanche 26 octobre, l’épouse et les enfants du professeur se présentent pour une visite autorisée. Le lieutenant Bodo Guillaume Moïse leur impose une condition : remettre les téléphones portables du détenu avant toute rencontre. Menacés, ils n’ont d’autre choix que d’aller chercher les appareils et de les remettre. Les téléphones sont ensuite exploités par les personnels du service central des recherches judiciaires.
Une plainte qui met en cause la chaîne hiérarchique
La plainte vise huit infractions, dont l’arrestation et la séquestration aggravées, la violation de domicile, les menaces sous conditions et la rébellion aggravée. Elle met en cause directement le lieutenant-colonel Biallo, le capitaine Otele, le lieutenant Bodo et le maréchal de logis Som Ledru. Mais elle vise aussi leurs supérieurs : Etoga Galax Yves Landry, secrétaire d’État auprès du ministre de la défense chargé de la gendarmerie, et le général Pierre Louba Zal, directeur central de la coordination.
L’affaire pose la question de l’articulation entre les services de sécurité camerounais. Le professeur dénonce une « entente souterraine » entre la DGRE, qui aurait procédé à son enlèvement, et le SED, où il a été détenu. Si la plainte aboutit, elle pourrait éclaircir les liens opérationnels entre ces services. Si elle est classée sans suite, elle alimentera la thèse d’une impunité structurelle.
Une forfaiture que les supérieurs n’ont pas invalidée
Le professeur Aba’a Oyono souligne un point crucial : ses supérieurs hiérarchiques, Etoga et Louba Zal, ne pouvaient ignorer ce qui se passait. Pourtant, « la forfaiture juridique n’a nullement été par eux invalidée ». La question qui demeure est simple : dans un État de droit, des responsables peuvent-ils rester silencieux face à de telles pratiques ?
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