Pr André- Marie  Yinda Yinda  " Le développement de Ngompem  nous concerne tous, au même titre"
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CAMEROUN :: Pr André- Marie Yinda Yinda " Le développement de Ngompem nous concerne tous, au même titre" :: CAMEROON

Président exécutif de l’Association de développement de Ngompem (Adn) évoque dans cet entretien les problèmes de développement auxquels font face un grand nombre de campagnes camerounaises notamment l’appétence aiguisée des élites pour le contrôle des rares financements publics et le musellement de l’élite montante

Monsieur le président, pourriez-vous présenter en quelques mots votre association, ses objectifs, ses effectifs, ses différentes antennes, ses principales réalisations et ses projets en cours ?

L’Association de développement de Ngompem (Adn) est une initiative née il y a moins d’un an. Elle est portée par une nouvelle génération de Ngompemois qui se donnent pour but d'agir tous azimuts en faveur du développement de ce village mais aussi et surtout de ces ressortissants où qu'ils soient. La situation actuelle est un véritable désastre qui contraste avec notre belle réputation à l’extérieur. Ngompem est l’un des rares villages du pays Bassa à ne pas avoir de l’électricité et de l’eau potable partout. Les financements publics dégagés à ce propos n’ont pas toujours été utilisés à bon escient. C’est d’ailleurs l’une des polémiques du moment. Par ailleurs, l'état des routes et des ponts laissent toujours à désirer malgré une récente intervention de la commune de Pouma dans ce sens via le BIP 2020. Les 3 écoles publiques primaires et le CES sont dans une situation critique : bâtiments en décrépitude et même sans toiture pour certaines pièces, enseignants manquants, ce qui entraînent un sous-effectif inquiétant des élèves par classe. Nous connaissons les mêmes difficultés au niveau de la santé, des activités économiques et socioculturelles. Pour toutes ces raisons, les ressortissants de Ngompem ont tendance à s'exiler, plongeant le village dans un état de sinistrose qui n'est pas acceptable pour quiconque a le moindre souci du bien-être communautaire. La seule chose qui semble encore mobiliser certaines élites à l’appétence aiguisée, c’est le projet de barrage du Grand Eweng ou le contrôle des rares financements publics. 

C'est donc pour rompre avec cette image dégradée, pour stopper cette longue et lente agonie que l'Adn est née ?

Tout est à faire. Nos ressources sont limitées. Nous avons fait le choix de commencer par dresser une feuille de route qui fait l’état des besoins urgents et articule un plan d’actions qui est en cours de réalisation. Nous avons axé la première phase de nos actions sur l’humain, avec un accent particulier sur la reprise de confiance dans le cadre de la formation et la promotion de l'excellence scolaire et académique. Nous avons également pour ambition de fédérer toutes les associations des Ngompemois sous la bannière de l'ADN, de planifier la réalisation des projets prioritaires d’intérêt communautaire qui seront dévoilés au fur et à mesure de l’évolution de la concertation avec tous les acteurs impliqués. Nous mettons également un point d’honneur non seulement à œuvrer pour la recherche et la levée des fonds mais aussi et surtout pour suivre, contrôler et accompagner la gestion des financements publics alloués pour l’électrification, les forages, les routes et ponts à restaurer, etc. La surveillance et la valorisation du patrimoine foncier et forestier font également partie de nos actions prioritaires tout autant que la sauvegarde des avoirs communautaires et la promotion d’une élite de qualité dans tous les secteurs aussi bien au Pays qu’au sein de la diaspora. Partout où se trouvera un seul Ngompemois, l’Adn se fera un point d’honneur à aller le débusquer et à l’impliquer dans cette nouvelle dynamique de développement qui est en train de se mettre en place.

Vous avez organisé le 12 juin dernier la cérémonie d’excellence scolaire à Ngompem. Cérémonie au cours de laquelle des prix et la bourse d’étude «Dr Jean Ntamack Ntamack » ont été distribués aux élèves les plus méritants. Pouvez-vous nous en dire plus ?

En effet, nous sommes fiers de cette première réalisation. Pour la première fois, nous avons récompensé les meilleurs élèves de chaque classe et le meilleur élève du CES de Ngompem. Les élèves étaient tous très contents et rayonnants de bonheur. Tout le monde a pu voir les images qui ont fait le buzz sur les réseaux sociaux. Ce travail a été porté de bout en bout par le Comité des Prix et Bourses de l’Adn qui est présidé par le Dr Louise Marie Bidjeck, enseignante à l’université de Yaoundé 1 assisté de membres ayant le profil d’universitaires ou représentants Ngompem. Les lots comportaient tout le nécessaire pour la rentrée scolaire prochaine avec notamment des livres scolaires, les cahiers, les cartables ainsi que les frais de scolarité. Nous avons exhorté tous les élèves à suivre l’exemple des lauréats du jour. La collaboration du personnel enseignant et des parents d’élèves a été précieux. Par le biais du Comité des Prix d’excellence et de la Bourse d’Études « Dr Jean Ntamack Ntamack » créée en hommage à un de nos membres fondateurs prématurément disparu, l’Adn s’est engagée à se tenir aux côtés de tous les élèves pour le soutien et l’impulsion vers l’excellence. Cette initiative a été créée dans le but d’inciter les jeunes ressortissants de Ngompem à suivre la voie du mérite scolaire. Les prix d’excellence scolaire seront attribués à la fin de chaque année scolaire aux meilleurs élèves du CES et de toutes écoles primaires de Ngompem. Une bourse pour l’accès aux études supérieures a également été créée. Je suis personnellement convaincu que la réussite du développe#ment de Ngompem, comme celui de la Sanaga-Maritime et du Cameroun tout entier, repose désormais sur le nombre et la qualité des cerveaux qui en sortiront et sauront agir honnêtement pour l’intérêt commun.

