PREDICATION DU DIMANCHE 06 JUIN 2021 PAR LE REV.  DR. JOËL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 06 JUIN 2021 PAR LE REV. DR. JOËL HERVE BOUDJA

Quand le soir fut venu, Jésus arriva avec les douze disciples.

18 Pendant qu'ils étaient à table et qu'ils mangeaient, Jésus dit : « Je vous le déclare, c'est la vérité : l'un de vous, qui mange avec moi, me trahira. »

19 Les disciples devinrent tout tristes, et ils se mirent à lui demander l'un après l'autre : « Ce n'est pas moi, n'est-ce pas ? »

20 Jésus leur répondit : « C'est l'un d'entre vous, les douze, quelqu'un qui trempe avec moi son pain dans le plat.

21 Certes, le Fils de l'homme va mourir comme les Écritures l'annoncent à son sujet ; mais quel malheur pour celui qui trahit le Fils de l'homme ! Il aurait mieux valu pour cet homme-là ne pas naître ! »

22 Pendant le repas, Jésus prit du pain et, après avoir remercié Dieu, il le rompit et le donna à ses disciples ; il leur dit : « Prenez ceci, c'est mon corps. »

23 Il prit ensuite une coupe de vin et, après avoir remercié Dieu, il la leur donna, et ils en burent tous.

24 Jésus leur dit : « Ceci est mon sang, le sang qui garantit l'alliance de Dieu et qui est versé pour une multitude de gens.

25 Je vous le déclare, c'est la vérité : je ne boirai plus jamais de vin jusqu'au jour où je boirai le vin nouveau dans le Royaume de Dieu. »

26 Ils chantèrent ensuite les psaumes de la fête, puis ils s'en allèrent au mont des Oliviers. Ce qui se passe ce soir-là à Jérusalem dans cette salle où Jésus a invité ses disciples pour célébrer la Pâque juive, c’est vraiment le bouquet ! Tout est prêt pour la fête. Jésus et ses disciples arrivent et s’installent pour le repas. Et en guise de paroles d’accueil Jésus déclare : « L’un de vous me livrera ! »

Pour couper l’appétit et casser l’ambiance, il n’y a pas mieux ! Jésus ne nomme personne et c’est probablement ce qui est le plus difficile à encaisser – ou peut-être vaut-il mieux ainsi ! Personne ne peut être rassuré et se dire « ce n’est pas moi, ouf ! C’est lui. J’ai ma conscience pour moi ! » Non, ce n’est pas aussi simple et chacun s’en rend bien compte. Chacun, frappé par l’évidence de la fragilité des relations humaines, en vient à s’interroger : « Est-ce que c’est moi ? Est-ce que je serais capable de trahir mon meilleur ami pour sauver ma peau ?

Est-ce que je pourrais être capable de hurler avec les loups pour préserver mes intérêts ? Est-ce que je pourrais être capable de retourner à ce point ma veste et lâcher mes amis d’hier pour assurer mes acquis et mes ambitions personnelles ? » « L’un de vous va me livrer ! » Devant cette question, personne ne peut être sûr de lui. Tous s’interrogent. Personne pour se gonfler d’orgueil – comme Pierre a pu le faire en d’autres circonstances – et prétendre qu’il ne pourrait pas devenir un traître ! Pas un qui cherche à découvrir qui cela pourrait être.

Pas un pour montrer du doigt l’un ou l’autre du groupe, qui peut-être, avait déjà fait preuve d’un manque de fidélité et de loyauté. Mais chacun regarde à soi-même, attristé et choqué : « Est-ce que c’est moi ? » Personne ne le sait. Et personne ne reçoit de réponse définitive, ni dans un sens, ni dans l’autre. Mais chacun découvre qu’en effet, ce n’est pas impossible, hélas. Ils regardent en eux-mêmes et se rendent compte que l’homme est capable, suivant les circonstances, de trahir et de livrer son meilleur ami, de tromper la personne qui lui est très chère, de vendre celui qui a et qui s’est tant donné pour les autres…

La seule réponse que Jésus leur donne et qui en soi ne répond pas à la question est celle-ci : « C'est l'un d'entre vous, les douze, quelqu'un qui trempe avec moi son pain dans le plat ». Le soupçon pèse sur chacun puisqu’ils n’ont qu’un plat dont tous vont se servir. Le traître ne vient pas du dehors, mais du milieu des amis les plus fidèles et les plus proches. Personne donc, ne peut être sûr de lui et fanfaronner ! « L’un de vous va me livrer ! » Et si cette affirmation s’adressait à nous ce soir, quelle serait notre réaction ?

Pourrions-nous être plus sûrs de nos sentiments et de nos pensées que les disciples ? Ou bien avons-nous conscience, comme eux, que le cœur humain est double et que nous pourrions être capables de poignarder dans le dos celui que nous embrassons sur la joue ? « Est-ce que c’est moi ? » Cette question traverse les temps et les lieux jusqu’à nos jours.

Dans l’épître aux Romains, l’apôtre Paul se pose la même question en d’autres termes : qu’en est-il du mal et de la trahison ? Le fait de vivre en communion avec le Christ, nous préserve-t-il de faire le mal, d’être un traître ? Non ! Ce serait formidable s’il en était ainsi, mais l’expérience personnelle nous montre que nous n’y parvenons pas et avec l’apôtre Paul nous pouvons dire : « le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas, je le fais » (Rm 7, 19), même si comme lui, nous nous efforçons de vivre une vie conforme à l’évangile de Jésus Christ. « L’un de vous va me livrer ! »

Cette phrase nous concerne tous, même si peut-être nous cherchons des raisons pour nous rassurer au sujet de nos qualités morales et de notre probité ! Si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous ne pouvons que constater, avec l’apôtre Paul et les disciples de Jésus, que : Oui, je pourrais être capable de trahison. Je l’ai déjà fait ! J’aurais pu, moi aussi, si j’avais été à la place des disciples, trahir et livrer Jésus, pour le mettre sous pressions ou pour l’obliger à agir ; ou tout simplement parce que déçu et amère, j’aurais eu envie de me venger de lui.

