Prostitution : Quand élèves et étudiantes s’y mettent
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L’arrivée de ces jeunes filles dans cette activité à Bertoua est massive, avec des approches différentes de celles des professionnelles. 

Nous sommes dans le centre-ville de Bertoua, en pleine matinée. Dans une boutique tenue par Jules Blaise Kamdem, un jeune commerçant, des jeunes filles parcourent les rayons. Elles cherchent des modèles de vêtements à leur goût. Les jeunes demoiselles arborent directement leurs nouvelles tenues à la mode en discutant et en se taquinant. « Il faut bien être dans la tendance, j’ai un penchant pour les jupes paysannes, le pantacourt, les slim, chien m’a mordu, matico etc. Bref des tenues qui allument au passage », confesse Margueritte Tignang, une étudiante. 

Généralement, ces clientes de fortune n’ont pas de facture à payer, mais elles émargent dans un cahier soigneusement tenu par le propriétaire des lieux. « Elles viennent louer les tenues ici, car elles ne peuvent pas s’en acheter à cause du prix », déclare le jeune commerçant, qui explique par la suite : « Le temps de location d’une tenue varie entre trois jours et une semaine. Le prix aussi change en fonction du coût de la tenue et du temps, mais tout est compris entre 5000 et 10.000 Fcfa ». Habillée en corsage décolleté rouge, pantalon noir et chaussée d’une paire de Sébago, Mariette Kana confesse : « Il faut se mettre dans une tenue de circonstance pour faire fléchir même les hommes les plus résistants ». La jeune fille qui est pensionnaire dans une école de formation de la ville dévoile enfin sa stratégie : « On sillonne les bureaux sous prétexte qu’on cherche du travail ou des renseignements à propos des éventuels recrutements, et très facilement, le poisson mord à l’hameçon ». 

Cette forme de prostitution qui prend corps à Bertoua est bien florissante, car les adeptes y trouvent leur compte. « Les jours indiqués pour être sur le terrain c’est mercredi, jeudi et vendredi, car beaucoup d’hommes programment déjà leur week-end. Lorsque la ronde est bonne, on peut facilement avoir 35000 à 50.000 Fcfa par jour », déclare Pulchérie. E, élève dans un lycée de la ville. « Pour y parvenir, il faut éviter de causer longtemps dans un bureau, vous mettez votre partenaire en confiance pour le week-end, puis, on trouve un alibi pour qu’il vous dégaine le dernier billet qu’il a en poche », explique la jeune fille. Elle précise pour finir : « Tout dépend de la capacité de séduction et du nombre des personnes accrochées ». Ces jeunes filles qui essayent de joindre les études et le commerce du sexe se sont forgées un emploi du temps parallèle à celui de leur école. « On ne peut pas tout faire à la fois, il y a des jours où on sèche les cours, il y a d’autres jours où on quitte un peu plus tôt », relate Mariette Kana.

Jusqu’à 200 000 Fcfa le week-end

galopante, certaines de ces filles s’exilent dans les localités environnantes de la ville de Bertoua. Les zones d’exploitation minière ou forestière telles que Bétaré Oya, Ngoura, Kolomine, Mindourou, Yokadouma, Mballam sont les destinations les plus prisées. « Il faut bien explorer les nouveaux marchés, et lorsqu’on sort de la ville on n’est plus visible et on gagne gros en peu de temps », affirme Margueritte Tignang. Et d’ajouter : « En campagne, on est très sollicitée, même par les expatriés qui y sont. On peut facilement gagner 150.000 à 200.000 Fcfa un week-end dans une localité minière ou forestière ». 

Malgré le danger

Les jeunes adeptes du commerce du sexe s’exposent à beaucoup de risques du point de vue santé notamment avec des infections sexuellement transmissibles à l’instar du Vih/Sida, elles ne sont plus à l’abri des risques de stérilité. D’autres, par contre, sont régulièrement victimes des agressions physiques de leurs partenaires. « Il y a des gens qui vous soumettent à des services ridicules ; lorsque vous résistez, ils ne tardent pas à vous brutaliser », témoigne Pulchérie. E. Malgré les obstacles rencontrés, les jeunes commerçantes du sexe à Bertoua tirent leur épingle du jeu. « Mes parents sont vraiment très démunis, alors je suis obligée de me livrer à cette activité pour non seulement supporter mes études, mais aussi prendre sur mon dos la scolarisation de mes frères et soeurs ainsi que l’entretien de la famille », confie Margueritte Tignang.

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