VINCENT DE PAUL AHANDA : L'homme qui gifla l’ambassadeur de France
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Il aura été ministre pendant 9 mois sous André-Marie Mbida, puis Premier ministre pendant cinq mois sous Ahmadou Ahidjo.

En juin 1965, il y a à peine quatre ans que le Cameroun a réalisé la fédération entre le Southern Cameroons, anciennement sous la tutelle britannique, et le Cameroun oriental, sous la tutelle de la France. Ce voeu cher à Ahmadou Ahidjo, le président de la République, et John Ngu Foncha le vice-président, s'est concrétisé le 1er octobre 1961. Ahidjo veut dès lors, passer à un autre chapitre de son programme politique, à savoir, l'institutionnalisation du parti politique unique.

Bien avant l'indépendance, des petits partis politiques d'envergure tribale, ethnique ou régionale, ont rejoint le parti d’Ahidjo. Ceux qui s'opposent à cette initiative sont arrêtés et mis en prison. C'est le cas du Dr Marcel Bebey Eyidi, Charles Okala et André-Marie Mbida. Dans la partie méridionale du pays, et plus particulièrement dans le Nyong et Sanaga, malgré le démantèlement du Parti des démocrates camerounais (PDC) par des désistements suscités et des intimidations, le parti d’André-Marie Mbida pose des problèmes et demeure un obstacle. Lors des élections législatives de 1964, l'épouse de l'ancien Premier ministre emprisonné, Marguerite Mbida défie Ahidjo en se présentant. Certaines sources affirment qu'elle a battu l'UC d’Ahidjo à plate couture dans le Nyong et Sanaga, et que sa victoire lui a été volée.

Ahidjo pense naturellement qu'il lui faut un homme à poigne, pour complètement éteindre le PDC. Il ne peut pas faire appel à Charles Onana Awana son " frère ", originaire du Nyong et Sanaga comme Mbida. Il ne peut pas non plus continuer à travailler avec Charles Assale, le Premier ministre en poste, jugé trop " falot et faible" et de plus en plus impopulaire dans son sud natal. Voici par exemple ce que dit de lui l'homme politique Abel Eyinga, à l'époque son collaborateur, dont le bureau se trouvait à côté de celui du Premier ministre : "J’entendais quelqu'un se faire engueuler par un homme qui parlait comme un patron.

Au bout d'un moment, cet homme est sorti, c'était M. Schmuck, le conseiller technique français au Premier ministère. Cinq minutes après, en entrant, je n'ai trouvé qu'Assale. C'est donc lui qui se faisait engueuler ! C'est une scène qui m'a vraiment refroidi. Le Premier ministre lui-même avait honte de cette situation." Or, il fallait un homme à Ahidjo. C'est alors qu'il se souvient d'un homme qu'il fréquente depuis les années 1950-1954, à l’époque où il était en poste à Garoua. Cet homme qui a rejoint les rangs de son parti en 1959, en abandonnant celui de son frère Mbida. Cet homme, c'est Vincent de Paul Ahanda.

La gifle

Le 19 juin 1965, Vincent de Paul Ahanda est nommé Premier ministre du Cameroun oriental, après une riche carrière de diplomate. Il aura été ambassadeur du Cameroun en République fédérale d'Allemagne du 1er janvier 1961 au 14 avril 1962. Le 17 avril 1962, il est nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République fédérale du Cameroun au Royaume de Belgique, avec ses fonctions d'ambassadeur du Cameroun auprès du Grand- Duché de Luxembourg, puis auprès du Royaume des Pays-Bas dès le 18 mai 1963, et après, il sera représentant permanent de la République fédérale du Cameroun auprès de la Communauté économique européenne dès le 24 juillet 1962.