Votre association promeut le développement de votre village. Quel sont, à votre avis, les principaux problèmes qui minent ce développent et quelles sont les solutions que vous apportez aux populations villageoises dans le sens d’améliorer leur bien-être et d’enrayer l’exode rural ?

Le constat est flagrant. Ngompem a une élite de qualité et des ressortissants de grande valeur mais qui sont disséminés un peu partout. Certains se tiennent à l’écart. D’autres se cantonnent à la routine de la conservation des liens communautaires à travers les tontines et autres manifestations folkloriques ou cérémonies funéraires. Cette élite a le sentiment, que pendant longtemps, elle a été écrasée par un leadership qui était hyper-puissant sans être pour autant ni efficace ni entraînant. On a coutume de dire qu’à Ngompem, toutes les têtes qui émergeaient ont été coupées. Moi-même qui vous parle, il se raconte que ma tête est depuis longtemps mise à prix en raison du nouveau leadership que je suis censé incarner. Des actions multiples sont menées pour entraver nos initiatives et étouffer notre parole. Certains dépensent leur fortune pour financer des officines étrangères, mobiliser des réseaux transnationaux secrets et corrompre à tour de bras y compris dans mon propre cercle proche uniquement dans le but sinistre d’anéantir ce nouveau leadership émergeant et inspirant. Mon éventuel retour au pays serait même redouté ! C’est tellement vain. C’est juste triste. C’est incroyablement dommageable parce qu’une telle débauche d’énergie et de ressources devrait plutôt être toute entière consacrée au développement de notre cher et beau village, à la création d’emplois et à la valorisation des compétences de nombreux Ngompemois bien formés, motivés et disposés à œuvrer pour le bien-être communautaire pour autant qu’ils en aient l’opportunité.

Qu’est-ce qui est donc nouveau ?

Ce qui est radicalement nouveau, c'est que le basculement du leadership local est en train de libérer les esprits, la parole et énergies. Ce qui est en train de se mettre en place tout doucement c’est une nouvelle vision inspirante du développement communautaire, centrée sur l’humain, impliquant proportionnellement toutes les forces motrices du développement au niveau local, en s’appuyant sur la complémentarité de l’action publique de l’État et la subsidiarité du soutien des partenaires internationaux, singulièrement celui de la diaspora. Tout cela se passe naturellement dans la douleur, comme toute naissance de qualité. Mais tel est le défi qui se dresse devant nous et que nous avons commencé à relever modestement certes mais surtout avec toute la résolution nécessaire. Il nous faudra fédérer les énergies. Il faudra se montrer certainement plus à l'écoute, faire preuve de plus modestie, retravailler l’approche pour convaincre les plus réticents, les indécis et les nombreux déçus des générations précédentes et suivantes, etc. La méthode privilégiée est celle de l'action inspirante et de la concertation dynamique adossée sur un management associatif faite d’assertivité, d’empathie et de bienveillance. Comme on dit en latin : « Exemplatrahunt », seuls les exemples entraînent. C'est par la multiplication des petites actions ciblées, coordonnées et concertées que nous espérons induire une dynamique collective. C’est ainsi que arriverons à faire revivre le Ngompem rayonnant que nous avons connu il y a quelques années et dont nous étions si fiers.

Quel message avez-vous à l’endroit de l’élite et de la diaspora de Ngompem ?

Le développement de Ngompem n'est pas l’affaire d’un individu ou de quelques personnes. C'est une affaire qui nous concerne tous, au même titre. L'intérêt commun doit primer et guider toutes nos pensées, nos actions, nos projets et mêmes nos émotions. Je lance donc un vibrant appel à tous les ressortissants de Ngompem où qu'ils soient, quel que soit leur statut social ou professionnel, quel que soit leur états d'âme, à faire table rase du passé récent ou lointain, à rejoindre les rangs de l'Adn via ses antennes locales et à participer à nos activités sur les réseaux sociaux (Facebook et WhatsApp). Le temps est venu de se réveiller et de reconstruire ensemble la terre de nos ancêtres. Il est temps de commencer à se projeter, à voir plus loin et plus profond : ce qui se joue à Ngompem va certainement déborder sur l'arrondissement de Pouma, le département de la Sanaga-Maritime et au-delà. L’avenir de Ngompem, comme celui de la Région et du Pays tout entier, est entre les mains de ses filles et fils, et de personne d’autre. Il dépendra de ce qu’on en fera. A l’Adn, nous faisons le pari de l’action rapide, directive et proactive. Notre slogan illustre parfaitement cette philosophie : « Le développement n’attend pas ! »

NB: Le titre est de la rédaction de camer.be. Le titre original étant Pr André Yinda Yinda: « A cause du leadership, ma tête est depuis longtemps mise à prix»

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