Peut-être qu’en y réfléchissant bien, nous reviennent en mémoire, des situations très concrètes où nous avons sali la réputation de quelqu’un pour nous venger de lui, où nous avons trahi une amitié ou un secret pour briser l’autre, où nous avons laissé courir des rumeurs les unes plus folles et plus fausses que les autres, pour arriver à notre fin… « L’un de vous va me livrer ! » « Est-ce que c’est moi ? » Par le questionnement des disciples, il faut se rendre compte du fait désolant et pénible, qu’il n’y a en fin de compte que de faux amis ! Jésus le sait et il ne se fait pas d’illusion au sujet de ses disciples. Et pourtant, il ne les méprise pas. Il ne les juge pas. Il ne les rejette pas. Il ne fait pas le tri entre les bons et les mauvais.

Entre le traître, celui qui va le renier et ceux qui vont l’abandonner plus tard, il n’y a pas de différence ! Aucun n’est plus juste que l’autre ; aucun ne peut se prévaloir d’être meilleur que l’autre. Au final, Jésus va se retrouver seul, abandonné des siens ! Et pourtant, tous, sans exception, sont invités à sa table, même le traître, même celui qui va le renier, même ceux qui vont l’abandonner pour sauver leur peau ! Ensemble, ils prennent le repas pascal, symbole d’amitié et de communion fraternelle, unis autour du Maître.

Un repas expression de l’espérance et de la confiance en Dieu qui aime chacune et chacun, qui accompagne chaque vie et qui s’unit à nous. Ce Dieu qui libère de toute forme de servitude et ouvre un chemin d’avenir pour les siens ! Jésus célèbre ce repas avec ses disciples et ne dit pas : « Vous êtes incapables d’aimer en vérité, vous n’êtes que des opportunistes qui ne pensent qu’à leurs propres intérêts, vous êtes incapables de fidélité. Vous ne méritez pas qu’on s’intéresse à vous et qu’on vous fréquente ! » Non ! Il célèbre ce repas avec eux sans rien changer à ses habitudes, au rituel de la fête, mais il ne fait pas non plus semblant, comme si de rien n’était.

Il interpelle les consciences et ce faisant, oblige chacun à une introspection honnête et humble, à considérer sa propre poutre dans l’œil plutôt que la paille dans l’œil de l’autre. Et surtout, il donne un exemple et un enseignement à ceux qui veulent le suivre et se donnent le nom de chrétien : Si Jésus ne rejette pas le mauvais, le traître de son entourage, si, en fait, le malfaiteur fait partie intégrante des douze, si Judas est et reste disciple, qui sommes-nous pour vouloir juger, faire le tri entre les bons et les mauvais ? Si Jésus n’écarte pas le traître de sa table, s’il le laisse manger avec lui, si Jésus ne purifie pas le groupe des douze pour n’avoir autour de lui que des personnes fiables, dignes de sa proximité et de sa confiance, au fond, c’est rassurant pour nous. Qui, parmi nous, aurait, autrement, droit à sa table, qui, autrement, aurait droit à la communion avec lui ? Jésus n’a pas fait le tri. Il a pleinement accepté chacun de ses disciples. Tous ont droit à une communion fraternelle avec le Maître.

Tous ont part à l’amour et au pardon de Dieu qui se donne pour les siens jusqu’à en mourir sur une croix, signe de la violence destructrice des hommes, et en même temps, signe d’un amour qui donne un sens à la vie et unit en un seul corps ce qui est divisé, brisé, séparé. Et c’est justement pour leur signifier cela que Jésus, au moment de bénir le pain et la coupe, donne un sens nouveau à ce repas pascal. Il partage le pain et dit : « Prenez ceci, c'est mon corps. » Puis il leur donne la coupe et dit : « Ceci est mon sang, le sang qui garantit l'alliance de Dieu et qui est versé pour une multitude de gens. » Tous, sans exception, doivent avoir part à cet amour qui accepte d’être brisé pour unir en un seul corps ceux qui recherchent la communion avec le Christ. Tous, sans exception, doivent avoir part à ce pardon qui est versé généreusement dans le cœur de ceux qui ont conscience de leur inconstance et qui cherchent auprès du Christ la force de l’amour et de la fidélité.

C’est cela qu’il nous est donné de vivre à chaque célébration de la cène : cette prise de conscience qu’effectivement nous sommes incapables de faire le bien que nous voudrions et que souvent nous faisons le mal que nous ne voudrions pas. Mais cela ne nous coupe pas de Dieu. Il ne nous rejette pas, mais partage avec nous ce repas par lequel il veut vivre en nous et nous faire vivre comme ce pain mangé et ce vin bu donnent force et vigueur à celui qui le reçoit.

Nous ne sommes pas exclus, le Christ ne nous a pas trahis. Ce qu’il a promis est et reste vrai pour nous aujourd’hui : nous avons part à l’amour et au pardon de Dieu.

Nous sommes tous invités à sa table ! Dans ce pain et ce vin, nous accueillons les signes de ce royaume à venir où trahison et haine, humiliation et violence, infidélité et mensonge ne seront plus mais où toutes choses seront nouvelles, vécues dans la clarté de l’amour infini de Dieu pour ses enfants bien-aimés. Puissions-nous nous en réjouir, accueillir cet amour et ce pardon dans notre vie et le laisser s’épanouir dans notre relation au prochain.

Amen 

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