Nommé donc Premier ministre en remplacement de Charles Assale, Vincent de Paul Ahanda qui traine une réputation de gagneur, doit soumettre les dirigeants des partis politiques à accepter l'idée du parti unique. Homme fort et charismatique, Vincent de Paul Ahanda l'est effectivement. Dans ses rapports au quotidien avec les conseillers français, il n'est pas du tout " corvéable taillable " comme son prédécesseur. Il n'accepte pas la condescendance des assistants français. Le ton monte avec la diplomatie française qui a de la peine à diriger le Premier ministre camerounais.

De par son attitude, Vincent de Paul Ahanda fragilise les fondements des relations entre Yaoundé et Paris telles que voulues par les dirigeants de la 5ème République française. Jacques Foccart, qui a le devoir de veiller sur les intérêts de la France à partir de son bureau parisien, commet l'ambassadeur de France au Cameroun, Jean Pierre Bénard, signifier le mécontentement de Paris au Premier ministre camerounais. Sans prendre un rendez-vous, le diplomate français se rend à la Primature. "L’ambassadeur Bénard, relais sur le terrain de Jacques Foccart, " comme le mentionne Henry Paul Diabaté Manden cité par Wikipédia, et pour cela se croyant tout permis, admoneste le Premier ministre Vincent de Paul Ahanda. Devant l'affront, le sang ne fait qu'un tour dans la tête du fils de Ntouessong. " Se levant prestement, il fonce vers l'ambassadeur. Flairant le danger, le Français veut prendre la poudre d'escampette. L'on chuchote qu'avant l'arrivée de l'huissier de service, M. l’ambassadeur de France avait reçu quelques soufflets retentissants.

Humilié, tout honteux, celui-ci jura qu'il aurait la tête du Premier ministre Vincent de Paul Ahanda. "Ce qui fut fait. Un communiqué laconique lu à la radio nationale le 20 novembre 1965 annonce la démission du Premier ministre pour cause de maladie. 

Démission ou acte diplomatique ?

Vincent de Paul Ahanda a-t-il réellement démissionné, ou il a été démissionné ? Sa gifle infligée à l'ambassadeur de France était un acte suffisamment grave. Il pouvait être sanctionné par sa hiérarchie et être poursuivi en justice pour coups et blessures. Au plan diplomatique, cela portait atteinte dans les relations entre Yaoundé et Paris.

Pour faire bonne mesure, l'incident de la gifle a été soigneusement gardé secret. L'histoire retient qu'après seulement cinq mois, Vincent de Paul Ahanda a démissionné de ses fonctions de Premier ministre, officiellement pour cause de maladie. Pour lui trouver un point de chute, il fut nommé président du conseil d'administration de la Société camerounaise des argiles industrielles, jusqu'à sa mort le 12 septembre 1975. En effet, Vincent de Paul Ahanda est né le 24 juin 1918 à Ntouessong 1 dans l'arrondissement de Bikok, département de la Mefou et Afamba. Il obtient le CEPE en 1929 à l'école de la mission catholique de Mvolye. Il entre au séminaire d'Akono. En 1933, c'est le grand séminaire Saint Laurent de Mvolye qui lui ouvre ses portes. Il est renvoyé en 1940 à cause de l'indiscipline. Il aura donné quelques coups de poing à un des prêtres encadreurs pour des raisons obscures. La même année 1940, il entame une carrière à la fonction publique. Son premier poste est à la Trésorerie. En 1946, il quitte la Trésorerie pour les Travaux publics.

Au plan politique, Vincent de Paul Ahanda devient militant du PDC de André-Marie Mbida. Il est élu député en 1956, et le 16 mai 1957, il est nommé ministre de l'Education nationale dans le gouvernement Mbida. Ce gouvernement chute le 16 février 1958 en faveur de Ahmadou Ahidjo. Ahanda reste député à l'Assemblée. Il quitte son parti le PDC en 1959 et rejoint l'UC d'Ahidjo. En récompense, Ahmadou Ahidjo lui ouvre les portes pour une carrière dans la diplomatie dès 1961.

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